I Care a Lot

Thriller américain, britannique (2020) de J. Blakeson, avec Rosamund Pike, Eiza Gonzalez, Peter Dinklage, Dianne Wiest et Chris Messina – 1h58

Marla Grayson est à la tête d’une arnaque bien rôdée : elle prend sous tutelle légale des personnes âgées qu’elle isole ensuite de leurs familles pour mieux les dépouiller de leurs biens. En rencontrant Jennifer Peterson, elle pense avoir trouvé une pupille/victime idéale, seule et richissime. Sauf que la vieille dame cache d’étroits liens avec une mafia locale…

Apparemment, il y a du fric à se faire sur le dos des vieux : c’est ce que nous raconte ce I Care a Lot, écrit et réalisé par J. Blakeson (c’est Blakeson son nom, et c’est juste son prénom), auteur de La Disparition d’Alice Creed (2009) et La 5ème Vague (2016), qui signe donc ici une sorte de Loup de Wall Street du troisième âge. Sa louve de l’EHPAD, répondant au nom de Marla Grayson (ça fait très méchant comme nom), est jouée par Rosamund Pike à laquelle plus personne n’oserait se fier depuis son rôle de psychopathe dans Gone Girl. I Care a Lot a permis à l’actrice de décrocher sa troisième nomination aux Golden Globes, preuve évidente que la fermeture des salles a provoqué une grosse baisse qualitative dans la production hollywoodienne annuelle. Non pas qu’I Care a Lot soit un navet, mais il se cale bien dans le niveau général des exclus Netflix : imperturbablement moyen, sans réels défauts mais sans réelles qualités non plus.

Comme Rosamund Pike a joué pour David Fincher, J. Blakeson veut se la jouer Fincher dès sa séquence d’ouverture, au ralenti sur un morceau de Death in Vegas et la voix off cynique de son héroïne qui ne l’est pas moins. Heureusement, le reste du métrage n’est pas aussi présomptueux, il est plutôt d’une neutralité remarquable. On a droit à une esthétique de clippeur mais jamais trop ostentatoire, et à un scénario qui ne vise que la description de ses engrenages, celui de l’arnaque de l’héroïne puis du retour de flamme mafieuse. De quoi traverser sans encombre deux heures de métrage qui aurait pu se délester facilement de vingt bonnes minutes. On est donc bien face à du Scorsese en déambulateur, qui compte beaucoup sur ses acteurs pour montrer quelques pics sur son encéphalogramme plat. Rosamund Pike rejoue sa partition de garce glaciale, toujours sur le point d’en faire trop. Peter Dinklage est comme toujours impeccable en mafieux fils à maman. Et Dianne Wiest offre les meilleurs moments du film quand elle perce son apparence de mamie inoffensive par un regard démoniaque trahissant son appartenance à la pègre ; malheureusement, une fois placée en maison de retraite, son personnage ne peut plus faire grand chose.

Marla Grayson (Rosamund Pike) face à son mur de pigeons pupilles.

A côté de ces quelques pépites livrées par son casting, J. Blakeson se cantonne au pilotage automatique, abordant un sujet auquel il est incapable de donner corps. L’ambiguïté morale au cœur d’I Care a Lot, l’affrontement entre une escroquerie « légale » et les agissements de la pègre pour savoir lequel domine dans la chaîne alimentaire capitaliste, est intéressante mais le film s’obstine à n’en faire rien d’autre qu’un mécanisme narratif. De peur de s’enfermer dans une ironie cadenassée, J. Blakeson ignore le large versant sardonique de son sujet et passe à côté du potentiel humour noir ou décalé de son film, comme en témoigne particulièrement la scène, finalement assez banale, où les mafieux déboulent manu militari dans la maison de retraite. Et nous, pauvres spectateurs, avons le plus grand mal à nous impliquer dans le film. Rosamund Pike s’installe si bien dans son armure de biatch opportuniste qu’on ne croit à aucun moment à une possible vulnérabilité et qu’on se soucie peu de son sort : elle pourrait se faire buter dans n’importe quelle scène qu’on se dirait qu’elle ne l’a pas volé ! So we don’t care so much about I Care a Lot

BASTIEN MARIE


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