Army of the Dead

Film zombie américain (2021) de Zackary Snyder, avec Dave Bautista, Ella Purnell, Ana de la Reguera, Omari Hardwick, Matthias Schweighöfer, Nora Arnezeder, Theo Rossi, Tig Notaro, Raul Castillo, Hiroyuki Sanada et Garret Dillahunt – 2h28

Une invasion de zombies a ravagé Las Vegas, depuis emmurée et placée en quarantaine. Un magnat japonais y envoie une bande de mercenaires pour récupérer son pactole de 200 millions de dollars laissé dans un coffre en sous-sol alors que Vegas sera bombardée dans quelques heures…

Attention, cet article peut contenir des spoilers ! Merci de votre compréhension.

Durant le second confinement, on était tellement en manque de cinéma que Zackary Snyder fut inexplicablement considéré comme un grand cinéaste ! La fin est proche, c’est moi qui vous le dis… Longuement réclamé et largement acclamé, son director’s cut de Justice League, sorti par Warner pour des raisons moins artistiques qu’économiques, fit un carton sur HBOMax puis, quelques semaines plus tard, rebelotte avec cet Army of the Dead sur Netflix. Si se taper quatre heures de super-héros DC, même avec la belle Gal Gadot, était bien évidemment au-dessus de mes forces, j’avais toutefois un assez bon souvenir du fendard L’Armée des morts, qui est resté l’un des meilleurs films de son auteur, pour tenter ma chance sur Army of the Dead, cette suite qui, après une douzaine d’années de development hell, n’en est plus vraiment une. J’étais au courant que le film durait 2h30 mais je me disais qu’avec une bande de mercenaires partie récupérer du pognon au cœur de Las Vegas infesté de zombies, ça ne pouvait qu’être fun, non ?

Naïf que je suis, j’avais sous-estimé le don de Zackary Snyder pour nous la faire à l’envers et être le seul réalisateur au monde à pouvoir faire, à Vegas avec des zombies et des mercenaires, un film complètement dépressif et chiant comme la mort ! Vous vous attendiez à du fun ? Vous n’en aurez que le temps du générique d’ouverture plagiant celui de Zombieland, après quoi vous entrez au purgatoire pour avoir songé à éprouver de la réjouissance à un spectacle de fin du monde. Car dans le monde de Zackary Snyder, un tel pitch de film bis appelle à de la sobriété, de l’austérité, 2h30 durant, et 2h30, c’est long. C’est la seconde fois, après Sucker Punch, que Snyder tourne un film original dont il écrit en plus le scénario et, comme Sucker Punch, Army of the Dead n’a rien à raconter, se tenant au bord d’un précipice narratif vertigineux. Posant laborieusement son contexte apocalyptique et ses personnages si insignifiants que même Dave Bautista doit redoubler d’exigence dramatique, Snyder dilate le temps à un niveau presque intolérable, nous faisant poirauter une heure avant de poser enfin le pied à Vegas… où on découvre que tous les zombies sont inactifs soit par déshydratation, soit par hibernation (ce qui donne l’unique scène à peu près intéressante du métrage), soit par des négociation les rendant pacifiques ! Le film ne semble fonctionner que par ce genre de frustrations successives. Il faut aussi voir la manière dont il multiplie les genres et les influences : film de zombies, film de commando, film de casse, film apocalyptique (marqué par l’imminence d’une explosion nucléaire qui n’alarme personne), film de SF (parce qu’il y a des zombies-robots aussi, ne me demandez pas pourquoi), film d’aventures (avec une citation grossière des pièges mortels d’un Indiana Jones), boucle temporelle (suggérée durant quelques secondes, à moins que ce ne soit une divagation de mon esprit somnolent). Mais comme toutes ces idées se révèlent systématiquement inconséquentes, leur accumulation finit par devenir une soustraction paradoxale, n’ajoutant qu’à l’aridité du film.

Scott Ward (Dave Bautista) au milieu des zombies déshydratés de Las Vegas : ça ne devrait pas être trop dangereux comme mission, en fait.

Aridité à laquelle s’ajoute la pauvreté visuelle, puisque c’est aussi Zackary Snyder qui s’occupe de la photographie. Une façon pour le réalisateur d’avoir ses lubies techniques s’avérant peu payantes à l’image. Ainsi, préalablement au tournage, Snyder s’est lancé dans la collection de rares objectifs des années 60 puis s’est acharné à les rendre compatibles à ses caméras numériques. Beaucoup d’efforts pour pas grand chose puisque les plans d’Army of the Dead sont uniformément gris, flous et moches, avec des focales aberrantes. Idem pour la peu spectaculaire scène d’ouverture ayant nécessité cinq semaines de tournage parce que le réalisateur voulait la tourner à l’heure magique de l’aube. Vous vous doutez du résultat, Snyder n’est pas Malick… Et il n’est toujours pas Romero non plus, la portée politique du film (moqueries trumpistes, camps de réfugiés sanitaires, abus des puissants, etc) relevant du lapsus. Arrivant au terme d’un bodycount élevé nous ayant laissé indifférent, à la sortie de Las Vegas qu’on avait à peine reconnu, il reste un dénouement père-fille dans lequel Snyder exorcise le deuil de sa propre fille. Comme on est pas des monstres, on ne restera pas insensible à ces quelques minutes très personnelles au regard desquelles on peut concevoir comment, du spectacle pop et jouissif attendu, Army of the Dead a pu devenir ce gros œuvre mortifère et sinistre. On veut bien compatir à la douleur de Snyder, mais de là à lire le testament de tout le pan de cinéma de genre survolé ici, c’est quand même beaucoup demander…

BASTIEN MARIE


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