James Bond 007 contre Dr No

Dr No Film d’espionnage britannique (1962) de Terence Young, avec Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Anthony Dawson et John Kitzmiller – 1h50

James Bond est envoyé en Jamaïque pour enquêter sur la disparition d’un confrère qui s’intéressait au dossier du mystérieux Dr No, un scientifique eurasien retranché sur l’île de Crab Key dont personne ne revient vivant…

En hommage à Sean Connery, France Télévision a fort logiquement rediffusé sa première interprétation de James Bond, car Connery sera à jamais le 007 originel et James Bond 007 contre Dr No sa première aventure. Tout cela a donc un fort goût de première fois sauf que la première aventure cinématographique est en fait l’adaptation du sixième roman de l’espion littéraire créé dix ans plus tôt par Ian Fleming. Les producteurs Albert R. Broccoli et Harry Saltzman ont choisi ce livre-là parce qu’il était idéal pour un « coup d’essai » du fait que l’espion est en opération dans un seul endroit, permettant à la production d’un million de livres de ne pas avoir à faire de trop coûteux déplacements. Les caméras de Terence Young sont donc installées en Jamaïque, sous tutelle britannique pour encore quelques mois, à quelques pas de la maison de vacances de Fleming baptisée Goldeneye. Repéré par Broccoli dans le film Disney Darby O’Gill et les farfadets (dans lequel il donnait des coups de poings apparemment fort convaincants), Connery endosse donc le costard de l’espion au grand dam de Fleming qui mettra du temps à se faire à son accent écossais et ses origines modestes, tandis que Ursula Andress devient la première James Bond Girl émergeant des eaux caribéennes telle Vénus mais en bikini ; les deux acteurs deviennent instantanément des sex symbol des 60’s. Quant au diabolique Dr No, si Fleming tente de faire caster son cousin Christopher Lee (qui croisera la route de Bond dans L’Homme au pistolet d’or), c’est finalement Joseph Wiseman, plus canadien que chinois, qui hérite du rôle. James Bond 007 contre Dr No est un gros succès à sa sortie, lançant la plus longue saga de l’Histoire du cinéma. Fleming de son côté trouve le résultat « tout simplement horrible »

Revoir James Bond 007 contre Dr No, c’est non seulement revenir là où tout a commencé mais surtout constater que tout était déjà là, immédiatement canonisé. La fameuse réplique « Bond. James Bond. » (particulièrement mythique dans cette première occurrence, Young soignant l’apparition de son espion), le cocktail vodka/martini, le méchant charismatique du S.P.E.C.T.R.E et son plan diabolique, les James Bond Girls gentilles ou méchantes, les décors aussi exotiques que grandiloquents, le générique graphique sur le thème de Monty Norman répété à l’envi : si la formule connaîtra sa quintessence sur Golfinger deux ans plus tard qui ajoute la floppée de gadgets, James Bond 007 contre Dr No coche déjà ce qui deviendra les cases du spectacle sans cesse renouvelé pendant plus de cinquante ans, invitant les spectateurs à retrouver le personnage autant que les traditions réconfortantes de ses aventures dans une saga se transformant en collection. Car ce que fait Dr No – et dont George Lucas et Steven Spielberg sauront se souvenir en créant leurs Star Wars et Indiana Jones – c’est simplement donner à la culture populaire les moyens et l’ambition qu’elle mérite. La nature pulp des romans de Fleming devient le fonctionnement de serial des films mais avec les moyens d’une grosse production. Dès lors, chaque James Bond créera l’événement et dupliquera un modèle dont les variations feront l’identité de chaque film.

Honey Rider (Ursula Andress) et James Bond (Sean Connery) sur une plage caribéenne : assez sexy pour faire cramer la pellicule !

Forcément, une grande partie du charme de James Bond 007 contre Dr No vient du fait qu’il soit le premier, mais il reste pour autant une base solide qui ne s’est pas vraiment vu dépassé par tous les films qu’il a engendrés. D’ailleurs, si les James Bond se sont toujours plus ou moins bien adaptés à leurs époques, les 60’s sied particulièrement bien à l’agent secret et ont durablement défini le film d’espionnage, au point qu’on y revienne toujours fréquemment. Bon, la Guerre froide, propice à des envies de domination du monde et dont James Bond offre une exagération aussi cathartique qu’amusante, y est évidemment pour quelque chose. Mais il y a aussi Sean Connery trouvant immédiatement le personnage tout en virilité élégante et rigueur désinvolte, imposant une figure d’espion inoxydable, insurpassable pour beaucoup. Enfin, il y a les décors somptueux, expressionnistes et impressionnants de Ken Adam qui a aussi durablement marqué l’identité visuelle de la série. Le repère secret du Dr No, avec ses lignes obliques et ses plafonds inclinés trahissant la folie mégalo du propriétaire, sa war room spectaculairement anxiogène, est déjà monumental et reste la principale marque visuelle de l’ambition de la production. Et puis le film n’est pas devenu trop désuet. Le paternalisme de l’agent 007 est plutôt modéré (sa misogynie, en revanche…), même s’il est entiché du bon noir Quarrel brave mais candide, qui confond dragon et char d’assaut, et de Honey Rider à la recherche d’une nouvelle figure paternelle mais capable de se défendre ou, le cas échéant, de se venger. James Bond 007 contre Dr No reste donc un très bon départ, recelant d’éléments encore intacts.

BASTIEN MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s