Game Night

Comédie américaine (2018) de John Francis Daley et Jonathan Goldstein, avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler, Sharon Horgan, Billy Magnussen, Lamorne Morris, Kylie Bunbury, Jesse Plemons, Danny Huston et Michael C. Hall – 1h40

Fans de soirées jeux, Max et Annie et leurs amis se rendent à l’une d’elles organisée par Brooks, le grand frère aisé de monsieur, qui leur promet un trépidant scénario de jeu d’enquête. Sauf que Brooks se fait réellement kidnappé sans que ses invités ne réagissent, pensant simplement que le « jeu » vient de commencer…

« Imaginez que vous allez à une soirée jeux qui tourne mal » : le scénariste Mark Perez (qui a écrit quelques films live de Disney à une époque où ils ne faisaient pas de scores aberrants au box office) n’a pas dû en dire beaucoup plus aux gars de New Line pour qu’ils achètent son script. Comme la mésaventure arrive à un mec normal, on engage forcément Jason Bateman pour le jouer et il se serait bien vu réaliser le film s’il n’avait dû laisser sa place à John Francis Daly et Jonathan Goldstein, les scénaristes de Comment tuer son boss et réalisateurs d’un Vive les vacances qui s’était planté. Pour jouer la femme du mec normal, on engage Rachel McAdams qui a bien besoin d’une comédie pour se changer les idées après avoir enchaîné la deuxième saison de True Detective, l’oscarisé Spotlight où elle enquêtait sur des prêtres pédophiles et Désobéissance où elle jouait une juive orthodoxe lesbienne ! Game Night a coûté 40 millions de dollars et en a rapporté le triple au box office mondial. Un succès qui n’a pour le moment pas donné lieu à un projet de suite, mais qui nous fera peut-être retrouver Jason Bateman dans un remake de Cluedo, produit par Fox/Disney, avec Ryan Reynolds, par les scénaristes de Deadpool et le réalisateur de Dora et la cité perdue : à mon avis, ce sera pas facile de trouver le coupable de ce projet foireux…

Même s’ils réalisent un film qu’ils n’ont pas écrit, Daley et Goldstein n’ont pas dû se sentir dépaysés pour autant : comme Comment tuer son boss, Game Night est une comédie un peu noire, un peu friquée, partant d’un pitch simple et efficace, égayé par la présence de quelques guests (Michael C. Hall, Danny Huston, Jeffrey Wright et un faux Denzel)… pour un résultat aussi sympathique qu’oubliable. Le script de Mark Perez aurait grandement profité d’une réécriture. Le couple de héros est uniquement caractérisé par leur amour des jeux de société et vidéos, ce qui ne les empêchera pas d’invraisemblablement tricher au cours de la soirée, et on leur donne un désir d’enfant pour leur conférer un semblant de progression dramatique et les sortir de leur immaturité (parce que les jeux, c’est forcément pour les gamins). La rivalité entre les deux frères Max et Brooks est tout aussi superflue, la réussite du second influant sur la qualité du sperme du premier (?!). L’idée du faux jeu mais vrai kidnapping ne fait malheureusement pas long feu, les joueurs démêlant très rapidement le vrai du faux alors que l’ambiguïté aurait pu encore nourrir quelques jolis moments de comédie. Et Daley et Goldstein retrouvent le défaut qui minait déjà Comment tuer son boss : pour arriver à leur durée d’1h40, ils multiplient les digressions peu intéressantes et appauvrissent de bons gags (par exemple, l’extraction rudimentaire d’une balle dans le bras de Max) par des improvisations les faisant durer plus que de raison.

Annie (Rachel McAdams) et Max (Jason Bateman) jouent à Jacques-a-dit avec une bande de mauvais perdants.

Comme on est quand même pas trop salaud, on va finir sur ce que Game Night a de sympathique. Comme c’est tout de même une production hollywoodienne, le film est de bonne facture, notamment la photographie de Barry Petterson, rompu aux comédies d’action, nous installant dans la douillette ambiance nocturne d’une soirée mystère. Le sympathique Jason Bateman est sympathique (il était beaucoup moins motivé dans Comment tuer son boss), la mimi Rachel McAdams est mimi, et ils se font piquer la vedette par Jesse Plemons très drôle en flic psycho. Et même si le jeu à la base de l’intrigue se révèle assez vite ne plus en être un, on peut tout de même s’amuser de la propension des personnages à réagir à toutes situations de stress par le jeu, se faisant des charades pour se sortir d’un danger ou tenant les gangsters en respect en les faisant jouer à Jacques-a-dit. L’extraction de la balle susmentionnée est aussi une application de Docteur Maboul en situation réelle, et la meilleure scène du film nous montre la bande de copains se lancer un œuf de Fabergé comme une patate chaude, poursuivis par des hommes de main balèzes, dans un plan-séquence qui fait son petit effet. Game Night sait donc se montrer ludique mais on aurait aimé que la partie soit un peu plus trépidante.

BASTIEN MARIE


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