White Riot

Documentaire britannique (2019) de Rubika Shah – 1h20

En 1976, face à la montée de l’extrême-droite au Royaume-Uni, Red Saunders fonde l’association Rock Against Racism qui culminera deux ans plus tard avec l’organisation d’un concert à Londres mettant en vedette les Clash…

Rubika Shah est une réalisatrice britannique spécialisée dans le documentaire musical. Elle avait tourné deux courts-métrages (Let’s Dance : Bowie Down Under, sur le succès fulgurant de l’album éponyme qu’elle envisage aussi d’étirer en long, et White Riot : London, servant de répèt’ à ce film-ci) avant ce premier long primé à Berlin dans la bien-nommée section Génération, puisque le film transmet la révolte d’une génération à une autre. Le titre White Riot, emprunté aux Clash, est aussi particulièrement bien choisi. Déjà parce que la chanson fut inspiré au groupe de Joe Strummer quand ils arpentaient le carnaval caribéen de Notting Hill, qui a aussi inspiré les organisateurs de Rock Against Racism pour leur concert événement. Mais aussi parce que la chanson montre comment les punks ont eux-mêmes été amalgamés à l’extrême-droite : en se fiant uniquement au titre de la chanson, beaucoup pensaient que les Clash appelaient à une révolte raciale, alors que les paroles révèlent exactement l’inverse, le groupe encourageant la jeunesse blanche à s’inspirer des revendications noires pour s’engager à leurs côtés.

Mais laissons là l’exégèse musicale pour en revenir au film qui raconte donc la naissance de Rock Against Racism et son succès fulgurant jusqu’au concert de 1978, organisé avec l’Anti-Nazi League. L’association est née en réaction à la montée du parti National Front (comme celui de chez nous mais en inversé, car la bêtise est universelle) et surtout aux idioties de quelques rockstars : Sid Vicious portant un t-shirt avec une svastika, David Bowie déclarant que le Royaume-Uni était prêt pour un leader fasciste et proposait Mick Jagger pour le poste, et surtout Eric Clapton apportant son soutien au National Front après avoir colonisé le blues. White Riot est un documentaire très classique mais absolument grisant comme tout bon récit de soulèvement populaire. Les archives vidéo manquent un peu mais Rubika Shah comble cette absence par des animations faisant revivre les pages du fanzine de l’association, dénonçant toutes les phobies. Aux rangs de skins paradant dans les rues répondent la foule de pogoteurs dans les salles de concert, tandis qu’au son, les fondateurs de Rock Against Racism ne sont jamais à court d’anecdotes et souvenirs, notamment sur les groupes et artistes répondant spontanément présents et mettant volontiers leur égo de côté pour le bien de la cause.

Les Clash exaltent la foule du concert Rock Against Racism : cette fois ça y est, ils ont leur émeute à eux…

White Riot nous donne aussi forcément l’occasion de replonger dans l’effervescence de la scène londonienne de l’époque, et outre les Clash et les Buzzcocks (qui ont participé au concert mais ne sont curieusement pas mentionnés dans le film), on découvre X-Ray Spex et sa leader Poly Styrene scandant Oh Bondage, Up Yours (très bon titre) ou le groupe d’origine indienne Alien Kulture, attaqué par les néo-nazis et rejetés par leur propre communauté. Il faut dire que les mecs chantent « First generation : immigrants. Second generation : delinquents. », ce qui a le don de plaire à tout le monde. Pour le concert, le punk s’associe au reggae (Steel Pulse) et au ska (The Selecter) pour mettre en évidence le métissage musical que Clapton voudrait éradiquer, mais encore une fois White Riot souffre d’avoir peu de vidéos d’archive. Des groupes, nous ne verrons essentiellement que des photos, et du concert, nous n’assisterons qu’au morceau White Riot sur lequel les Clash invitent sur scène le leader de Sham 69, inquiet de compter des skins dans ses fans. La catharsis est un peu mince comparée à la colère qui a pressurisé pendant le reste du métrage, mais White Riot montre tout de même la voie : aujourd’hui, le climat politique délétère est revenu, il ne reste plus qu’à trouver les groupes pour s’y opposer…

BASTIEN MARIE


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