À l’abordage !

Comédie estivale française (2020) de Guillaume Brac, avec Eric Nantchouang, Salif Cissé, Edouard Sulpice, Asma Messaoudene, Ana Blagojevic – 1h35.

Lors d’une soirée sur les quais de Seine, Félix rencontre Alma et les deux jeunes gens passent la nuit ensemble. Au petit matin, elle doit filer prendre un train pour partir en vacances. Félix décide alors de lui faire une surprise en allant la rejoindre dans la Drôme, embarquant dans son périple son pote Chérif. A la faveur d’un trajet Blablacar, ils rencontrent Edouard, un jeune homme visiblement d’un autre milieu qui, suite à un bête accident, est contraint de se joindre au plan camping des deux banlieusards. Si les retrouvailles entre Félix et Alma ne sont pas aussi radieuses qu’espérées, ces quelques jours au soleil permettront à ces jeunes gens de goûter aux joies simples des vacances…

A la lecture de ce synopsis et dès les premières séquences du film, l’hommage à Eric Rohmer semble évident même pour moi qui n’ai vu de Pauline à la plage que quelques vagues extraits (dont un clip de Granville) et logique de la part de l’assistant d’Emmanuel Mouret, même pour moi qui n’ai pas vu un Mouret depuis un bail ! En revanche, j’ai eu le plaisir de découvrir Guillaume Brac via ses premières réalisations, les courts Le naufragé et le formidable Un monde sans femme puis le long Tonnerre, des films qui m’ont révélé des acteurs devenus aussi incontournables que Vincent Macaigne, Laure Calamy ou Solene Rigot. À l’abordage !, développé directement auprès du Conservatoire, affiche une même volonté de présenter de nouveaux visages : le nuancé Eric Nantchouang, le touchant Salif Cissé, le gauche Edouard Sulpice (également à l’affiche dans Des hommes), la ravissante Ana Blagojevic… Et on peut à nouveau constater que ces jeunes talents font merveilles, évoluant dans un cadre naturaliste qui leur permet de défendre des personnages avec une fraîcheur si rare qu’on a l’impression de ne jamais les avoir vu ainsi représentés à l’écran : de sympathiques galériens, un looser qui se dévergonde, une fille maladroitement aimée mais vraiment chiante, une jeune maman rayonnante, un duo mi-branleur tête à claque, mi-stoner névrosé…

Guillaume Brac ne cherche pas à éviter les clichés mais préfère en jouer, sans jamais charger la mule (on est loin d’un remake du Ciel, les oiseaux… et ta mère !), pour mieux construire avec ses acteurs des personnages qui vont évidemment très vite au-delà pour prendre vie en toute simplicité sous nos yeux. On aurait peut-être même dû ne pas l’aborder, n’empêche qu’à une époque où la question raciale et la représentativité continuent d’animer les débats cinéphiliques, on apprécie qu’un film mette ainsi à l’honneur deux acteurs noirs sans jamais vraiment que cela ne devienne le sujet. Le cinéaste, fidèle à lui-même, semble de tout façon bien plus intéressé par ses récits d’amours naissants, ses portraits de femmes insaisissables voir inaccessibles mais surtout d’hommes, aussi attachants que pathétiques, tellement aux antipodes du mâle alpha qu’ils peuvent compter parmi les victimes du patriarcat.

Notre sympathique trio de galériens en mode Chill sans Netflix…

À l’abordage ! est une comédie qui lâche vite l’affaire de l’enfilement de gags pour s’accorder le rythme des vacances, nous permettant ainsi de flâner avec ses personnages, ce qui n’empêche pas, bien au contraire, quelques bonnes poilades. Aussi, Guillaume Brac parvient à nous cueillir sur d’autres émotions, sinon plus graves mais au moins plus profondes, teintées de cette nostalgie qui peut pointer lorsqu’à l’horizon se couche le chaud soleil des vacances d’été. Vous l’aurez compris, de son introduction consistant à quitter un Paris pluvieux jusqu’à son générique final, reprenant le très à propos The River de Kevin Morby, l’un des hits indés de l’été dernier, À l’abordage ! s’impose donc comme le film estival idéal. Si le long métrage a initialement été pensé tel un téléfilm pour Arte, on en viendrait presque à remercier le covid d’avoir compromis une anachronique sortie ciné en février dernier pour lui offrir son écrin originel (ainsi qu’une diffusion en streaming pour un mois sur le site de la chaîne franco-allemande). Pour ceux qui souhaiteraient le voir (voir le revoir…) sur un écran plus conséquent, une exploitation ciné serait néanmoins toujours prévue pour juillet. En attendant, on vous laisse ici un lien qui s’autodétruira le 26 juin : https://www.arte.tv/fr/videos/091109-000-A/a-l-abordage/. Bonnes vacances !

CLÉMENT MARIE


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