Bliss

Film de science-fiction américain (2021) de Mike Cahill, avec Owen Wilson, Salma Hayek et Nesta Cooper – 1h43

Greg Wittle, employé divorcé et dépressif venant de se faire virer et de tuer accidentellement son patron, rencontre Isabel, une sans-abri qui le persuade qu’ils vivent dans une simulation créée dans un futur idyllique…

Avec ses deux premiers longs-métrages, Another Earth (2011) et I Origins (2014), primés à Sundance et sortis dans les salles françaises, Mike Cahill s’est fait un nom avec sa science-fiction sentimental(iste). Avec Bliss, le réalisateur semble sortir de l’ornière indépendante et, avec les sous d’Amazon Studios, a droit à un budget un peu plus important pour raconter cette histoire située quelque part entre The Fisher King et Matrix. Porté par Owen Wilson et Salma Hayek, deux acteurs so 2000 n’étant plus vraiment bankables aujourd’hui, Bliss n’a toutefois eu aucun mal à passer pour un film événement sur Amazon Prime Video : c’est l’avantage des algorithmes proposant du contenu, il suffit de mettre en exergue un visuel un peu moche avec deux acteurs assez connus et sympathiques dans la catégorie « films qui pourraient vous plaire » pour hameçonner le clic d’un spectateur fatigué. Vous l’aurez compris, Bliss flaire l’arnaque : le nouveau film de Mike Cahill est, pour le dire poliment, d’une naïveté confondante.

Le film commence sur le monde professionnel gris et agressif où Greg incube sa dépression (Owen Wilson joue donc son propre rôle) et où son portefeuille disparaît mystérieusement pour teaser vite fait bien fait la simulation à venir. Puis il rencontre Isabel (Salma Hayek en fait immédiatement des caisses) et on glisse dans un vortex de mondes parallèles qui pourrait tout aussi bien n’être qu’une lourde métaphore de la schizophrénie toxicomane de ses personnages marginaux. On ne saurait le dire exactement et d’ailleurs, on s’en fout, puisque Bliss semble être écrit au fil du stylo et ne développer qu’un premier jet de script en grand besoin de réécriture. Le film titube et trébuche comme un clodo alcoolisé (comme quoi, il ne doit pas être complètement à côté de la plaque), tant Mike Cahill ignore les règles narratives de son propre script. Il se sort d’impasses scénaristiques en usant d’effets de mise en scène excessifs (quand les personnages se dédoublent arbitrairement après avoir fait les cons dans une patinoire, quand les deux univers s’interpénètrent sans explication dans une séquence bouffant tout le budget effets spéciaux) et l’ensemble devient si inconséquent et artificiel que le spectateur renonce très vite à essayer de démêler le vrai du faux et à saisir le véritable sujet du film.

Greg (Owen Wilson) et Isabel (Salma Hayek) se retrouvent au carrefour de leurs deux mondes : « Vite, tirons-nous de ce film raté ! »

Dans l’enchaînement laborieux des événements, on frôle toutefois des aspects intéressants et fugaces, immédiatement contredits par ce qui suit. Par exemple, des défenseurs du film pourraient arguer qu’il est original d’avoir pour une fois un futur optimiste et que ce soit la simulation qui soit déprimante, créée par des savants se lassant de leur monde paradisiaque. Sauf que, en plus de la futilité de l’ennui existentiel des personnages (Greg se plaint essentiellement de la température de l’eau de sa piscine), le film est si mal foutu qu’on ne sait plus exactement quel monde est la simulation de l’autre. A un autre moment, on serait presque ému de voir Owen Wilson, le seul à y mettre un peu de conviction, ne pouvant se résoudre à abandonner sa fille quand bien même celle-ci serait un PNJ irréel. Pour noyer le poisson, Mike Cahill déclare que chaque spectateur y voit la réalité qu’il veut (comme c’est pratique !) et que l’empathie est au centre de son cinéma. A force de maladresses, Bliss finit au contraire par paraître cynique et condescendant avec ses SDF toxicos servant de prétexte à une SF paresseuse.

BASTIEN MARIE


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