Frankenstein

Film d’horreur américain, allemand (2015) de Bernard Rose, avec Xavier Samuel, Carrie-Anne Moss, Danny Huston et Tony Todd – 1h29

A Los Angeles, Victor et Elizabeth Frankenstein créent un homme synthétique. Quand son état se dégrade rapidement, ils cherchent à l’euthanasier, mais il refuse de mourir, s’évade de la clinique et découvre le monde moderne…

Auteur de merveilles fantastiques comme Paperhouse (1988) et Candyman (1992) autant que d’adaptations modernes de textes classiques comme Ivansxtc (2000) d’après Tolstoï, Bernard Rose assemble ces deux versants de sa carrière avec ce Frankenstein. Le docteur et sa créature, il ne les connaissait que des nombreuses adaptations cinématographiques avant de découvrir le texte de Mary Shelley et d’être particulièrement touché par les passages racontés du point de vue du monstre. Il transpose l’histoire dans le Los Angeles contemporain, histoire de vérifier si, malgré les progrès scientifiques accomplis dans les 198 ans qui séparent le réalisateur de l’autrice, son texte a gardé sa force originelle. Et puis l’époque actuelle permet aussi d’économiser sur le budget : Frankenstein a été tourné pour 3 millions de dollars. Un tout petit film donc qui, forcément, n’a été exploité chez nous qu’en DVD chez Metropolitan.

Frankenstein s’ouvre sur la vue subjective du monstre, clignements de paupières inclus, aveuglé par les lumières du bloc opératoire, découvrant le visage de ses créateurs. Bernard Rose prévient ainsi que même si son film porte le nom du créateur, ce sera bien du point de vue de la créature que l’histoire sera racontée, tenue d’un bout à l’autre par cette subjectivité revendiquée. Et cet angle est effectivement idéal pour transposer le récit de Shelley dans le monde moderne et témoigner de son essence intacte : même si la nature du monstre change (il s’agit d’un homme synthétique et non plus d’un assemblage de chairs mortes), sa conscience naissante et sa découverte de la nature humaine restent les mêmes. Preuve que la valeur du roman original ne relève pas de la spéculation scientifique mais de ses réflexions philosophiques forcément plus intemporelles. Comme le film ne quittera jamais le point de vue du monstre, Xavier Samuel (Perfect Mothers) qui l’interprète est de tous les plans, bellâtre victime d’une fulgurante dégénérescence cellulaire (le maquillage est très soigné), au grand dam de Danny Huston dont la performance de savant fou devra rester bord cadre. Notons aussi les belles apparitions de Carrie-Anne Moss dans le rôle de la maman et de Tony Todd en bluesman vagabond aveugle.

Le monstre (Xavier Samuel) tente de réparer un médecin qu’il a accidentellement cassé…

Bernard Rose filme donc la découverte, violente (le film est assez gore), du monde par cet être soudainement jeté dans l’existence. Les petits moyens de Frankenstein se font assez vite ressentir – caméra portée et photo numérique neutre – pouvant faire penser à une œuvre un peu trop arty. Mais ceux qui ne s’arrêteront pas à cette facture rudimentaire en seront récompensés, notamment par les jolies modernisations des passages les plus emblématiques du roman ou le basculement, une fois le film arrivé au centre-ville de Los Angeles aujourd’hui peu filmé, vers des images de pur cinéma d’exploitation baigné dans l’urbanité déliquescente. Xavier Samuel se donne corps et âme dans l’interprétation du monstre, un grand enfant sujet à une souffrance constante, souvent émouvant quand il découvre le sort de ses compagnons d’infortune ou cède à la violence qui l’entoure. En grand romantique qu’il est, Rose fait réciter à son acteur en off les propres phrases de Shelley, exprimant les réactions du personnage dans un langage soutenu : on peut trouver ces répliques surannées contradictoires avec la brutalité des aventures modernes de la créature montrées à l’écran, mais elles témoignent aussi de la fidélité au texte voulue par le réalisateur. Ce qui fait de ce Frankenstein peut-être l’adaptation la plus fauchée ou la plus étonnante du roman de Shelley, mais certainement pas la moins intéressante.

BASTIEN MARIE


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