Nobody

Film d’action américain, japonais (2021) d’Ilya Naishuller, avec Bob Odenkirk, Aleksey Serebryakov, Connie Nielsen, Christopher Lloyd, Michael Ironside, Colin Salmon et RZA – 1h32

Père de famille sans histoire, Hutch Mansell est victime d’un cambriolage durant lequel il décide de ne pas intervenir. Mais quand il découvre que le bracelet avec le petit chat de sa fille a disparu, il décide de retrouver ses cambrioleurs…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Depuis qu’il est apparu dans les fringues de l’incroyable Saul Goodman, les Super Marie se sont pris de passion pour Bob Odenkirk. Sa seule présence nous incitait donc à aller jeter un œil à Nobody, un film d’action dont il aurait eu lui-même l’idée en piégeant des cambrioleurs dans sa cave puis, déçu par l’intervention de la police, en s’imaginant en nouveau Charles Bronson. Du coup, l’acteur s’est entraîné sans relâche pendant deux ans tandis que se montait l’équipe du film : Derek Kolstad au scénario et David Leitch à la production, tous deux ayant créé la saga John Wick, et à la réalisation le russe Ilya Naishuller qui signe son second long-métrage après le pétard mouillé en vue subjective Hardcore Henry (2015). Maintes fois repoussée, la sortie de Nobody n’a pas été aussi fracassante qu’espérée, le film ne marchant pas beaucoup plus chez nous qu’aux States. Peut-être de quoi rembourser le budget assez modeste de 16 millions de dollars, mais pas ces satanés coûts promo…

Nobody aurait été aussi sympathique que peut l’être un film d’action avec Bob Odenkirk s’il avait respecté le concept que nous vend pourtant sa bande-annonce. On s’attendait à un vigilante où un citoyen ordinaire, pour ne pas dire insignifiant, se découvrait soudainement un destin de vengeur novice et approximatif, mettant en abyme le manque d’expérience a priori de sa star dans le cinéma d’action. Alors qu’en fait que non : très rapidement dans un scénario tirant beaucoup à la ligne, on se rend compte que le héros est en fait un ancien super soldat retrouvant dans sa vendetta fortuite son expertise du combat. Et le « nobody » du titre ne désignant plus l’anonymat du citoyen ordinaire qu’on croise mais qu’on ne regarde pas, mais la confidentialité d’un agent se coltinant des missions surpassant les compétences des meilleures agences gouvernementales. Il y a là une évidente tromperie sur la marchandise qui amoindrit considérablement la portée du film (au bout d’une petite demi-heure, on ne craint plus du tout pour la vie du héros) ainsi que l’intérêt du rôle que s’est donné Odenkirk : sa stature jurant avec celle des action heroes habituels n’est plus celle d’un américain moyen tentant de se surpasser pour reconquérir une virilité mise en doute par son entourage, mais celle d’un soldat un peu rouillé voulant assouvir sa soif de violence, retenue par de longues années d’inactivité. L’enjeu n’est plus du tout le même, puisqu’il n’y a plus à proprement parler « transformation » du héros, et sans doute pour ne pas s’embarrasser d’une ambiguïté morale habituelle au vigilante, on a ramené le récit à la formule déjà balisée par les John Wick.

Hutch Mansell (Bob Odenkirk) est un type comme tout le monde, lui aussi est fan de Maman, j’ai raté l’avion

Nobody passe donc à côté de son sujet, mais est-ce une raison pour bouder son plaisir ? A mon avis, pas forcément. Certes, une fois la nature du personnage éventée, Nobody n’a plus grand chose à raconter, mais il reste néanmoins un actioner généreux apte à nous divertir franchement. On y reconnaît bien la patte des équipes de John Wick : certes, il y a une évidente approximation scénaristique, mais il y a aussi des gags bienvenus sur les conventions du genre (comme quand le héros raconte à son background à des méchants qui meurent avant d’en entendre la fin), des séquences d’action pas forcément originales mais rondement menées (mention spéciale aux gadgets très Home Alone du final) et la recherche d’une certaine élégance, opératique dans John Wick, vintage ici avec des morceaux de Sinatra, Simone, Armstrong ou le You’ll Never Walk Alone de Gerry & the Pacemakers (pour les fans de soccer). A la réalisation, Ilya Naishuller n’est pas d’une inspiration renversante (le montage à la Edgar Wright de la routine du personnage en début de film est machinal) mais soigne évidemment ses scènes d’action. Et le cast prend un pied trop évident pour ne pas s’y laisser prendre, que ce soit les guests comme RZA ou Christopher Lloyd, et surtout Bob Odenkirk. Quelque soit la nature de son personnage, il reste ici parfaitement à son aise, parvenant à rester très humain et accessible dans un rôle pourtant bien bigger than life, et rendant communicative une ironie qui, avec n’importe qui d’autre, nous taperait sur les nerfs. Bien qu’imparfait, Nobody a donc au moins le mérite d’être incarné par l’acteur idéal, car même si on imaginait différemment le rôle, on ne verrait personne d’autre qu’Odenkirk pour l’incarner, comme le prouve une baston d’anthologie dans le bus…

BASTIEN MARIE


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