Peninsula

반도 Bando Film de zombie coréen (2020) de Yeon Sang-ho, avec Kang Dong-won, Lee Jeong-hyeon, Kim Do-yoon, Lee Re, Kwon Hae-hyo, Kim Min-jae, Koo Kyo-hwan – 1h55

Quatre ans après l’invasion qui a frappé la Corée du Sud, la péninsule est devenue un no man’s land abandonné aux hordes de zombies tandis que les migrants s’entassent dans les bas quartiers de Hong-Kong. Jung-seok accepte de diriger une expédition commanditée par la mafia et ayant pour mission de retourner en Corée pour récupérer un camion et les 20M de dollars qui dorment dans son coffre. Le petit groupe découvre vite que certains ont réussi à survivre…

Après un détour du côté du film de super-héros avec Psychokinesis, Yeon Sang-ho est de retour aux zombies qui ont fait son succès avec Peninsula, suite très (trop ?) attendue du Dernier train pour Busan (et de son préquel animé Seoul Station). Reprenant le principe cher à Romero, ce nouveau volet suit de nouveaux personnages à un nouveau stade de l’invasion. Aussi, le film n’est pas sans rappeler une autre saga qui avait participé à revivifier le genre il y a vingt ans en agrémentant la trilogie matricielle du bon George de zombies galopant et dont la suite pourrait s’intituler 28 siècles plus tard… Yeon Sang-ho profite donc de ce nouveau film pour laisser son train et s’amuser avec des nouveaux jouets en investissant tête baissée le post-apo à grand renfort de références.

En effet, devant Peninsula, il est difficile de ne pas penser aux militaires chtarbés du Jour des morts-vivants, au Dead reckoning, aux feux d’artifices et à la société déviante de Land of the dead, mais aussi à la mission suicide de New York 1997, à New York ne répond plus (qu’on ne se lassera jamais de citer) et à la saga qui a marqué au fer rouge le post apo : Mad Max. Si on y retrouve ainsi les jeux du cirque du Dôme du tonnerre, véritable passage obligé du genre (pour Snake Plissken, c’était catch et basket !), on notera surtout l’attrait certain de Yeon Sang-ho pour les tonitruantes scènes d’action motorisées jusqu’à une course poursuite finale qui, si elle n’atteint évidemment pas la même maîtrise, nous renvoie directement à Fury Road. Vous l’aurez compris face à cette avalanche de références, mais aussi par sa générosité et son casting fort en gueules, Peninsula s’impose comme le cousin coréen et friqué du Doomsday de Neil Marshall mais surtout de 2019 après la chute New York de Sergio Martino (qu’on ne se lassera jamais de citer non plus !) car oui, malgré les moyens mis en œuvre, on a bien ici la savoureuse impression de déguster du cinéma bis !

Fury Road of the dead !

Comme pour le Dernier train pour Busan, s’il n’y a donc rien de vraiment neuf à découvrir ici, il n’empêche que sa redoutable efficacité vaut largement le détour, Peninsula étant encore plus décomplexé que son prédécesseur niveau action. Alors oui, le film paraît plus gros, moins réaliste, il ne faudrait pourtant oublier l’aspect déjà très mécanique du Dernier train pour Busan et son approche plutôt vidéoludique des zombies, ceux-ci n’apparaissant plus tant comme de fascinants monstres horrifiques que comme une menace impersonnelle et parfaitement programmée. Yeon Sang-ho assume maintenant pleinement ces règles qu’il a établies pour ses massives hordes en choisissant ici un cadre majoritairement nocturne qui lui permet de s’amuser avec les sons et lumières des alarmes des voitures, des feux d’artifices et autres grenades éclairantes quand ça n’est pas carrément ceux et celles d’un jouet télécommandé. Malgré ce fun revendiqué, le cinéaste n’en oublie jamais pour autant ses personnages et donne à nouveau dans un sentimentalisme lourdingue ou juste impliquant, on vous laissera juge, qui explose dans le final. Cette envolée lyrique, sans avoir la classe de celles de Bong Joon-ho, permet néanmoins au cinéaste d’affirmer le fond de son divertissement en poursuivant une même thématique sur l’importance de protéger (à tout prix ?) les enfants, nous interrogeant cette fois-ci sur le monde qu’on doit leur laisser, malgré leur résilience. Certes, c’est un peu convenu mais bon, ça permet pour le coup une fin plus heureuse, pas de quoi rendre le film antipathique…

Tiens, ça rappelle le Black Friday… Enfin, peut-être pas celui de 2020…

Sorti cet été en Corée du Sud, Peninsula a connu chez nous une distribution évidemment compliquée, entre reports multiples, pour finalement une reprogrammation de dernière minute en ces vacances de la Toussaint déjà marquées par le couvre feu avant ce second confinement. De toute façon, le film avait déjà bien souffert puisque, allègrement piraté depuis cet été, il était précédé d’une réputation désastreuse, émanant certainement d’une large partie du public qui avait commis l’erreur d’ériger Dernier train pour Busan en chef d’œuvre incontesté du genre là où il fallait probablement mieux n’y voir qu’un solide blockbuster zombiesque (un World War Z réussi en somme, c’est déjà pas si mal !). Perso, on a trouvé que, peut-être pas meilleure mais certainement pas pire que son prédécesseur, cette suite est surtout différente et que, en cette période sinistrée en grand spectacle, c’est quand même triste de faire ainsi les fines bouches sur ce Peninsula pourtant bien généreux et, de par son sujet, un petit peu d’actualité aussi…

CLÉMENT MARIE


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