Drunk

Druk Comédie dramatique alcoolisée danoise (2020) de Thomas Vinterberg, avec Mads Mikkelsen, Magnus Millang, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Maria Bonnevie – 1h55

Soucieux de vérifier la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud comme quoi l’homme aurait un déficit de 0,5g/mL d’alcool dans le sang, quatre amis enseignants décident de se lancer dans l’expérience et se mettent donc à boire sur leur lieu de travail, se maintenant au fameux taux. Les premiers résultats s’avèrent si concluants que nos professeurs imbibés décident de poursuivre leurs recherches et même d’augmenter les doses…

S’ouvrant sur un jeu à boire entre étudiants, on pense évidemment à des pratiques telles que le binge drinking ou bien encore les apéros Facebook qui n’ont pas manqué en leur temps de défrayer la chroniques et de provoquer des levers de boucliers des ligues de vertus contre notre sale jeunesse dépravée. Il ne nous faudra pas longtemps pour comprendre que la démarche de Vinterberg n’est certainement pas de dresser un jugement morale sur ces consommations extrêmes, précisant vite que les illustres Churchill, Tchaïkovsky ou Hemingway étaient aussi de fieffés soulards. Dans un montage d’images d’archives amusant mais tout de même un brin inquiétant aussi, Vinterberg nous montre que mêmes nos grands dirigeants (mais aussi les petits puisqu’apparaît Sarkozy…) ont pu s’afficher fins bourrés dans l’exercice de leurs fonctions. Comment l’expérience alcoolisée de nos protagonistes pourrait-elle dès lors être vraiment choquante ?

Martin (Mads Mikkelsen) en pleine expérience : parce que dans « vivre », il y a « ivre » !

Avec un tel sujet, on pouvait s’attendre à ce que l’auteur de Festen verse dans la franche provocation mais il n’en est rien, Vinterberg préférant ici l’humour doux-amer. Cela ne l’empêche pas de soulever un tabou de nos sociétés souvent hypocrites en matière de prohibition, s’appliquant même à d’autres substances que l’alcool : si la drogue nous donne l’impression d’être meilleur, dans une société du paraître où la confiance en soi s’impose comme un atout significatif, cette impression suffit à nous rendre meilleure. Cela reste malgré tout affaire de dosage et, évidemment, les excès ne tardent pas à rendre l’expérience beaucoup moins enrichissante pour nos quatre amis. L’affaire tournera suffisamment mal pour ne pas faire de Drunk un éloge de la cuite, Vinterberg laissant volontiers ça aux comédies ricaines joyeusement irresponsables, mais on reste également bien loin des multiples descentes aux enfers vues dans d’autres films traitant du sujet. L’alcool n’a donc ici pas le rôle autodestructeur dans lequel des fictions plus moralisatrices peuvent l’enfermer, participant au contraire à la construction de nos personnages en quête de sens et de bonheur. Cette bande d’amis entre deux âges, servie par une interprétation sans faille, n’est finalement pas sans rappeler celles de Cassavetes, de Sautet ou d’Arcand plutôt que celle, sans limite dans ses excès, de Marco Ferreri.

Si Drunk reste donc un film sobre, si tant est que l’on puisse user de ce mot ici, et que cette mesure lui confère en partie son charme, il n’en reste pas moins passionné dans sa célébration de la vie, célébration d’autant plus bouleversante que Vinterberg a perdu sa fille dans un accident de la route à peine quelques jours avant le tournage. Via son enivrant final sans certitudes mais d’un hédonisme désarmant, Drunk clame haut et fort, dans un élan déculpabilisateur qui fait un putain de bien, que c’est la vie qui doit l’emporter… avec son lot de cuites carabinées !

CLÉMENT MARIE


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