Boss Level

Film d’action américain (2021) de Joe Carnahan, avec Frank Grillo, Mel Gibson, Naomi Watts, Ken Jeong et Michelle Yeoh – 1h34

A cause d’un projet top secret de sa physicienne d’ex-femme, Roy Pulver, ancien militaire, se voit revivre incessamment la même journée où il tente de survivre à chaque fois un peu plus longtemps face à la horde de tueur à gages que le colonel Clive Ventor, chef dudit projet, a envoyé à ses trousses…

L’intégrité et la fidélité de Joe Carnahan ont souvent compliqué la conduite de sa carrière à Hollywood. Découvert avec le hard boiled Narc (2002) puis le fendard Mise à prix (2006), le réalisateur a été amené depuis à signer plus de films dans le ton du second que du premier – hormis le très beau Territoire des loups (2011) pour lequel il a fallu la persévérance du regretté Tony Scott pour qu’il aboutisse. Habitué à claquer la porte de projets prenant une direction qui lui déplaît, comme Death Wish ou Gemini Man, Carnahan semble contraint de refouler le versant le plus sombre de son cinéma effarouchant les studios. Sept ans après sa dernière réalisation, il revient sur nos écrans (de télé) avec Boss Level qui, même fun, a mis beaucoup de temps à se monter. Il se base sur un scénario original de Chris et Eddy Borey daté de 2010 que Carnahan réécrit deux ans plus tard et présente, avec son pote Frank Grillo (acteur et finalement producteur du projet), à la Fox. Le studio est intéressé mais finit par s’en désengager quand il ne parvient pas à convaincre Carnahan, toujours intègre et fidèle, à envisager un autre acteur que Grillo pour le rôle principal. Tant pis, le réalisateur montra son projet en indépendant, démarchant une douzaine de sociétés de production différentes pour atteindre son budget de 45 millions de dollars (estimation possiblement exagérée car tout ce pognon ne se voit pas vraiment à l’écran). Un long montage financier qui a laissé le temps au sujet de Boss Level de s’essouffler : si l’idée d’une boucle temporelle pouvait encore paraître originale en 2010, il s’est depuis fait griller la priorité par Edge of Tomorrow, Happy Birthdead et autre Palm Springs

Du coup, Boss Level commence laborieusement avec le motif, aujourd’hui terriblement éculé à cause d’un usage abusif des boucles temporelles, de la séquence de réveil matinal répétée ad nauseam. Pas de I Got You Babe ici, mais une baston et fusillade homériques, à la chorégraphie amusante mais aux effets spéciaux indignes d’une production de 45 millions. La répétition donne ensuite lieu à toute une série de mises à mort rigolotes et de punshlines sarcastiques dont la redondance lasse fatalement, malgré les efforts de Carnahan pour les égayer d’un montage dynamique et d’allusions au jeu vidéo. Bon, cela dit, le réalisateur reconnaît volontiers en interview que la science-fiction n’est pas son fort – car il est intègre, fidèle et honnête. Mais par la suite, une fois que le récit se repose, les atouts du réalisateur refont soudainement surface et Boss Level montre dans sa seconde moitié une émotion insoupçonnée. On aimerait vous en dire plus mais pas sans spoiler, alors à partir de ce point c’est /alerte au spoil/. A la moitié du film, Roy finit donc par partager notre lassitude à force de morts à répétition et décide finalement de profiter de cette ultime journée éternellement rebootée pour se rapprocher de son fils (joué par le vrai fils de Frank Grillo, Rio), jeune gamer de surcroît, ce qui permet aussi d’ancrer plus sincèrement l’influence vidéo-ludique. Boss Level approche alors une portée métaphorique et émotionnelle qui, évidemment loin de la profondeur d’Un jour sans fin, a le mérite d’exister, a fortiori dans un actioner autrement bourrin dans lequel on ne l’attendait pas.

Roy Pulver (Frank Grillo) n’a jamais été aussi près du boss de fin, le colonel Ventor (Mel Gibson), ce serait le moment de lui demander quelques conseils d’acting…

Au moment où on pensait voir Joe Carnahan se fatiguer, voilà donc qu’il nous balance à la tronche ce supplément d’âme. Pas de quoi transcender la nature de série B de son film mais assez rare pour être souligné, même et surtout chez des concurrents plus fortunés. Une surprise accrue par la présence de Frank Grillo au rôle principal : tout impliqué qu’il soit, il n’est pas le meilleur acteur du monde ni même l’action hero le plus charismatique, et il joue un personnage pas bien fin (on découvre des astuces et des avantages à la boucle temporelle bien avant lui), et il suit pourtant sans ciller ce virage émotionnel, lui donnant encore un peu plus de force. Face à lui, les guest stars ne sont pas aussi bien servis : Naomi Watts n’a pas grand chose à jouer, l’apparition de Michelle Yeoh est carrément expéditive, et Mel Gibson est scandaleusement sous-exploité. Son temps de présence à l’écran ne doit même pas dépasser dix minutes, dans le rôle d’un boss de fin qui perd de sa superbe à force de morts multiples. Boss Level n’est donc pas dénué de scories, loin de là, mais le cœur que Carnahan met à l’ouvrage donne quand même envie de recommander le visionnage.

BASTIEN MARIE


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