Outland

Film de science-fiction américain (1981) de Peter Hyams, avec Sean Connery, Peter Boyle, Frances Sternhagen, Kika Markham – 1h52

Dans une colonie minière d’Io, lune de Jupiter, des ouvriers se donnent mystérieusement la mort sur leurs lieux de travail. Le marshal O’Niel est chargé de l’enquête mais, soulevant un lièvre bien trop gros pour lui car impliquant directement la compagnie, il se retrouve vite isolé et devra lutter pour faire respecter la justice et sauver sa propre vie.

Remarqué avec Capricorn One trois ans plus tôt, Peter Hyams part enfin dans l’espace avec ce Outland (Loin de la terre mais on vous épargnera ici ce sous-titre français). D’abord pensé comme un western, le cinéaste décide de changer son fusil d’épaule à la vision d’Alien, le 8ème passager, et de transposer son récit dans un lointain futur sur une station spatiale. Le film garde une empreinte d’autant plus forte de son genre initial qu’il s’assume comme un remake SF du Train sifflera trois fois, Hyams n’hésitant pas à reprendre dans son dernier acte l’intrigue du classique de Zinnemann, épuré toutefois de son argument amoureux. Sean Connery succède à Gary Cooper dans le rôle du shérif seul contre tous pour un rôle plus virilement classique que celui de sa précédente incursion dans la science-fiction, l’inénarrable Zardoz de Boorman.

Produit par la Ladd Company, Hyams bénéficie d’un budget confortable qui lui permet d’établir ses décors dans les studios Pinewood et de bénéficier de technologies de pointe aussi bien au niveau des effets spéciaux (le procédé d’incrustation IntroVision) que du son (le « Megasound » system). Il faut dire qu’Alan Ladd Jr, qui a monté sa compagnie suite à son départ de la Fox, est bien décidé à capitaliser sur le succès d’Alien, produisant ainsi en parallèle Blade Runner. L’influence du thriller spatiale de Ridley Scott est telle qu’on pourrait même considérer qu’Outland se déroule dans le même univers. En effet, les corridors, les laboratoires, les uniformes, les combinaisons… le design du film dans son ensemble renvoient directement au travail de Ron Cobb et Moebius, faut dire aussi que les costumes sont signés John Mollo, déjà à l’œuvre sur le film de Scott. Si Hyams reprend ainsi à la lettre le visuel d’Alien, c’est bien qu’il veut réinvestir la même approche du genre.

Sean Connery sort le gros calibre pour montrer qu’il a autant de couilles que Gary Cooper… et qu’Ellen Ripley ! (mais là, on en est moins sûr)

Certes, aucun extra-terrestre baveux ne se tapit dans l’ombre, Hyams préférant ici le polar au film d’horreur, mais on aurait tort de penser que le chef d’œuvre de Scott ne se distinguait que par sa mythique créature. Bien avant l’irruption du xénomorphe, le film marquait déjà par les dialogues et les attitudes de ses personnages emprunts de réalisme et dévoilant une routine spatiale qui deviendra une des marques de fabrique pour le scénariste Dan O’Bannon qui l’avait déjà mise à profit sur le Dark Star de Carpenter. Cette approche naturaliste n’a pas manqué de détoner dans la science-fiction de l’époque et continue toujours d’influencer le genre, Outland étant parmi les premiers à s’en inspirer ainsi avec brio. Dès sa première séquence et ses ouvriers échangeant sur les conflits syndicaux en cours, on comprend qu’Hyams suit la même direction et qu’on est loin des sous-vêtements argentés de Flash Gordon et des sabres laser de Star Wars. Le cinéaste profite par la suite de l’enquête de son marshal O’Niel pour explorer les différents lieux de sa station, des vestiaires aux espaces de loisirs en passant pas les cuisines, la serre ou la salle de squash, rendant compte d’un quotidien claustrophobique mais pas forcément si éloigné du notre. Alors que l’équipage du Nostromo nous apparaissait tels de triviaux routiers de l’espace, les colons de Con-Am 27 restent avant tout des mineurs, soumis à la même pression patronale. Et oui, comme dans Alien, c’est bien les dérives d’un capitalisme où des vies humaines pèsent bien peu face à un paquet de pognon qui sont ici dénoncés. Bon, qu’un tel système puisse un jour nous conduire jusqu’à Jupiter, c’est presque plus assez crédible pour de la science-fiction… Mais ça n’empêche pas pour autant Outland d’être toujours aussi percutant et de se (re)voir avec grand plaisir, ne serait-ce que pour son mélange des genres parfaitement maîtrisé.

CLÉMENT MARIE

Autre film de Peter Hyams sur le Super Marie Blog : The Relic (1997)


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