Docteur Frankenstein

Victor Frankenstein Film fantastique américain, britannique, canadien (2015) de Paul McGuigan, avec James McAvoy, Daniel Radcliffe, Jessica Brown Findlay, Andrew Scott, Callum Turner, Freddie Fox, Daniel Mays et Charles Dance – 1h50

Un bossu passionné d’anatomie est sauvé du cirque par Victor Frankenstein, un docteur anticonformiste, qui l’engage comme assistant pour son projet de résurrection…

Avant qu’Universal se plante en beauté avec son Dark Universe visant à remettre au goût du jour son bestiaire de monstres classiques, la Fox s’essayait déjà au dépoussiérage du mythe de Frankenstein avec ce Docteur Frankenstein. On en a confié le scénario à Max Landis, fils du brillant iconoclaste, et la réalisation à Paul McGuigan, auteur de Rencontre à Wicker Park (2004), Slevin (2006) et Push (2009) et metteur en scène de quatre épisodes de Sherlock. Du coup, plusieurs acteurs de la série viennent faire des apparitions (des caméos pour Louise Brealey et Mark Gatiss, tandis qu’Andrew Scott joue le policier aux trousses du docteur) et on aurait bien vu Benedict Cumberbatch dans le rôle de Frankenstein s’il n’avait pas déjà joué le docteur et sa créature dans une pièce mise en scène par Danny Boyle. Tant pis, on se contentera de James McAvoy juste avant sa résurrection chez M. Night Shyamalan et Daniel Radcliffe dans le rôle d’Igor du point de vue duquel on racontera l’histoire pour y amener un semblant d’originalité.

A la sortie du film, un critique américain de The Playlist avait dit que les auteurs de Docteur Frankenstein auraient mieux fait de lire plus attentivement le roman de Mary Shelley, ils y auraient appris que certaines choses ne devraient pas être ressuscitées ! On ne lui donnera pas tort tant le projet du film, énième créature de rebooteurs fous d’Hollywood, semble perdu d’avance. Ainsi la scène d’ouverture montre une image d’Epinal de l’expérience foudroyante de Frankenstein, tandis que la voix off d’Igor nous explique qu’on connaît déjà tous cette histoire et qu’on préférera en revenir à ses origines. Et effectivement, Docteur Frankenstein va nous raconter une origin story tout à fait inintéressante avant d’aboutir à l’histoire… qu’on connaît déjà tous. Aucune originalité ici donc, et raconter l’histoire du point de vue d’Igor est une fausse bonne idée, déjà parce qu’il n’existe pas dans le roman de Mary Shelley (oups…) et aussi parce que le film débute sur une première grosse invraisemblance : comment un clown bossu malmené dans un cirque pourrait-il être un spécialiste autodidacte de l’anatomie humaine ? Le pauvre ne savait même pas que sa bosse était un énorme abcès dont Frankenstein va extraire le pus dans la scène la plus drôlement répugnante du métrage, qui permet en plus à Daniel Radcliffe de ne plus avoir à se contorsionner de manière ridicule.

Igor (Daniel Radcliffe) et Victor Frankenstein (James McAvoy) attendent que les équipes des effets spéciaux animent leur créature…

Le script de Max Landis, égayé par quelques discrets clins d’œil à la version de Mel Brooks, est donc bien à la peine pour amener de la nouveauté au mythe. Derrière la caméra, Paul McGuigan semble tout aussi résigné, ne tirant pas tellement parti de son décorum XIXème siècle. Radcliffe se tient bien sage face à un James McAvoy qui cabotine à mort pour exprimer la folie du célèbre docteur auquel on essaiera de trouver de grotesques circonstances psychologiques atténuantes. Il y avait pourtant dans ce Docteur Frankenstein une dimension méta très intéressante dont le film ne s’empare jamais. En effet, il est moins intéressant quand il revient aux sources du mythe que quand il prend conscience de son évolution dans la culture populaire, notamment le fait qu’on confonde souvent le nom du créateur avec sa créature. Une erreur récurrente qui s’alliait bien avec l’obsession du docteur pour laisser son nom dans l’histoire de la science. Une réflexion qui reste malheureusement très superficielle, mais en même temps, c’eût été un comble qu’un film aussi futile que ce Docteur Frankenstein veuille ambitionner de parler de postérité…

BASTIEN MARIE


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