Oxygène

Film de science-fiction français, américain (2021) d’Alexandre Aja, avec Mélanie Laurent, Mathieu Amalric et Malik Zidi – 1h40

Une femme se réveille, amnésique, dans un caisson de cryogénie aux réserves d’oxygène limitée avec, comme unique aide pour en sortir, l’intelligence artificielle qui régule la machine…

A quelques jours de la réouverture des salles de cinéma après 201 jours de fermeture, Netflix frappait un dernier grand coup dans le cinéma domestique avec Oxygène d’Alexandre Aja. Au départ, il y a un scénario de Christie LeBlanc qui attise aussitôt la curiosité de Hollywood, Anne Hathaway devant un temps le produire et l’interpréter. Au bout d’un moment, le script rejoint la fameuse blacklist des meilleurs scénarios non produits avant d’être racheté par Wild Bunch qui le refile aussitôt à Aja. Le réalisateur de Crawl se contente de le produire pour son copain Franck Khalfoun, réalisateur du remake de Maniac, avec Noomi Rapace dans le rôle principal. Sauf qu’une putain de pandémie interrompt brutalement les projets d’Aja qui se rabat donc sur Oxygène dont il ressent doublement le besoin de le tourner : non seulement le sujet se révèle particulièrement opportun dans notre époque covidée mais en plus les caractéristiques du récit, en huis-clos avec un personnage unique, se prêtent à un tournage Covid-friendly. Wild Bunch propose alors le film à Netflix qui leur propose étonnamment d’en faire un film français. Tournant dans sa langue natale pour la première fois depuis Haute Tension en 2003, Aja adapte le scénario de LeBlanc en français et choisit comme héroïne bien de chez nous Mélanie Laurent (alors qu’on l’aurait bien vu renouer avec la Marion Cotillard de Furia mais bon…) avec, pour lui donner la réplique dans le rôle de l’intelligence artificielle MILO, la voix de Mathieu Amalric, en souvenir de son flot de pensées off dans Le Scaphandre et le Papillon.

Difficile de parler d’Oxygène sans le spoiler (même si les premières news sur le projet à la sortie du premier confinement ne se privaient pas de le faire !) mais on va tout de même essayer sur le premier paragraphe. Frustré à la découverte du Buried de Rodrigo Cortès de ne pas en avoir eu lui-même l’idée, Alexandre Aja se venge donc avec Oxygène, même s’il dépasse très vite la simple idée de l’enfermement ou de la claustrophobie, qui se serait vue un peu abîmée par l’usage fréquent de flashbacks. Plutôt que de laisser le lieu clos amoindrir son long-métrage (d’autant plus qu’il affiche une durée d’1h40 bien remplie), Aja s’en remet à son aisance pour l’optimisation de ses moyens et de ses effets et, s’il s’agit toujours pour l’héroïne, tel un rat de laboratoire, de trouver une issue à un labyrinthe composé des limites de son espace et de ses souvenirs balbutiants, l’exercice atteint, grâce au savoir-faire de son auteur, une portée insoupçonnée. Ainsi, comme son héroïne composant avec ses faibles réserves d’oxygène, Aja compense l’exiguïté de l’espace par une mise en scène maîtrisée, gardant ses morceaux de bravoure visuels pour les moments de basculement du récit. Et le réalisateur s’est trouvé de précieux collaborateurs : outre son chef-opérateur attitré Maxime Alexandre parfaitement au point sur les points, focales et objectifs de sa caméra, Aja s’est dégotté le grand décorateur Jean Rabasse pour construire son précieux caisson. Résultat, le caisson est une merveille de design : technologiquement crédible, cohérent avec son utilité médicale (il est visiblement assez confortable, comme un ironique contrepoint à la claustrophobie ressentie), pas dénué de légères symboliques, il est aussi menaçant quand il le faut (le bras mécanique contrôlant les seringues est très inquiétant) et dispose d’écrans parfaitement lisibles affichant en continu les enjeux du film et en particulier les réserves d’oxygène. Et cerise sur le gâteau, tout le caisson est en dur, juste assez amovible pour laisser passer la caméra, dénué d’ajouts numériques, même les écrans et ce qu’ils affichaient, même le visuel de MILO sur le couvercle. Quant aux acteurs, Mélanie Laurent… Bon, ceux qui connaissent personnellement les Super Marie savent qu’on aime se moquer de l’actrice curieuse de tout, mais là, on veut bien reconnaître qu’elle fait le taf, bien aidée par un enfermement de vingt jours de tournage. Il n’y a que quelques soucis d’élocution – récurrents chez les acteurs français – encore plus audibles en comparaison avec la voix limpide de Mathieu Amalric (du coup, c’est étonnant que MILO ne lui demande jamais de répéter ses requêtes !). Amalric qui, quant à lui, n’a pas toujours la neutralité attendue d’une IA, laissant traîner des intonations amusantes mais peu crédibles.

Elisabeth Hansen (Mélanie Laurent) face à son unique interlocuteur MILO (Mathieu Amalric) qui lui pompe l’air…

Bon, maintenant on va pouvoir spoiler comme des bâtards ! Comme on l’a vu, Alexandre Aja fait preuve de son efficacité habituelle pour donner fière allure à son huis-clos. S’ensuit naturellement la question de la taille de l’écran : travaillant pour la première fois pour Netflix et se privant d’une exploitation salles pour la seconde fois après la sortie vidéo de La 9ème Vie de Louis Drax, Aja et son Oxygène auraient-ils pris une autre dimension sur grand écran ? En promo, qu’il veuille botter la question en touche pour ne pas fâcher le N rouge ou qu’il le pense vraiment, le réalisateur déclare que son film est idéal pour le petit écran dans la mesure où on reste à la même échelle que le personnage de Mélanie Laurent. Nous nous autorisons à ne pas partager son avis à cause d’un plan, d’un seul, vertigineux et superbe : celui qui s’aventure en-dehors du caisson de Liz nous faisant réaliser qu’elle est dans l’espace avec des milliers d’autres colons en hyper-sommeil. Un plan bafoué par le petit écran, perdant d’autant plus d’ampleur qu’Oxygène repose beaucoup dessus ; c’est avec ce plan que le film assume sa portée existentielle et son ambition de dépasser l’exercice du film de claustration. Dommage, d’autant plus que Netflix a tendance à internationaliser ce film français, se retrouvant distribué sur le même flux que des productions mondiales. Certes, le biais de la plateforme casse agréablement les hiérarchies de l’entertainment, où il n’y a plus besoin d’être anglophone pour en mettre plein les mirettes (le succès de l’espagnol La Plateforme en avait aussi témoigné), mais en même temps la réussite d’Oxygène semble aussi isolée de l’industrie nationale, et on redoute que le retour gagnant d’Alexandre Aja dans le pays de Méliès ait des répercussions sur d’autres productions de genre françaises à venir dans nos salles réouvertes. Donc Oxygène, c’était cool, mais c’est dans notre exploitation ciné qu’on aimerait avoir une bouffée d’air frais…

BASTIEN MARIE


Une réflexion sur “Oxygène

  1. Je rejoins votre avis, particulièrement sur les effets d’une simple diffusion sur petit écran. Le choc qu’aurait du provoquer cette ouverture de l’iris sur l’espace aurait pu être infiniment plus puissant sur grand écran, surtout après ce long moment passé enferment dans le caisson. Netflix, malgré leurs bonnes intentions en finançant des projets rejetés par Hollywood, ne pourra jamais offrir sur un petit écran l’effet que procure un film en salle.

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