Règlement de comptes

The Big Heat Film noir américain (1953) de Fritz Lang, avec Glenn Ford, Gloria Grahame, Jocelyn Brando, Alexander Scourby et Lee Marvin – 1h30

Le sergent Bannion, chargé de l’enquête sur le suicide d’un de ses collègues, soulève une affaire de corruption liant sa hiérarchie à Lagana, une grosse huile de la pègre qui a main mise sur la ville. Bien décidé malgré tout à poursuivre son investigation, le flic idéaliste est vite pris pour cible et sa femme meurt à sa place dans un attentat à la voiture piégée. Si Bannion rend son insigne, il n’en renonce pas pour autant à vouloir rendre justice, une justice vengeresse, implacable et donc plus trouble…

Fritz Lang est déjà l’un des plus grands réalisateurs du film noir lorsque le producteur Jerry Wald lui propose pour la Columbia d’adapter The Big Heat, une chronique du gangstérisme qui gangrène les villes américaines publiée dans les pages du Saturday Evening Post et éditée en France sous le titre Coup de torchon dans la fameuse Série noire de Gallimard. Effectivement Lang apparaît comme un choix évident pour raconter cette histoire de flic faisant face, seul contre tous, à la corruption généralisée pour une quête de justice mais aussi de vengeance qui le conduit à ressembler de plus en plus à ceux qu’il combat, sans retour possible. Dans le rôle de Bannion, Glenn Ford, découvert dans Gilda et bientôt malmené par Richard Brooks dans Graine de violence, incarne à la perfection ce policier à la fois familier et à priori héroïque mais dont l’intégrité immaculée ne résiste pas à la tournure tragique des événements.

Dave Bannion (Glenn Ford), un flic revanchard aux frontières de la morale…

Dès son ouverture hitchcockienne, pour un plan subjectif qui cite La maison du Docteur Edwards, on comprend qu’on est bien face au film d’un grand metteur en scène. Règlement de comptes est d’autant plus beau qu’il bénéficie à l’image de tout le talent d’un autre Lang, Charles Lang (aucun lien), chef opérateur pour des cinéastes aussi illustres que Cukor, Borzage, Sturges, Donen ou Wilder. Si le réalisateur de M le maudit use de nouveau du hors champ pour représenter la violence, celle-ci n’en irrigue pas moins le long métrage pour une tension en crescendo qui continue de faire son effet aujourd’hui, même si certains trouveront certainement l’intrigue trop classique à leur goût. Tant pis pour eux car, au-delà de sa limpidité manifeste, Règlement de comptes est évidemment loin de manquer de profondeur, témoignant à chaque image de la vision du monde de son auteur. On peut ainsi y voir une évocation, forcément à demi mot, du Maccarthysme qui ronge le Hollywood des 50’s.

Aussi, dans sa description d’un monde exclusivement dominé par les hommes, Règlement de comptes peut légitimement être considéré comme un film féministe. Les femmes sont ici les premières victimes, notamment celle, interprétée par Jocelyn Brando (la grande sœur de Marlon…) qui ne s’est rendue coupable que d’avoir épousé notre héros. Si le film se concentre sur la vengeance de Bannion, Lang n’en oublie pas pour autant de faire la part belle au personnage de Debby Marsh, incarnée par Gloria Grahame (qu’il retrouvera avec Glenn Ford sur Désirs humains), une femme fatale à qui la vie ne fait pas de cadeau. Elle doit ainsi faire face à un amant violent, avec dans un de ses premiers rôles un jeune Lee Marvin qui imprime déjà la pellicule de toute sa sauvagerie, qui finit par la défigurer avant qu’elle ne se range à corps perdu, par survie autant que par rédemption, du côté de Bannion. Dans le monde noir décrit par Fritz Lang, c’est peut-être cette Debby Marsh qui finit le plus par faire figure d’héroïne.

La belle et la bête… Debbie Marsh (Gloria Grahame) et Vince Stone (Lee Marvin).

Si Règlement de comptes a été très bien reçu dès sa sortie et bénéficie depuis de tous les honneurs (classements AFI, préservation à la Bibliothèque du Congrès…), c’était aussi le film de sa période américaine que Fritz Lang préférait. Quand on voit aujourd’hui comment ce classique du film noir passe l’épreuve des épreuves et s’avère toujours aussi percutant, on ne saurait pas lui donner tort mais bon, on avoue aussi qu’on les a pas encore tous vus !

CLÉMENT MARIE

Autre film de Fritz Lang sur le Super Marie Blog : La Cinquième Victime (1956)


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