Un prince à New York 2

Coming 2 America Comédie américaine (2021) de Craig Brewer, avec Eddie Murphy, Arsenio Hall, Jermaine Fowler, Leslie Jones, Tracy Morgan, James Earl Jones, John Amos et Wesley Snipes – 1h50

Akeem Joffer, prince héritier du Zamunda, apprend qu’il a un fils conçu lors de son séjour à New York trente ans plus tôt et doit retourner en Amérique pour le former à son futur rôle princier…

Probablement vexé que le succès d’Un prince à New York ait été omis au moment où on saluait Black Panther comme le premier blockbuster afro-américain, Eddie Murphy décide d’en monter une suite dont il propose judicieusement la réalisation à Ryan Coogler, réalisateur dudit Black Panther et fan du film original – sur le tournage de son film de super-héros, il avait même organisé une soirée costumée sur le thème du Zamunda pour l’anniversaire de Lupita Nyong’o (au frais de la Marvel ?). L’acteur et le réalisateur n’arriveront pas à se mettre d’accord sur le pitch de cette suite et, au lendemain de l’acquisition par Netflix du formidable Dolemite Is My Name, Murphy décide de refiler le projet au réalisateur de ce dernier, Craig Brewer. Réunissant quasiment tout le cast du film original, sauf les overbookés Samuel L. Jackson et Eriq La Salle, Un prince à New York 2 se tourne durant l’hiver 2019 dans la région d’Atlanta et notamment, pour les séquences dans le palais de Zamunda, dans la villa du rappeur Rick Ross qui profite de la production pour redécorer sa baraque à l’œil ! Les exécutifs de Paramount voient le film en janvier 2020 et décident d’en faire leur tentpole de la saison estivale suivante – ça ne doit pas aller très fort chez Paramount, non ? La Covid passe cependant par là et force la major à revendre son prince à Amazon Prime Video où il devient paraît-il le plus gros succès streaming de l’année 2021 toutes plateformes confondues.

Au cœur du film, deux personnages se plaignent de l’état actuel de Hollywood qui n’offre selon eux plus que super-héros, remakes et suites tardives qu’on n’attendait plus et dont on se fout royalement. Constat d’échec d’un cynisme fini pour ce Prince à New York 2 qui, au joli conte philosophique de John Landis, lui fait succéder une comédie vaine et poussive, du genre à foutre un bêtisier dans le générique de fin pour montrer que les acteurs ont pris beaucoup plus de plaisir à faire le film que nous à le regarder. Cette séquelle se fonde sur un pitch particulièrement frauduleux voulant que le Prince Akeem ait laissé à son insu lors de son passage à New York un fils bâtard appelé à prendre sa succession. Qui aura revu Un prince à New York premier du nom avant de se coltiner sa suite – et ce doit être le cas de beaucoup de monde puisque les deux sont disponibles sur Amazon Prime – saura que la conception du bâtard new-yorkais est impossible, allant à l’encontre du montage de Landis. Mais bon, il faut bien commencer quelque part et trouver un prétexte pour qu’Eddie Murphy mette le pied à l’étrier au jeune Jermaine Fowler, acteur n’ayant pas plus de charisme que d’humour, se la jouant Michael B. Jordan en lui piquant la coupe de cheveux de Killmonger dans Black Panther.

Le Prince Akeem (Eddie Murphy) prend le sourire figé de celui qui se persuade d’être toujours aussi drôle trente ans après.

Que le jeune Fowler se rassure : on le remarque à peine dans ce gloubi-boulga orchestré par un Craig Brewer méconnaissable, écrasé par le cahier des charges et le scénario bordélique qu’il tente de rendre fastueux avec une poignée de scènes de danses. Le reste se partage entre futiles considérations sociales et fan service éculé, le comble restant qu’on ne passe que dix minutes en tout et pour tout à New York ! Le film cite excessivement son aîné en nombre de gags et clins d’œil incompréhensibles à qui n’aurait pas vu le film original, et se noie dans sa foule de personnages, anciens et nouveaux, tous aussi insignifiants les uns que les autres. Au-dessus de la mêlée, Wesley Snipes s’amuse comme un petit fou dans le rôle d’un général despotique, et Eddie Murphy et Arsenio Hall passent du deaging aux maquillages (reproduisant bien ceux de Rick Baker, ça fera au moins un bon point) pour réinterpréter paresseusement les mêmes personnages d’antan. Murphy vient d’avoir soixante ans, ce serait effectivement le bon moment pour prendre sa retraite…

BASTIEN MARIE


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