Les Affameurs

Bend of the River Western américain ( 1952) d’Anthony Mann, avec James Stewart, Arthur Kennedy, Julie Adams, Rock Hudson et Joy C. Flippen – 1h31

Glynn McLyntock et Emerson Cole, deux anciens pillards, accompagnent une colonie du Missouri à l’Oregon, en passant par Portland où ils négocient des provisions pour que les colons passent l’hiver. Mais à cause d’une ruée vers l’or qui fait flamber les prix, les autorités de la ville refusent de livrer les ressources. McLyntock et Cole s’emparent des provisions pour les amener à la colonie mais en chemin, les deux hommes s’opposent, Cole voulant aussi profiter de la ruée vers l’or…

Dans les années 50, James Stewart et Anthony Mann tournent ensemble huit films dont cinq westerns en cinq ans ! Une collaboration fructueuse et tout aussi essentielle que celle que Stewart entretiendra avec Hitchcock, permettant à l’acteur d’explorer des personnages plus sombres, bien loin des idéalistes qu’il campait chez Capra et qui lui collent à la peau. Après le brillant Winchester 73 au pitch imparable (ça raconte l’histoire d’un gars qui cherche son flingue !), Stewart et Mann rempilent donc sur ces Affameurs (titre français préférable au plus générique Bend of the River en VO) dans lequel le cœur de Jimmy balance entre paisibles colons et impitoyables chercheurs d’or. Il partage l’affiche avec Arthur Kennedy, second rôle de luxe, et surtout un jeune et beau Rock Hudson qui lui pique la vedette à la sortie du film. Jaloux, Stewart jura de ne plus jamais travailler avec l’acteur fétiche de Douglas Sirk, ni même de lui adresser la parole ! A sa sortie, Les Affameurs déconcerte à cause de la noirceur du personnage de Stewart qu’on préférait généralement dans les rôles de gentils gars au passé sans tâches.

Pourtant, la dualité du personnage de James Stewart et son sombre passé réémergeant au fil du métrage sont le principal intérêt des Affameurs. Une ambiguïté d’autant plus passionnante qu’elle est finement menée en filigrane de l’aventure déployée, essentiellement suggérée par la relation entre Glynn (Stewart) et Emerson (Arthur Kennedy). Les deux hommes se révèlent leurs noms avec un regard qui en dit déjà long, puis Glynn mesurera sa propre rédemption à celle qu’il espère pour Emerson. Quand ce dernier succombera à la soif de l’or, Glynn sera partagé entre la culpabilité de son passé de pillard et son mensonge pour accéder à l’idéal des colons. Forcément, Stewart révèle ces tourments intérieurs par une nervosité qu’on lui connaît peu, tandis qu’Anthony Mann joue astucieusement de l’aura de sa star : comme on est habitué à ce que Stewart campe le bon gars auquel on donnerait le bon dieu sans confession, le surgissement de son passé n’en est que plus violent.

Glynn McLyntock (James Stewart) drague la belle Laura Baile (Julie Adams) pour être sûr qu’elle ne se barre pas avec Rock Hudson !

Mais comme je le disais, cette dualité est au creux d’une aventure qui, comme d’habitude chez Anthony Mann, est rondement menée. Les Affameurs commence par une attaque d’indiens à la nuit tombée, que Glynn et Emerson contrent avec leur professionnalisme de bandits pas encore repentis, le tout en studio (on a grillé la toile peinte dans le fond !). Par la suite, les décors sont en revanche remarquables, notamment les passages à Portland noyé de figurants montrant l’effervescence d’une ville pionnière. Quand celle-ci est envahie par les chercheurs d’or, Stewart, Kennedy et Rock Hudson y improvisent une fuite pétaradante. Puis le long et pénible – pour les personnages, pas pour le spectateur – acheminement des provisions profite des paysages naturels de l’Oregon, sur le flanc du Mount Hood ou au long de la Columbia River. Par ce périple haletant tenu par une violence sourde, Mann et Stewart prouvent encore une fois la place essentielle qu’aura eu leur collaboration durant l’âge d’or du western.

BASTIEN MARIE


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