La Cinquième Victime

While the City Sleeps Thriller américain (1956) de Fritz Lang, avec Dana Andrews, Rhonda Fleming, George Sanders, Howard Duff, Thomas Mitchell, Vincent Price, Sally Forrest, John Drew Barrymore, James Craig et Ida Lupino – 1h40

A New York, alors que sévit un assassin surnommé le tueur au rouge à lèvres, un magnat de la presse meurt, léguant son empire médiatique à son fils inexpérimenté, Walter Kyne. Ce dernier crée un poste de directeur exécutif et le destine, entre trois de ses employés, à celui qui bouclera l’affaire du tueur au rouge à lèvres. Chaque concurrent au poste tente de rallier à soi Edward Mobley, présentateur du JT détenteur d’un prix Pulitzer, qui avance considérablement sur l’enquête…

Pour son avant-dernier film américain, Fritz Lang, qui collectionnait les coupures de presse sur les affaires criminelles, s’inspire de l’histoire vraie du tueur au rouge à lèvres, ayant sévi en 1946 en laissant des messages sur les scènes de crime priant la presse de le coincer avant qu’il ne tue de nouveau. Ses derniers films n’ayant pas été de grands succès, le réalisateur de M le maudit a grand peine à faire financer son projet et ne trouve qu’un petit budget chez le producteur Bert E. Friedlob. Pas de quoi a priori réunir le gros casting de La Cinquième Victime mais Lang y parviendra en agençant son planning de tournage de telle sorte que, hormis Dana Andrews, chaque acteur n’ait à être présent sur le plateau que quelques jours. Des disponibilités très courtes et donc moins coûteuses que le réalisateur a dû sacrément rentabilisées, aucun acteur ne semblant être lésé. La Cinquième Victime est ensuite distribué par la RKO brillant de ses derniers feux…

Bien que le film s’ouvre sur un meurtre dans un appartement anonyme calfeutré dans la nuit new-yorkaise (de quoi justifier le titre original, While the City Sleeps), le tueur intéresse finalement peu Fritz Lang qui préfère se focaliser sur les journalistes lancés à sa poursuite par pur intérêt professionnel. Le magnat Kyne s’éteint, ainsi que son enseigne lumineuse rappelant le K du Xanadou de Citizen Kane… et le journalisme intègre avec lui ? En tous cas, sa disparition laisse place à son fils pourri gâté (Vincent Price qui se délecte de l’arrivisme de son personnage) qui lance une compétition féroce entre ses employés révélant leur ego et leur cynisme dans la lutte au scoop. C’en est à se demander si le personnage le plus attachant du film n’est pas le tueur… Car les journalistes à ses trousses sont : soit un paresseux couchant avec la femme du patron pour s’assurer une promotion (James Craig), soit un responsable de l’information si sûr de lui qu’il n’en vérifie pas ses sources et s’expose à de sacrées bourdes (George Sanders), soit un rédacteur en chef patientant tranquillement au bar que les infos remontent jusqu’à lui (Thomas Mitchell). Autour de ce trio de concurrents gravitent une éditorialiste opportuniste (Ida Lupino) et un présentateur vedette (Dana Andrews) certes plus efficace que ses collègues mais pas beaucoup plus moral : il provoque directement le tueur en direct à la télévision afin de faire de sa jeune fiancée un appât avant de la tromper éhontément.

Une partie de la rédaction de chez Kyne – Ed Mobley (Dana Andrews), Nancy Liggett (Sally Forrest), Jon Day Griffith (Thomas Mitchell) et Mildred Donner (Ida Lupino) – préfère faire leur réunion au bistrot.

Bref, c’est une belle bande d’enfoirés que Fritz Lang filme le plus souvent dans les locaux de l’immeuble Kyne, inspirés de la rédaction du Los Angeles Time. Là, chaque personnage a son petit bureau vitré avec son nom sur la porte, où chacun travaille sous le regard des autres, ne cessant de se jauger, de s’observer, de s’interroger, de se dissimuler des choses ou de colporter des ragots les uns les autres. Un décor idéal, à la transparence ironique, pour un petit théâtre du journalisme carriériste et impitoyablement concurrentiel, beaucoup plus intéressant que l’enquête autour du tueur, réduit à être une récompense pour le journaliste promu qui l’identifiera. Le réalisateur s’intéresse d’ailleurs si bien aux coups bas et cachoteries de sa galerie de personnages que, au moment où l’investigation s’essouffle, Mobley finira par se remettre sur la piste du tueur à la faveur d’une hypothèse assez hasardeuse. Comme thriller, La Cinquième Victime n’est donc pas irréprochable, mais comme satire cinglante d’un journalisme intéressé et immoral, il est fort convaincant, propre à l’intransigeance habituelle de Lang.

BASTIEN MARIE

Autre film de Fritz Lang sur le Super Marie Blog : Règlement de comptes (1953)


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