La rumeur court…

Rumor has it… Comédie romantique américaine (2005) de Rob Reiner, avec Jennifer Aniston, Kevin Costner, Mark Ruffalo, Shirley MacLaine, Richard Jenkins – 1h36

Alors qu’elle se rend au mariage de sa sœur, Rach… Sarah découvre le petit secret de Pasadena : sa grand-mère n’est autre que la véritable Mrs Robinson, sa famille ayant inspirée le roman Le Lauréat et sa célèbre adaptation cinématographique. Sarah se demande alors si elle est bien la fille de son père et décide de partir à la recherche de son probable géniteur…

1992, dans le plan séquence hommage à La soif du mal qui ouvre The Player, on peut voir le producteur incarné par Tim Robbins recevoir dans son bureau un scénariste venu lui pitcher un projet pour le moins ubuesque : The Graduate – Part II ! Si cette scène permet à Robert Altman de mettre en place son fameux trouble entre réalité et fiction, le scénariste étant joué par Buck Henry, créateur avec Mel Brooks de Max la menace mais surtout auteur du script du Lauréat de Mike Nichols qui joue ici son propre rôle, elle est évidemment aussi un moyen pour Altman de se foutre joyeusement de la gueule d’Hollywood. Aussi, on imagine qu’il a du bien rigoler lorsqu’en 2005, le gag devint réalité et que sortait sur les écrans cette Rumeur court

Hollywood… Usine à rêves…

L’Histoire ne dit pas si Ted Griffin, scénariste du culte Vorace et d’Ocean 11, a été inspiré par la vanne d’Altman mais, quoiqu’il en soit, celui-ci se lance dans cette suite du Lauréat qui doit même être sa première réalisation. Alors que le casting original est un temps envisagé, c’est finalement Shirley MacLaine et Kevin Costner qui remplacent Anne Bancroft et Dustin Hoffman tandis que Jennifer Aniston se glisse dans les baskets de la lauréate du siècle nouveau (quoique même pas puisque le film se déroule en 1997 pour mieux coller aux âges des personnages). Mais voilà, malgré le soutien de son producteur Steven Soderbegh, Ted Griffin est viré du projet à peine douze jours avant le tournage au profit du poids lourd Rob Reiner, qui en profite malgré tout pour faire quelques réécritures. Ouais, ça partait déjà pas très bien…

Plutôt qu’une hasardeuse suite directe, rendue de toute façon encore plus compliquée suite au changement de casting, La rumeur court… s’avère plus méta, ses personnages ayant inspirés son plus célèbre ouvrage à Charles Webb, décédé en juin dernier et qui avait en réalité confié que Le Lauréat était plutôt autobiographique, rendu célèbre par l’adaptation de Mike Nichols. Cela permet à Rob Reiner de ne pas trop avoir à se mesurer au gros classique, même s’il ne fait évidemment pas l’impasse sur le Mrs Robinson de Simon and Garfunkel, et de proposer d’autres personnages. Il faut reconnaître que la comparaison semble cruellement inévitable et que Shirley MacLaine, dans un de ces rôles comiques qui sentent la naphtaline mais qui permettent aux stars hollywoodiennes de sortir un coup de leurs retraites, et Kevin Costner en vieux beau nostalgique (jeu de mot parce qu’il s’appelle Beau dans le flim !) semblent bien fadasses face aux Mrs Robinson et Benjamin Bradford originaux. Et que dire alors du personnage de Rach… de Sarah interprétée par une Jennifer Aniston qui vient de faire ses adieux à ses amis new-yorkais ? Là encore, on est bien loin du personnage iconique qui a révélé Dustin Hoffman. Alors que Le Lauréat dressait, via ce diplômé oisif et paumé, un portrait (im)pertinent et doux-amer d’une jeunesse en pleine révolution, La rumeur court… nous ressert paresseusement une énième trentenaire de la génération X, celle là même que l’on a pu voir pendant dix ans dans Friends sous les traits d’une Jennifer Aniston servie par une écriture autrement plus géniale, ou bien encore incarnée dès 1989 avec une incomparable fraîcheur par Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally du même Rob Reiner. La quête œdipienne de notre héroïne n’y fera rien, de l’enchaînement de petites scènes gênantes du premier acte à une tournure incestueuse aussi embarrassante que lourdingue jusqu’à un final larmoyant où Mark Ruffalo semble juste s’être planté de film pour chasser l’Oscar mais où seul notre cher Richard Jenkins parvient à faire mouche dans cette guimauve, cette comédie est résolument sinistre. Mais bon, Rach… Sarah finit par rentrer dans le rang, la petite vidéo de mariage en guise de générique de fin ne nous étant pas épargné, et tant pis pour le spectateur qui aura certainement perdu une heure et demie alors qu’il aurait pu faire des choses bien plus passionnantes comme ranger ses chaussettes.

Ça aurait quand même été moins choquant que Kevin Costner mange un Sveltesse….

La mauvaise blague de The Player se sera donc réalisée et on peine même à croire que Robert Altman et Buck Henry aient pu imaginer un tel naufrage : l’usine à rêve hollywoodienne aura bel et bien franchisé Le Lauréat, refondant le classique de Mike Nichols en véhicule standardisé et insipide de 80M de dollars pour une Jennifer Aniston désireuse de profiter de la fin triomphale de Friends pour s’imposer comme la nouvelle reine de la comédie romantique (en 1992, Buck Henry envisageait Julia Roberts pour le rôle). On notera sur ce coup là que le public n’aura pas vraiment mordu à l’hameçon et on retiendra surtout de La rumeur court… que, si Rob Reiner nous a gratifié de films aussi mémorables que Spinal Tap, Stand by Me, Misery ou encore Quand Harry rencontre Sally et Le Président et Miss Wade pour la comédie romantique, depuis vingt ans, il nous aura aussi pondu quelques sacrées merdes !

CLÉMENT MARIE


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