Sacrées Sorcières

The Witches Film fantastique américain, mexicain, britannique (2020) de Robert Zemeckis, avec Anne Hathaway, Octavia Spencer, Jahzir Bruno, Stanley Tucci et Chris Rock – 1h46

En Alabama dans les années 60, un jeune orphelin et sa grand-mère font un séjour dans un luxueux hôtel où, au même moment, se tient le congrès secret d’un groupe de sorcières…

C’est déjà cruel de fermer les salles de cinéma, ça l’était encore plus à quelques jours de la sortie du nouveau film de Robert Zemeckis, Sacrées Sorcières. Nous étions prêts à prendre notre mal en patience, mais visiblement pas Warner qui a finalement décidé de sortir le film directement en vidéo et d’en faire leur première production importante estampillée « création originale » HBO Max. On devra donc se contenter du petit écran pour cette nouvelle adaptation du roman culte de Roald Dahl trente ans après celle de Nicolas Roeg avec Anjelica Huston, et un an après celle de Pénélope Bagieu pour le neuvième art. Il s’agissait à l’origine d’un projet de Guillermo Del Toro (restant scénariste et producteur avec son pote Alfonso Cuaron) qui voulait en faire un film en stop-motion, comme en souvenir du James et la pêche géante de Henry Selick. Récupéré par Zemeckis, le film devient live, fait la part belle à la performance capture et se déroule en Alabama, état natal de Forrest Gump. Difficile de jauger l’implication de Del Toro dans le film fini mais sa rencontre avec Zemeckis faisait saliver, et on tentera volontiers de déceler les idées venant du créateur de La Forme de l’eau. Le réalisateur de Bienvenue à Marwen, quant à lui, comptait peut-être sur la popularité de Roald Dahl pour se refaire une santé au box-office – vu les circonstances, c’est raté.

A la déception de voir Sacrées Sorcières cantonné au home cinéma (ce que rappelle cruellement le tout premier plan du film, sur l’objectif d’un vidéoprojecteur) s’ajoute celle du film même, pas vraiment à la hauteur de nos attentes. S’il s’en sort mieux que son copain Steven Spielberg sur le fade Le BGG, Robert Zemeckis ne rend pas beaucoup plus honneur à Roald Dahl avec cette adaptation sympathique mais, par rapport à ses derniers films, peu inspirée. De quoi nous laisser penser que le réalisateur a effectivement accepté une commande qu’il honore de son aisance technique habituelle mais sans y mettre tellement de lui-même. S’il est loin de se montrer aussi fascinant que The Walk ou Bienvenue à Marwen, Sacrées Sorcières reste tout de même délicieusement creepy pour ce que les exécutifs de Warner devaient ne considérer que comme un film pour enfants. Une qualité essentielle quand on adapte Dahl dont les histoires, même destinées aux jeunes lecteurs, sont souvent assez cruelles. S’il est moins austère et gothique (ou alors southern gothic) que la version de Nicolas Roeg, le film de Zemeckis contient tout de même son lot d’images et séquences susceptibles de traumatiser gentiment ses jeunes spectateurs : la transformation d’une enfant en poulet, le sourire carnassier des sorcières (peut-être hérité de Del Toro tant cela m’a fait penser aux vampires de Blade 2), des bras s’étirant pour attraper les héros « souricisés »… Zemeckis conserve bien là un goût pour la subversion qui fait plus que jamais plaisir à voir.

La Grande Sorcière (Anne Hathaway) se voyait déjà toucher le pactole sans le mauvais sort du Covid.

Ce qui m’amène à parler d’Anne Hathaway dont j’ai appris qu’elle était nommée, fort injustement, au Razzie de la pire actrice. Une nomination devant trouver pour prétexte son accent allemand et son cabotinage, pourtant parfaitement justifié par rapport à l’aspect grotesque de son personnage. Inspirée par le juge DeMort de Qui veut la peau de Roger Rabbit – et ce ne doit pas être uniquement pour flatter son metteur en scène – Hathaway est assez angoissante, par exemple quand elle nous lance, du fond du plan dans le vaste restaurant de l’hôtel, un glaçant regard démoniaque. Donc oui, Hathaway fait le job et Zemeckis aussi, quand sa mise en scène se libère avec l’arrivée du fantastique et la transformation de ses héros en souris, la caméra les suivant à travers les couloirs, les conduits et les cuisines de l’hôtel, jouant des perspectives et des différences d’échelles (le film aurait pu être formidable en 3D). Avant ça, il établissait le trauma de son jeune héros en un seul plan très poétique et posait efficacement son décor d’Alabama, évoquant aussi sa ségrégation avec une subtilité qui manque à beaucoup de ses confrères hollywoodiens. Mais des effets spéciaux inégaux (le chat pique les yeux) et des thématiques dahliennes trop vaguement traitées devraient sceller bien trop vite la mauvaise réputation de Sacrées Sorcières alors que, même décevant, il contient des éclats montrant qu’il reste l’œuvre d’un grand cinéaste.

BASTIEN MARIE

Autres films de Robert Zemeckis sur le Super Marie Blog : Crazy Day (1978) ; La Mort vous va si bien (1992) ; Alliés (2016) ; Bienvenue à Marwen (2018)


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