Présidents

Satire politique française (2021) d’Anne Fontaine, avec Jean Dujardin, Grégory Gadebois, Pascale Arbillot, Doria Tillier, Jean-Charles Clicher – 1h40

Décidemment incapable de se résoudre à une retraite politique, Nicolas, ancien président de la République, a une idée bien des plus particulières. Il part ainsi en Corrèze pour retrouver l’ancien président François, souhaitant lui proposer une alliance inattendue afin de barrer la route à l’extrême droite…

Désirant depuis plusieurs années réaliser une comédie politique, Anne Fontaine profite du premier confinement pour se lancer dans l’écriture de ce Présidents qui sera tourné lors du second. L’urgence dans laquelle le film a été écrit et produit, en plus de permettre un tournage corrézien en équipe réduite conforme aux protocoles en vigueur, se retrouve dans ce récit d’anticipation à très courte échéance, la campagne des élections présidentielles de 2022. Néanmoins, on ne peut pas dire que cette urgence serve davantage Présidents tant l’invraisemblable postulat semble bien éloigné de notre actualité politique. Passées quelques références, il sera donc peu question de Macron, Anne Fontaine se concentrant exclusivement sur les deux figures de son union farfelue, servie par un gros casting. Ce qui malheureusement ne fait pas tout…

Jean Dujardin, longtemps associé au rôle de Chirac dans un projet avorté où il devait faire face à Denis Podalydès en Mitterrand, incarne finalement un autre président de la Vème déjà interprété par Podalydès. Ayant déjà donné dans le nanisme pour Un homme à la hauteur, il fait cette fois-ci l’impasse sur les talonnettes mais se glisse néanmoins dans les costards aux épaules qui grattent de Nicolas Sarkozy. La composition tient quand même surtout de l’imitation et, dans le style, on préfère celle de Podalydès, d’ailleurs présent ici (décidément !) dans un rôle de psy pour deux scènes rigolotes mais convenues. Dujardin nous semble plus irrégulier, parvenant néanmoins à faire mouche aux détours de quelques répliques où il parvient à mixer avec délice sa beauferie habituelle à celle du « président bling-bling ». Les fans de l’acteur en auront pour leur argent, notamment dans une ridicule mise en abîme où son Sarkozy se lance dans une imitation de Francis Cabrel, mais , pour ce qui est de ses rôles politiques, force est de reconnaître qu’on est loin du mordant de son célèbre OSS (chez Hazanavicius…) ou plus récemment du macroniste débile (pléonasme ?) dans le merveilleux I feel good de Delépine/Kervern.

« Ensemble, tout devient possible »… Enfin, faut peut-être pas trop déconner non plus !

Face à lui, Grégory Gadebois semble un peu plus en peine avec un personnage bien moins savoureux. Il faut dire que, si Dujardin s’amuse visiblement dans sa caricature du nain du Neuilly, le François Hollande ici présenté paraît bien fade. Là où ces personnages de Laurel et Hardy de la politique française offrait une matière burlesque qui s’imposait d’elle-même, Anne Fontaine préfère opter pour la comédie dialoguée, au grand dam de Grégory Gadebois qui voit ses répliques moins drôles que les vraies vannes du « président golri ». Exit donc ce sens certain de la répartie, ainsi que cet air flasque qui lui valu le surnom de Flamby et sa légendaire déveine, qui aurait pourtant pu nous gratifier de quelques gags visuels bienvenus, ne reste du Bibendum corrézien qu’un monolithe charmeur, rendant compte d’un charisme à ce qu’il paraît non télévisuel mais dont témoignent ceux qui ont pu le rencontrer en vrai (notamment parmi les membres de la grande famille du cinéma français…). On devine de quel côté penche le cœur d’Anne Fontaine, il n’empêche que, vu le bilan chaotique (euphémisme ?) du « président normal », fossoyeur du socialisme qui aura passé cinq ans à en tailler de biens baveuses à ses ennemis du monde de la finance, on aurait apprécié un portrait plus épicé, parce que c’est pas les coups de colère qui suffisent à donner de l’épaisseur comique à un bonhomme qui n’en a jamais manqué, souvent bien malgré lui, même lors des heures les plus sombres…

Globalement, c’est bien ce manque de verve et de causticité qui fait cruellement défaut à un film bien trop poli vis-à-vis de son sujet, d’autant plus vu son point de départ « what the fuck ! », et qui se révèle aussi fade que le hip-hop écouté par notre Sarko à vélo. On maudit son pote Bolloré d’avoir ainsi soldé le fameux esprit Canal qui fait tant jazzer son nouveau petit poulain réac’ car si, en son temps, La conquête peinait un peu à se démarquer des Guignols de l’info, on tombe carrément ici, dix ans plus tard, et alors que le genre s’est développé (de Quai d’Orsay au film de Mathieu Sapin en passant par le weird (donc essentiel) Gaz de France ou même Les Tûches !), au niveau Canteloup… Si Anne Fontaine se garde bien de mettre de l’idéologie dans la tête de ses anciens présidents pour mieux dénoncer leur absurde fonction, il n’empêche que son film paraît autant aux fraises que les politiques politiciennes qu’il dénonce. On pourrait même trouver indécent le fait de voir Sarkozy et Hollande présentés ainsi comme de tristes sires jetables car, si cette approche correspond à une absurde réalité qui amusera le plus grand nombre, elle a aussi l’avantage de les déresponsabiliser face aux politiques qu’ils ont menées et que l’on continue de subir, alors que leur fils spirituel sévit à l’Elysée en creusant leurs sillons. Et ce n’est pas l’embarrassant final, au féminisme qui ferait passer La bonne épouse avec Binoche pour du Céline Sciamma, qui nous fera adhérer à cette inoffensive satire ni de gauche, ni de droite, ni de gauche. Niveau fiction, on préfère se remater quelques sketches avec Nano Sarko et François Groland, mais sinon, il faut bien admettre qu’en politique, ces derniers temps, la réalité s’avère malheureusement encore plus drôle…

CLÉMENT MARIE


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