Teddy

Film fantastique français (2021) de Ludovic et Zoran Boukherma, avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Noémie Lvovsky, Ludovic Torrent – 1h28

Teddy, un jeune homme de vingt ans, travaille en intérim dans un salon de massage tandis que sa copine, la lycéenne Rebecca, s’apprête à obtenir son bac. Alors qu’il nourrit des projets d’avenir pour son couple, un loup sème le chaos dans les montagnes environnantes. Un soir, Teddy est attaqué par une chose dissimulée dans des fourrés et en ressort blessé au flanc. Bientôt apparaissent les premières métamorphoses…

Cinq ans après le remarqué Willy 1er, réalisé à quatre, on retrouve les jumeaux Boukherma, ici plus que tous les deux à la barre de ce Teddy, un film qui, s’il reste fidèle à l’univers développé dans leur premier long, s’aventure à pas de loup sur un terrain presque aussi miné que la question du canidé dans les Pyrénées : le fantastique français…

Dès les premières images, on retrouve bien le ton de Willy 1er (on aura plus tard droit à un caméo photo de Daniel « Willy » Vannet), quelque part entre Strip-tease et Groland, aussi bien par ses plans fixes radicaux, ses images numériques revendiquées que par le physique et le jeu disons atypiques de son détonnant casting. Aussi, la cérémonie contrariée d’ouverture aurait parfaitement eu sa place dans P’tit Quinquin, le jeune Teddy pouvant être vu comme un cousin occitan du héros de Bruno Dumont. Le film des Boukherma soulèvera peut-être les mêmes réactions contrastées que ces prédécesseurs, certains rigoleront avec bonheur de cette galerie de petites gens voir carrément de freaks tandis que les autres jugeront le regard moqueur et condescendant. Quoiqu’il en soit, cela confère au film un certain réalisme absurde et un décalage bienvenu quant à la figure du redneck chère au genre. De même, en situant leur histoire dans les Pyrénées, les réalisateurs profitent évidemment d’un vrai fait sociétal qui participe au fond d’un ouvrage pas forcément très cool envers le pays de McFly et Carlito…

Non, ce pays n’est pas pour le jeune homme…

On ne l’a pas encore précisé mais vous l’aurez peut-être compris : Teddy est une histoire de loup-garou. Le film ne fait aucun mystère là dessus, dès sa scène d’introduction qui nous rejoue le massacre de la mère-grand une nuit de pleine lune. Le métrage est par la suite beaucoup moins iconique sur son sujet et le lycanthrope sert avant tout d’évidente métaphore d’une puberté qui n’en finit pas tandis que notre héros adulescent, incarné par l’excellent Anthony Bajon, se retrouve avec des poils à des endroits « paracontables ». Un peu comme dans Teen Wolf avec Michael J.Fox, mais sans le funky « Big bad wolf » au bal de promo. Ici, c’est un « Teddy au loto du diable » qui sera le point d’orgue très elliptique d’un film quand même un peu pingre sur l’horreur. Il faudra surtout compter sur les poils et autres bizarreries qui, après Grave, verse dans un body horror qui pourrait faire tourner quelques yeux. Les attaques demeureront hors champ (ou dans une bouche…), pareil pour une créature qui, passé un insert d’œil qui m’a renvoyé aux CGI balbutiantes du Pacte des loups, ne se révèle que dans un unique mais payant plan tout en obscurité qui évoque plus heureusement l’apparition du loup dans le métro du Loup garou de Londres. Du chef d’œuvre de John Landis, de La nuit du loup-garou de Terence Fisher ou encore du Wolf de Mike Nichols, les Boukherma auront aussi retenu que les bonnes histoires de loup-garou sont aussi faites de tragiques histoires d’amour.

Si ce mélange entre comédie et horreur a de quoi désarçonner et ne semble pas suffisamment uniforme pour mettre d’accord les amateurs de productions hybrides et ceux qui y verraient une forme de gentrification du cinéma de genre français, on souhaite surtout à ce sympathique Teddy de trouver son public. A une époque où on pourrait imaginer, certainement plus que des loups, des meutes de villageois, torches à la main, envahir nos villages, ce portrait tragi-comique d’une jeunesse sans avenir a le mérite de soulever de pertinentes questions. Pour ce qui est du renouveau du cinéma de genre hexagonal, on attend quand même leur Année du requin, nouvelle production horrifique The Jokers avec Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, pour se prononcer…

CLÉMENT MARIE


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