Le Dernier Voyage

Film de science-fiction français (2020) de Romain Quirot, avec Hugo Becker, Lya Oussadit-Lessert, Paul Hamy, Jean Reno, Bruno Lochet et Philippe Katerine – 1h27

Dans un futur proche, une lune rouge, exploitée à outrance pour son énergie, change de trajectoire et fonce droit sur la Terre. Seul astronaute capable de la détruire, Paul W.R. refuse d’accomplir sa mission et s’enfuit, accompagné dans sa cavale par une adolescente, Elma…

Nous sommes vernis : dès le premier jour de la réouverture des salles, un film de SF français y pointe le bout de son nez ! Le premier film de Luc Besson s’appelait Le Dernier Combat, celui de Romain Quirot, c’est donc Le Dernier Voyage, celui de Paul W.R. (le fort sympathique Hugo Becker, Au service de la France), sauveur démissionnaire de l’humanité se lançant dans un road-movie post-apo comme un certain fou australien. Il s’agit de l’extension d’un court-métrage presque homonyme du réalisateur qui n’était apparemment pas passé loin d’une nomination à l’Oscar. Est-ce que ça a aidé à passer au long, difficile à dire. Comme c’est fou tout ce qu’on peut faire avec un ordinateur de nos jours, Le Dernier Voyage contient son lot d’effets spéciaux (la boîte qui s’en occupe, Digital District, a même mis ses billes dans la production) mais niveau budget, ça ne doit pas être celui d’un Luc Besson : peut-être plus que Le Dernier Combat mais assurément moins que Valérian et la cité des mille planètes. Heureusement, Romain Quirot a pu compter sur la participation de quelques guests tels Bruno Lochet, Philippe Katerine et, forcément, Jean Reno, sur l’expérience des équipes marocaines où a été tourné le film, et sur le désert d’une exploitation elle aussi post-apocalyptique pour ramener en salles quelques fans de SF en manque (pour l’heure, un peu plus de 70 000…).

Si on est touché par l’invitation au voyage de Romain Quirot, on en vient à l’arrivée au même constat que pas mal de tentatives de genre français depuis vingt ans : malgré les bonnes intentions et le savoir-faire technique, on reste sur du court étiré pas complètement convaincant, sur des promesses attendant d’être tenues. Au moins, Le Dernier Voyage est visuellement attrayant et vaut évidemment le coup d’être vu au cinéma (alors retournez-y, bon dieu !). Mais a-t-il assez de carburant pour tenir la longueur… En tous cas, ça commence bien. Passé un court prologue animé, le film s’ouvre sur le même plan de lézard que Mad Max Fury Road (pourquoi faire semblant d’ignorer l’influence des mètres étalons ?) puis sur les synthés du Cambodia de Kim Wilde rythmant un générique en lettres rouges (pourquoi faire semblant d’ignorer l’âge d’or 80’s ?) en traînant dans les ruelles d’une cité post-apo convaincante et concrète (plus une Peugeot volante, ça aide à se projeter). Nous voilà bien installés dans les chaussons, pardon, les prémisses de l’odyssée à venir, surplombée par la présence aussi menaçante qu’intrigante de la lune rouge.

Paul W.R. (Hugo Becker) prend en otage sa compagnon de route Elma (Lya Oussadit-Lessert) parce qu’elle a critiqué sa teinture blonde ressemblant trop à celle de Johnny dans Terminus.

Sauf qu’en-dehors de ce goût certain pour les images de désolation et l’énergie du désespoir (il y a même un cinéma délabré qui fait froid dans le dos…), Le Dernier Voyage n’a plus grand chose à proposer qu’un road-movie assez convenu dont les plus belles idées restent sur le bord de la route. Peut-être parce que Romain Quirot passe trop de temps à déjouer les obstacles, à faire la part belle aux effets spéciaux pour prouver son ambition visuelle, à franciser sa dystopie notamment par la reste de la BO (des titres de Françoise Hardy, Barbara, et La Fille aux yeux menthe à l’eau, exprès pour me prendre par mes sentiments de fan d’Eddy !). D’un côté, le réalisateur assume ses références connues de tous mais de l’autre ne fait pas assez confiance en ses propres idées pourtant susceptibles de faire décoller le métrage ; avec entre les deux quelques discrets clichés, comme la teinture blonde du héros, signalétique SF spécifiquement français. Les acteurs sont bons mais coincés dans des personnages étriqués, seul Paul Hamy semble trouver un peu de marge dans son rôle de frère diabolique. Au final, Le Dernier Voyage ressemble beaucoup à son héros Paul W.R. se détournant de sa mission : à cause d’une modestie excessive, il baisse les bras face à la tâche colossale de ramener la SF en France…

BASTIEN MARIE


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