La mission

News of the world Western américain (2021) de Paul Greengrass, avec Tom Hanks, Helena Zengel, Michael Angelo Covino, Ray McKinnon, Mare Winningham – 1h59

1870 – Aux lendemains de la guerre de sécession, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le sud des Etats-Unis, passant de ville et ville pour lire les journaux aux populations. Sa route croise celle de Johanna, une jeune allemande de dix ans enlevée depuis plusieurs années par des indiens Kiowa dont elle a adopté la langue et le mode de vie. Le capitaine décide de la ramener auprès de sa famille européenne.

Avec La mission, Tom Hanks retrouve Paul Greengrass quelques années après Capitaine Philips. Même cinéaste, même grade mais nouveau genre puisque, pour la première fois de sa riche carrière, le mythique acteur s’aventure dans le western (et ouais, y’en avait pas dans Cloud Atlas !). Mais qu’on ne s’y trompe pas, en même temps peu de chance vu comment le film l’affiche sans fard, si La mission prend place quelques années après la guerre de sécession, c’est bien de l’Amérique contemporaine qu’il est question ici. En effet, à l’instar de leur personnage de lecteur public qui vient délivrer les nouvelles aux populations, Greengrass et Hanks manient une actualité plus que brûlante en dépeignant ainsi une Amérique divisée, le film étant sorti le 25 décembre 2020, quelques semaines à peine après la défaite contestée de Trump (le roman original était sorti un mois avant son élection) et dix jours avant l’assaut sur le Capitole mené par ses partisans. Reprenant un duo de personnages qui a fait ses preuves dans deux des meilleurs « westerns » de ce début de siècle, True Grit et Logan, la mission du titre de ce couple vieil homme/fillette ne fait donc aucun doute : réconcilier une Amérique fracturée.

Helena Zengel sous le regard bienveillant de Tom Hanks, quelque part entre Jimmy Stewart et Joe Biden (mais que les « QAnon » posent tout de suite leurs guns, y’a rien de sexuel !)

Un programme particulièrement ambitieux pour Paul Greengrass qui aura donc bien besoin de l’un des acteurs les plus appréciés d’Hollywood, Tom Hanks, pour atteindre l’inatteignable objectif. Ce dernier se présente de nouveau comme le digne héritier de James Stewart, pour une filiation façonnée principalement chez Spielberg, notamment dans le récent Pentagon Paper qui était déjà un plaidoyer en faveur de la presse, décrite comme un véritable pilier de la nation américaine. Malheureusement, il va sans dire que Greengrass n’est pas Spielberg et que Luke Davies n’est pas l’un des frères Coen (à l’écriture du Pont des espions) et son personnage de citoyen modèle manque ici un peu de relief, malgré un passif pourtant lourd. Si on pourra donc trouver Tom Hanks aussi impeccable qu’à son habitude, il n’est pas impossible de s’ennuyer un peu en le voyant jouer cette partition un brin ronflante. Il convient par contre de noter la performance de la jeune Helena Zengel, très convaincante dans cette version modernisée du personnage de squaw déracinée immortalisée par Nataly Wood dans La prisonnière du désert. Là encore, Greengrass n’est évidemment pas John Ford, et, si le western lui réussit plutôt bien et que sa mise en scène s’avère plus posée et plus classieuse que jamais, j’avoue être resté de marbre face à ses images loin d’être moches mais quand même assez tristement illustratives. On ne peut pas dire que l’unique scène d’action, aussi accessoire que brouillonne, vienne vraiment relever le niveau, pas plus que cette scène de tempête de sable, où Greengrass peut enfin assumer sa représentation spatiale chaotique, qui m’a d’ailleurs évoqué un passage similaire d’une autre production Netflix, mettant également à l’honneur un couple vieil homme/fillette, le très embarrassant Minuit dans l’univers de George Clooney. Heureusement, La mission fait malgré tout meilleure figure, le film ayant pour lui ses très beaux paysages qui rendent la balade agréable même si on peut regretter que cette distribution en streaming nous prive du grand écran, restant logiquement le meilleur des cadres pour le plus cinématographique des genres (même si, à choisir, c’est plutôt Buster Scruggs qu’on préfèrerait ainsi découvrir comme il se doit !).

Si le genre est ici parfaitement adéquate pour rendre compte des tourments américains et qu’on peut ici se satisfaire de voir son versant lumineux plutôt qu’un énième crépuscule, il n’empêche que, par essence hyper consensuel, le western de Greengrass n’est surtout qu’un joli petit pansement sur une plaie béante. En tant que grand film réconciliateur, La mission s’avère donc l’échec attendu, faut dire que, vu ce que nous propose son industrie ces derniers temps, et sans parler de la crise qu’elle traverse, on peut sérieusement douter qu’Hollywood puisse vraiment être à la hauteur de tels enjeux pour le moment. Après, confiné sur son canapé, on peut par contre d’ores et déjà reconnecter une Amérique dévastée dans l’incroyable Death Stranding d’Hideo Kojima…

CLÉMENT MARIE

Autre film de Paul Greengrass sur le Super Marie Blog : Un 22 juillet (2018)


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