Sébastien Tellier à la Gaîté Lyrique

Live français (2020) de David Ctiborsky, avec Sébastien Tellier, Corentin Kerdraon, David Nzeyimana, Louis Delorme, Juliette Armanet, Jeff Assy, Adrien Soleiman et Samantha Louis Jean – 70min

« Simple Mind est une renaissance pour ma musique. Pour ce concert minimaliste, je démaquille mes chansons et je vous les fais redécouvrir dans un style pur et plus intime que dans leur version album. Je rêve de vous emmener au plus près de mes accords, de mes mélodies, de ma voix et partager avec vous l’essence de mon art, simplement. Bisou. »

Sebastien Tellier

En cette année 2020 frappée par la pandémie, Sébastien Tellier orchestrait un retour compliqué avec un album collant plutôt bien avec le confinement puisque, intitulé Domesticated, il y revenait sur son aventure domestique de jeune papa rangé des bagnoles. D’abord repoussé, l’album sort au printemps mais forcément, Tellier se retrouve privé de lives. Aussi, il rebondit autant qu’il peut et monte le projet Simple Mind pour un album intimiste où il revisite ses tubes accompagné donc de ce concert privé réalisé par la Blogothèque et diffusé sur Arte live web. Alors, oui, certains dirons « Mais c’est pas un flim ! Qu’est-ce que vous branlez ?! », je leur répondrai, dans un premier temps, de bien vouloir surveiller leur langage, puis j’expliquerai que, non seulement les salles de concerts nous manquent tout autant que celles de cinéma, d’autant plus même quelles n’ont pas eu droit à une vraie réouverture, mais aussi que cette captation de haute volée, comme toujours avec la Blogothèque, s’impose par elle-même et que je ne devrais même pas ainsi me justifier !

En cet automne gris, sinistré par le Covid, où on se remémore un autre tragique 13 novembre, Sébastien Tellier et son band prennent donc place seuls dans la salle de la Gaîté Lyrique (pour un live d’autant plus touchant que c’est aussi l’endroit où j’ai vu mon dernier concert). Le show est intimiste, les morceaux sont (plus ou moins) épurés, ce qui n’empêche pas pour autant aux musiciens de visiblement s’éclater dans un flow désarmant tandis que des invités viennent se joindre à la fête. Le chanteur à la voix suave et aux doigts de velours reprend évidemment ses morceaux les plus célèbres, introduisant son concert sur un logique Roche effectivement épuré, un Divine planant qui nous rappelle toujours que l’Eurovision n’était pas prête pour les Chivers, une incontournable Ritournelle dans une version assez proche de l’originale et qui n’a rien perdu de sa superbe, mais n’en oublie pas pour autant son dernier album avec un Ballet sensuel et jazzy. Sous ses allures de Dude bling bling, Sebastien Tellier, membre éminent de la French Touch, s’assume dans la lignée plus pop(ulaire) d’artistes tels que Gainsbourg (L’Amour naissant évoquant directement Love on the Beat), Polnareff ou encore Christophe, auquel il rend ici hommage par une reprise en mode crooner de la Dolce Vita en compagnie de Juliette Armanet qui avait également participé au récent album de duo du dernier des Bevilacqua. Apparemment bien loin du temps des concerts avinés et de la marijuana à haute dose, l’artiste nous apparaît mélancolique mais apaisé et ça lui va très bien.

Profitant d’une Gaîté lyrique dépouillée de ses spectateurs, les équipes de la Blogothèque en profitent pour se lâcher sur la captation, enchaînant des plans grues et des panneaux élégants qu’il serait difficile à obtenir lors d’une représentation classique, s’apparentant davantage à un classieux live télé, sans s’encombrer de leurs publics de morts. Les ambiances, les jeux de lumières, les projections viennent varier les différents morceaux et s’accordent toujours à ravir avec eux. On pourra notamment citer les caméras virevoltantes accompagnant l’enivrant Stuck in Summer Love, tube d’un été étrange où Tellier goûte avec délectation aux joies du vocodeur (le titre est même produit par Nicolas Chataing, derrière PNL), ou le cadre s’approchant au plus près d’un Sébastien impérial pour mieux illustrer L’Amour et la Violence.

Le temps d’un Domestic Tasks bien deep et de nouveau vocodé et Tellier quitte la scène tel un boxer qui l’aurait emporté sans avoir à s’essouffler. Changement de salle, changement d’ambiance puisqu’il retrouve ses musiciens dans le luxueux foyer de l »impératrice Eugénie pour un rappel démarrant sur un Fantino (entendu dans Lost in Translation) sobrement gratté et fredonné avant d’être magnifié par l’apparition d’une soprano. Après un Fingers of Steel de nouveau en mode orchestre de chambre, la représentation se conclut sur un déchirant Comment revoir Oursinet. Une manière de clore cette parenthèse enchantée, ce chaleureux cocon, tandis que Sébastien contemple du bacon Paris bien ténébreuse malgré les lumières de la ville. Si ta vie sans Oursinet est difficile, ma vie sans toi est impossible. Bisous.

CLÉMENT MARIE

Ce très joli live est visible ici :


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