His House

Film d’horreur britannique (2020) de Remi Weekes, avec Sope Dirisu, Wunmi Mosaku et Matt Smith – 1h33

A Londres, un couple de soudanais, ayant perdu leur fille en fuyant leur pays, est installé par les services de l’immigration dans une maison insalubre de banlieue. Mais une présence maléfique semble les avoir suivis dans leur nouvelle demeure…

Venu de la publicité et du court-métrage arty, Remi Weekes s’était fait remarquer avec son court Tickle Monster, qui racontait l’histoire d’un adolescent essayant d’écrire un rap alors qu’un fantôme lui chatouille le cou, une commande de Channel 4 pour un programme de Halloween. Et voilà que son premier long-métrage, His House, coproduit par BBC Films et la Regency d’Arnon Milchan (Brazil, Fight Club), est acheté à Sundance par Netflix pour une sortie à Halloween. Avec son histoire de migrants soudanais dérangés par un esprit dans le domicile que leur ont fourni les services de l’immigration, His House ressemble à un film de maison hantée réalisé par Ken Loach ! De quoi en faire de l’elevated genre – mais Weekes est le premier à trouver le terme snob – et plus assurément encore de la black horror, label créé par les films de Jordan Peele, ayant donné lieu à au moins un vrai nanar (Antebellum pour ne pas le nommer) et sous lequel on ne manquera pas de vendre His House.

Entre film d’épouvante et chronique sociale, His House ne voudrait donc pas choisir et y parvient plus ou moins bien jusqu’à un twist qu’on vous révélera au paragraphe suivant (donc gare aux spoils !). Derrière l’effroi, Remi Weekes veut parler de déracinement et d’intégration et peut compter sur son couple d’acteurs convaincants, Sope Dirisu (Gangs of London) et Wunmi Mosaku (Lovecraft Country), tiraillés entre fort désir d’intégration synonyme de nouveau départ pour lui et mémoire de leur culture d’origine pour elle. Le film se partage entre scènes d’épouvante, pas exemptes de jump scares mais comptant aussi des visions d’horreur ambitieuses, débordant des murs de la maison, joliment éclairées par Jo Willems (30 jours de nuit), et ses séquences quotidiennes décrivant l’environnement peu reluisant du couple, victime d’un racisme venant aussi bien des travailleurs sociaux qui se plaignent qu’ils aient une maison plus grande que la leur ou des jeunes banlieusards noirs qui se moquent de Rial qui leur demandait son chemin. Malheureusement, à l’exception d’une scène mémorable où Rial se perd dans un labyrinthe d’allées de banlieue filmées au steadycam à la Shining, les deux versants de His House cohabitent finalement assez peu. L’argument fantastique vient de la culture africaine des protagonistes et se déploie indépendamment de leur situation d’immigrants, et Weekes finit par délaisser la potentielle angoisse de son cadre de banlieue.

Bol Majur (Sope Dirisu) en proie à une vision d’horreur l’emmenant loin de sa maison.

Cette imperméabilité entre horreur et social est achevée par le twist. Celui-ci nous est révélé dans une hallucination/flash-back où Rial, fuyant sa maison londonienne, se retrouve soudainement plongée dans un décor africain, le film abandonnant dès lors la question de l’intégration présente pour se focaliser sur le passé de ses personnages. On apprend alors que la fille morte pendant la traversée n’était pas celle du couple, Bol et Rial l’ayant embarquée avec eux pour s’assurer la fuite de leur village natal. Cela rappelle à notre bon souvenir le Dheepan de Jacques Audiard, bien plus intéressant que ce His House qui fonde donc son horreur sur la culpabilité de ses migrants plutôt que sur l’aliénation du cadre social délétère que leur réserve leur pays d’accueil. Arrivé au dénouement convenu du film, on se dit que Remi Weekes a quelque peu loupé sa cible, ses nobles intentions ne débouchant que sur un film d’horreur moyen. Pas étonnant que Netflix s’y soit intéressé pour son Halloween…

BASTIEN MARIE


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