The Deep House

Film d’horreur français (2021) d’Alexandre Bustillo et Julien Maury, avec Camille Rowe, James Jagger et Eric Savin – 1h21

Tina et Ben, un couple de youtubeurs spécialisés dans l’Urbex, partent dans le sud de la France pour explorer une maison engloutie au fond d’un lac artificiel. Très vite, la demeure va révéler de terrifiants secrets et la plongée virer au piège mortel…

Alors qu’Alexandre Aja a fait dernièrement son retour en France, mais sur Netflix, avec Oxygène, c’est au tour du duo Bustillo/Maury de donner, sur grand écran cette fois-ci, dans le film high-concept claustrophobique à base de jauge d’oxygène limitée. Si les moyens ne sont pas tout à fait les mêmes, il faut dire que les cinéastes, qui ont activement participé à la French horror des années 2000 aux côtés d’Aja, ont aussi connu une carrière plus difficile qui ne les aura conduit aux Etats-Unis que pour signer un Leatherface de tristes mémoires (tandis que leur Hellraiser est resté dans les tiroirs), l’ambition en revanche est clairement au niveau ! Aux antipodes du caisson perdu dans l’espace infini, Bustillo/Maury préfèrent plonger dans les profondeurs ténébreuses d’un lac avec une idée certes limpide mais qui soulève un defi technique incroyable : un film de maison hanté sous-marin !

Evidemment, plutôt que de mettre barrettes et capteurs dans les cheveux d’acteurs en pyjama à la Quaquaman, Bustillo/Maury font le pari du réel et immerge carrément leur décor dans un bassin de 9m à Bruxelles. Un pari qui s’avère ô combien payant et qui impose The Deep House comme un film d’une remarquable modernité. En effet, les cinéastes font de leurs héros des youtubeurs de l’Urbex (discipline visant à explorer des lieux abandonnés et qui ne manque pas de donner des sueurs froides à des millions d’internautes), justifiant ainsi le dispositif audiovisuel de leurs personnages et, si le found footage n’est plus depuis vingt ans une nouveauté des plus fraîches, on a rarement vu le procédé aussi bien digéré, de l’exposition sans lourdeur à une mise en scène éclatée mais viscérale, propice à une tension croissance, rendant pleinement compte du défi à l’œuvre et nous gratifiant d’images véritablement fantastiques. Cette folle idée de maison hantée immergée, qui devrait taper dans l’œil de James Cameron (on pense évidemment à Abyss et à ses images fantomatiques de Titanic), tient largement ses promesses et l’obscure épaisseur de l’eau, les flottements des tissus et la suspension des objets suffisent à redéfinir visuellement des codes bien connus et par ailleurs suivis à la lettre par des cinéastes dont l’amour du genre n’a jamais fait aucun doute. On peut le dire, The Deep House est un film d’horreur assez redoutable qui peut vraiment foutre les jetons, entre les ouvertures de porte à la Resident Evil et les jump-scares qui ne font que ponctuer une terreur déjà bien installée par cette ambiance hallucinante, d’une évidente poésie macabre.

Dans l’eau, personne ne vous entend crier…

Suivant le genre avec dévotion et ne s’embarrassant pas de considérations socio-politiques et de velléités auteurisantes, Bustillo/Maury semblent bien loin de la nouvelle vague de cinéastes horrifiques françaises et préfèrent garantir une carrière internationale à la hauteur des moyens en tournant leur film en anglais. Ainsi, c’est la mannequin (et même playmate) franco-américaine Camille Rowe qui enfile la combinaison et, si l’actrice s’était déjà illustré dans l’horreur dans le tétanisant Rock’n’roll de Guillaume Canet, elle tient tout à fait la distance dans ce rôle physique, même si elle est évidemment en partie doublée par une des meilleures plongeuses mondiales. The Deep House ne s’embarrassant pas de péripéties inutiles, elle ne partage l’affiche qu’avec son partenaire James Jagger, l’inquiétant Eric Ravin ainsi que de terrifiants spectres qui peuvent évoquer aussi bien la poétique noyée de La nuit du chasseur que les revenants craspecs de Creepshow.

Vous l’aurez compris, The Deep House est donc une implacable péloche que l’on ne saurait que vivement conseiller à tous les amateurs de cinéma d’horreur. Un rollercoaster gothique dynamité par un concept aussi redoutable que l’on pouvait l’espérer. Un cauchemar, à voir au cinéma, qui vous tiendra en apnée jusqu’à un lugubre plan final à la Délivrance… Et on est content, au terme de ces 80 minutes sans gras, de sortir de la salle et de pouvoir enfin ôter son masque pour prendre une grande bouffée d’oxygène.

CLÉMENT MARIE


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