Moxie

Teen movie américain (2021) d’Amy Poehler, avec Hadley Robinson, Lauren Tsai, Alycia Pascual-Peña, Nico Hiraga, Patrick Schwarzenegger, Amy Poehler et Marcia Gay Harden – 1h51

Sous l’influence de son ex-punk de mère et d’une nouvelle arrivante grande gueule, une lycéenne discrète distribue anonymement dans son lycée un fanzine féministe, Moxie, pour dénoncer le machisme de son établissement…

Pour alimenter le buzz dans l’un de ses terreaux les plus fertiles, les couloirs de lycée, Netflix capitalise naturellement sur le teen movie. Ayant un temps hébergé les classiques de John Hughes, la plateforme a récemment mis en ligne Lady Bird de Greta Gerwig et Booksmart d’Olivia Wilde. Et c’est maintenant Amy Poehler, régulière du Saturday Night Live et actrice récompensée de Parks and Recreation, qui se fait un bain de jouvence avec Moxie, son second long-métrage après Un week-end à Napa et sa bande de copines fêtant le cinquantième anniversaire de l’une d’elles, également sur Netflix. Adapté d’un roman publié en 2015, Moxie rejoue les bouleversements Times’ Up et #metoo ayant fait trembler Hollywood dans les murs d’un lycée de Rockport, Oregon, ville fictive puisqu’il existe 17 Rockport aux Etats-Unis mais aucun en Oregon.

On se rend compte très vite que Moxie va entrer en guerre contre le démoniaque patriarcat, mis en avant par Netflix sur la fiche signalétique du film, le signalant lui-même dans ses premières minutes, avec la même relative finesse, avec le machisme quotidien du lycée culminant avec une liste en ligne de « distinctions » des élèves féminines qui n’a rien à envier au Facematch de Mark Zuckerberg. Après cette mise en situation surlignée, l’héroïne Vivian crée Moxie, un fanzine s’opposant à la vulgarité online des mecs, inspiré des archives des jeunes années punk de maman. On notera le caractère passéiste de cette résistance : pour lutter contre le despotisme des réseaux sociaux, on a recours à un bon vieux format papier, rassurant maman Poehler sur la perpétuation des traditions. L’actrice se présente dans son film avec l’immuable sourire attendri de la mère fière de sa petite, à se demander si Moxie s’adresse à la jeunesse actuelle ou tend plutôt à rassurer les parents sur le fait que leur progéniture n’est pas forcément pendue à leurs portables. Bon, là, je suis un peu méchant parce qu’à partir du moment où le fanzine entre en jeu, engendrant une série de signaux militants, le film s’électrise et devient un teen movie enlevé… mais assez inoffensif.

Vivian (Hadley Robinson) nous présente l’exemplaire original de son fanzine. Il ne reste plus qu’à photocopier la révolution.

Car Moxie, malgré sa plaisante légèreté (je dis ça maintenant avant qu’on me reproche de prendre le film trop au sérieux), finit par s’asphyxier de sa thématique féministe. La moindre scène, le moindre élément du film sont systématiquement ramenés à ça, y compris les plus inattendus comme le cauchemar de Vivian qui ouvrait le film (elle était muette et poursuivie dans les bois par une mystérieuse créature, sans doute Harvey Weinstein), empêchant le métrage et ses personnages de s’épanouir. Moxie se prive ainsi de spontanéité, de digressions et d’inattendus d’autant plus désirés dans un genre aussi codifié que celui du teen movie. Du coup, le film en devient terriblement prévisible (on devine tous les conflits et obstacles qui se dresseront sur le chemin de Vivian) et ses personnages, cochant les cases habituelles du genre (la cheerleader, le quaterback orgueilleux, la principale dépassée, le prof de littérature compréhensif…) auxquelles s’ajoutent celles de la désormais sacro-sainte représentativité hollywoodienne (une handicapée, une asiat, des afro-américaines, possiblement gays, c’est bon, tout le monde est là !), restent tout du long conformes à leur caractérisation initiale. Comme par exemple le boyfriend hyper-sympa, car oui, des mecs sympas, il en existe quand même quelques-uns paraît-il. Donc malgré l’aspect grisant d’un militantisme germant au lycée, laboratoire social de citoyens en puissance, Moxie ne se détache jamais de l’ironie de voir l’histoire d’un bouleversement raconté dans un film aussi programmatique.

BASTIEN MARIE


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