L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot

The Man Who Killed Hitler and Then the Bigfoot Film fantastique américain (2018) de Robert D. Krzykowski, avec Sam Elliott, Aidan Turner, Caitlin Fitzgerald, Larry Miller et Ron Livingston – 1h38

Calvin Barr, soldat américain, quitte l’amour de sa vie pour infiltrer les lignes allemandes et tuer Hitler. Des décennies plus tard, il est engagé pour traquer le Bigfoot, porteur d’un dangereux virus, dans les montagnes canadiennes…

Originaire du Massachusetts, Robert D. Krzykowski n’a pas quitté son état natal pour tourner son premier long-métrage au titre incroyable, produit en toute indépendance donc et avec des producteurs élogieux rencontrés au fil des ans et rassemblés sous la bannière du studio Epic Pictures (un nom adéquat avec ce premier effort). Jugez plutôt : Lucky McKee, dont Krzykowski avait produit The Woman (2011), John Sayles, scénariste des premiers Joe Dante et réalisateur de Lone Star (1996) devenu mentor du jeune cinéaste depuis son précédent court-métrage Elsie Hooper, et Douglas Trumbull, légende des effets spéciaux qui forcément a supervisé ceux de ce film-ci avec son collaborateur de longue date Richard Yuricich. Du beau monde derrière la caméra tandis que devant, l’homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot est campé par Sam Elliott, l’un des derniers cowboys du cinéma américain, qui n’a jamais changé de tête et de moustache en quarante ans, de Blue Jean Cop à A Star Is Born. Malheureusement, malgré l’aura de sa star et la force de son titre, L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot n’aura eu droit chez nous qu’à une sortie VOD confidentielle au début de l’année…

Il faut dire que L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot n’est pas exactement le film grindhouse que son titre laisse présager mais plutôt un récit au charme et à la force tranquille tout eastwoodiens – ce qui, au pire, en ferait un film grindhouse à la Eastwood, ce qui ne gâche rien ! Alexandre Poncet de Mad Movies nous dit à l’oreillette qu’il n’est pas conçu pour plaire à tout le monde, ce qui est déjà rafraîchissant en soi ; on est tout à fait d’accord avec lui, même si on ne peut que tragiquement constater que ce pas de côté que fait Robert D. Krzykowski est aussi ce qui le condamne dans l’état actuel de l’exploitation et des attentes du public. A l’heure où la nazisploitation de nanars préfabriqués comme Iron Sky, Sharknado ou encore le mélange des deux Nazis at the Center of the Earth peut toujours compter sur quelques rigolos pour s’offrir un buzz à bon compte sur les réseaux, la désarmante sincérité du film de Krzykowski, parce qu’elle ne raccorde pas avec ce qu’on préconçoit à partir du titre et fait plus long feu que sur un simple trailer, se retrouvera noyée dans le flux de « contenu » (beurk !) réclamant une attention subliminale. A nous de porter L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot avec le même amour qu’a eu Krzykowski à le faire, ça donnera avec un peu de chance les fondations d’un film culte, si une telle destinée est encore possible.

Le jeune Calvin Barr (Aidan Turner), sur le point d’aller flinguer Hitler, adopte un berger allemand pour parfaire son camouflage…

Dans L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot, Robert D. Krzykowski s’intéresse donc moins aux exploits, sujets de séquences finalement assez brèves mais avec de beaux éclats de film d’exploitation, qu’à l’homme et les effets durables qu’ont eu ses missions sur le temps, dont le réalisateur fait sa matière première dans son montage alternant présent quotidien et passé épique. Cela pourrait être vu comme un simple moyen de palier à un budget peu élevé si Krzykowski ne montrait pas une telle assurance dans le drame de son héros en proie à ses souvenirs. Le réalisateur mise tout sur son sens de l’accessoire (un flingue bricolé sortant d’un James Bond, une montre nazi avec une croix gammée à la place des aiguilles sortant d’un Mel Brooks), du symbolisme (l’horloge inversée à regarder dans le miroir, le caillou dans la chaussure) et du mcguffin, chargeant toutes ses reliques disséminées dans le métrage avec une force émotionnelle insoupçonnée. Par exemple, une toute petite figurine de brontosaure, simple cadeau d’un frère à son aîné, devient, le temps d’un superbe gros plan, source d’une avalanche d’interprétations très émouvantes. Le souffle épique de la destinée hors du commun de notre héros n’a d’égal que la déchirante solitude dans laquelle il se la remémore, nous donnant le sentiment d’être un spectateur fort privilégié de cette riche vie le temps d’un long-métrage sans fioriture : eastwoodien, on vous dit !

Calvin Barr (Sam Elliott) a-t-il l’air de se laisser impressionner par les héros de pacotille du cinéma actuel ?

Evidemment, Krzykowski a trouvé en Sam Elliott l’acteur idéal pour son héros très discret, puisque le simple visage buriné du cowboy de The Big Lebowski raconte déjà toute une histoire, et sa moustache et son accent single malt encore plus ! Parfait pour habiter les silences qui en disent long, entre des dialogues aussi finement écrits, comme en témoigne par exemple une superbe séquence de balade amoureuse nocturne qui pourrait très bien être le climax du film, pour dire à quel point le réalisateur nous cueille là où on ne s’y attend pas ! Et petite news people : les acteurs Aidan Turner (Le Hobbit) et Caitlin Fitzgerald (Les Sept de Chicago), jouant Calvin jeune et l’amour de sa vie, ont fini ensemble à la fin du tournage, ce qui leur fera à eux aussi une belle histoire à raconter aux enfants. Sam Elliott campe donc un héros à la hauteur de sa légende annoncée dans le titre, dont le film remonte les racines profondes. Et ce portrait crépusculaire gagne d’autant plus de force à une époque où pullulent sur les grands écrans de soi-disant super-héros se tirant la bourre dans des aventures futiles sans queue ni tête. L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot n’est décidément pas sorti à la bonne époque ; est-ce à dire qu’il est déjà intemporel ?

BASTIEN MARIE


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