Daft Punk’s Electroma

Road trip SF français (2006) de Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, avec des humains et des machines – 1h12

Dans le désert californien, les Daft Punk prennent la route au volant de leur Ferrari 412 en quête de leur humanité.

Très tôt dans leur carrière, les Daft Punk ont affiché de grandes ambitions visuelles, travaillant pour leurs clips avec des réalisateurs aussi talentueux que Spike Jonze ou Michel Gondry avant de mettre carrément un pied dans le monde du cinéma avec Interstella 5555, un véritable animé de plus d’une heure qu’ils conçoivent pour illustrer leur deuxième album, Discovery. Pour le réaliser, ils font appel aux studios Toei animation et à Leiji Matsumoto, prestigieux créateur d’Albator, pour cette histoire de groupe de musique intergalactique située quelque part entre son célèbre pirate de l’espace et Phantom of the Paradise. Au final, ce petit plaisir de fanboys autoproduit par les Daft se chiffre à 4millions d’euros, une somme qui sera largement remboursée, le groupe découpant le métrage en plusieurs clips qui seront vendus à toutes les chaînes musicales du monde. Fort de ce franc succès, il faut bien ajouter qu’Interstella 5555 est un bijou étincelant aussi nostalgique que stimulant, Thomas Bengalter et Guy-Manuel de Homem-Christo décident de retenter l’expérience cinématographique en passant directement derrière la caméra pour ce Electroma.

Dès les premières images, des sédiments, une roche aux couleurs caractéristiques, puis se dévoile un horizon familier, celui du désert américain, en accord avec une fascination de la French Touch pour les Etats-Unis qui ne se limite évidemment pas qu’à l’emploi généralisé de l’anglais. En effet, si leur clip de Da Funk les conduisait déjà aux States, la (magnifique) pochette du 10 000Hz Legend de leurs confrères d’Air représentait déjà une vallée de la mort flamboyante qui servit également de décor pour les vidéos de Mr Oizo mettant en scène son Flat Eric. Aussi, on ne sera pas surpris de voir Dupieux réinvestir l’imagerie américaine et retourner outre-Atlantique (en vrai au Canada) pour tourner Steak un an après Electroma puis retrouver la poussière californienne pour Rubber et ses films suivants. Pas de pneu vengeur ici, mais deux êtres casqués, sillonnant l’ouest en quête d’humanité, en accord avec le titre de leur troisième opus (que l’on n’entendra pas dans le film), Human after all, album mal aimé qui avait déconcerté le public, avant d’être reconsidéré à la faveur du culte Alive 2007, mais qui ne manqua pas d’influencer une deuxième génération de la French Touch menée par Justice, arborant les même perfectos cintrés.

Une déambulation dans le désert à la Gerry pour un même existentialisme…

La quête d’humanité, amorcée par le puissant International Feel de Todd Rundgren (la rumeur veut que les Daft avaient à priori envisagé de composer une bande son originale avant de s’en tenir aux morceaux qu’ils comptaient sampler), se présente en une succession d’hallucinants tableaux muets, assumant leurs prestigieuses filiations. Ainsi, l’errance dans le désert renvoie directement au métaphysique Gerry de Gus Van Sant, les plans en voiture font référence au Duel de Spielberg, l’oppression cauchemardesque des robots d’une petite bourgade évoque l’Invasion des Profanateurs des sépultures, les décors technologiques d’un blanc immaculé reprennent l’esthétique SF vintage de 2001 l’Odyssée de l’espace ou THX 1138 tandis que d’étranges masques caricaturant les deux visages inconnus les plus célèbres du monde rappellent l’intro en pâte à modeler du Moonwalker de Michael Jackson… Ces tableaux ne plient jamais sous ces lourdes références et certains ne manquent pas de singularité, on pense notamment à cette séquence surréaliste d’érotisation du désert se concluant sur un buisson entre deux dunes (une image reprise en pochette de l’album Sexuality de Sebastien Tellier produit par Guy-Manuel de Homem-Christo). Parfois inquiétants, souvent bouleversants, ils font d’Electroma une œuvre plastique forte, qu’on pourrait effectivement davantage trouver dans un musée que dans une salle de cinéma, qui jamais ne dévie de son objectif. Les Daft Punk cinéastes, tirant pleinement parti des personnages de robots anonymes aux sublimes casques (sortis du Jour où la terre s’arrêta), déploient la même ambition que dans leur musique : faire ressurgir l’émotion, l’humain, à travers la machine, reprenant à leur compte une quête initiée par les pionniers de Kraftwerk. À une époque où des expérimentations cinématographiques telles que Yellow Submarine, The Wall ou Tommy semblent appartenir au passé (après, si c’est pour se retrouver avec le Black is King de Beyonce…), on vous encourage fortement à (re)découvrir cet étrange et envoûtant Electroma et à être saisi par sa puissance évocatrice et ses pérégrinations plus mystiques que technologiques.

Et c’est donc sur des images d’Electroma, au son de Touch, composé avec Paul Williams (le compositeur dont la voix permettait à Winslow Leach de pouvoir rechanter à travers une machine dans Phantom of the Paradise), que le mythique duo aux casques d’or et d’argent fait donc son épilogue, concluant avec leur classe et leur mystère caractéristiques une carrière impériale, mettant à l’honneur l’art du sampling (du plagiat pour certains) avec une direction artistique sans faille, un contrôle absolu et une rareté qui les a rendu précieux pour une électro immédiate, ambitieuse et nostalgique qui n’aura eu de cesse de poser sans détour la question que tout œuvre d’Art devrait s’évertuer de soulever : C’est quoi être humain ?

« Hold on… If love is the answer, you’re home. »

CLÉMENT MARIE

« Où devons nous aller, nous qui errons sur cette terre désolée, en quête du meilleur de nous-même ? »

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