Wolf

Film fantastique américain (1994) de Mike Nichols, avec Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer, James Spader, Kate Nelligan, Richard Jenkins et Christopher Plummer – 2h05

De retour du Vermont, l’éditeur new-yorkais Will Randall est mordu par un loup. De retour à la maison, il découvre que son job est menacé et que sa femme le trompe avec son protégé pressenti pour le remplacer. Mais il commence à se transformer en loup-garou, ce qui va l’aider à reprendre sa vie en mains…

J’avais vu Wolf quand j’étais gamin et il ne m’avait pas plu : pas assez de loup-garou, trop de romance entre Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer, même si je trouvais déjà qu’elle était la plus belle actrice du monde. Revu au dernier Halloween, mon avis est aujourd’hui beaucoup moins péremptoire tant le film tient le coup et a bien résisté au temps (sans compter que je suis un peu plus grand). Il faut dire que Wolf témoigne d’une époque où le fantastique était encore solide : voir un film fantastique de studio, mis en scène par un réalisateur oscarisé, porté par un couple de stars de haut standing, pour un budget de 70 millions de dollars remboursé sur le seul sol américain avant de compter plus d’un million d’entrées en France, tout cela semble aujourd’hui beaucoup plus improbable. Wolf part d’un scénario original de Jim Harrison que son pote Jack Nicholson essaie de faire porter à l’écran pendant une douzaine d’années. Le script finit par trouver preneur chez Columbia Pictures qui engage pour le réécrire Wesley Strick, un peu plus rompu au cinéma de genre. Pour le reste, Nicholson a carte blanche et choisit Mike Nichols pour le réaliser. L’auteur du Lauréat accepte par amitié pour l’acteur avec lequel il a déjà tourné deux fois, même s’il appréhende de s’essayer au fantastique, comme le racontera le maquilleur Rick Baker spécialisé dans les lycanthropes. Au final, Nichols a tout de même dû réussir son coup puisque le film a été un succès et reste aujourd’hui un bel exemple de fantastique adulte.

Mais Wolf, de quoi ça parle exactement ? Pour Mike Nichols, c’est un film sur le deuil et la mort de Dieu. Pour Ennio Morricone, qui a signé le score (très beau, si besoin de le préciser), ça raconte l’histoire d’un homme prisonnier d’un cauchemar. Pour moi, au risque de paraître beaucoup plus prosaïque, c’est avant tout une crise de la cinquantaine avec du poil autour. Libre à Nichols d’y voir un film nietzschéen sur un homme trouvant dans sa transformation lycanthropique une volonté de puissance, une élévation surhumaine et un retour à la nature (tout ça se tient), mais ça raconte surtout l’histoire d’un type usé qui retrouve une fougue lui permettant de garder son boulot, d’humilier son concurrent et de laisser tomber son épouse pour une femme plus jeune. On vous laissera choisir l’interprétation qui vous convient dans ce concept finalement casse-gueule de transposer la figure du loup-garou dans un New York moderne et quotidien. Mais ça passe comme une lettre à la poste grâce à l’élégance du film, en particulier ses décors (Christopher Plummer crèche dans la Vanderbilt Mansion, Nicholson bosse dans le Bradbury Building), à la discrétion de son argument fantastique traité avec sérieux (le mot loup-garou n’est pas prononcé une seule fois) et à son premier degré qui n’empêche pas un humour malicieux quand les sens du protagoniste se développent.

Will (Jack Nicholson) garde jalousement Laura (Michelle Pfeiffer) qu’il trouve belle à croquer, forcément.

Evidemment, Jack Nicholson est l’acteur idéal pour exceller dans cet équilibre fragile, pouvant se montrer tour à tour las, pince-sans-rire, animal et potentiellement dangereux. Rick Baker n’a pas eu à forcer tellement sur le maquillage (des rouflaquettes, des oreilles pointues et une rangée de canines et le tour est joué), le visage de Nicholson comportant déjà sa dose d’animalité. Face à lui, James Spader joue un bien beau salopard hypocrite, Christopher Plummer un businessman sensible à la férocité nouvelle de son employé, et Michelle Pfeiffer, belle à en faire tirer la langue du loup de Tex Avery, une amante pas du genre à se laisser impressionner par le premier mâle alpha venu. Nichols mène tout ce beau monde vers une seconde partie tournant au thriller, bien accompagné par la musique de Morricone et la photographie soignée de Giuseppe Rotunno. On sent cependant le malaise du réalisateur par rapport au fantastique, surtout dans le final usant un peu trop exagérément du ralenti pour surligner le spectaculaire. Et encore, il avait prévu que Michelle Pfeiffer porte un sweat à capuche rouge avant que l’actrice ne refuse ce symbolisme lourd. Mais Wolf se conclue sur d’ultimes notes follement romantiques qui permettent au réalisateur de remporter la partie haut la patte.

BASTIEN MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s