Mon cousin

Comédie française (2020) de Jan Kounen, avec Vincent Lindon, François Damiens, Alix Poisson et Pascale Arbillot – 1h44

PDG de la grande entreprise familiale, Pierre doit retrouver à contrecœur son cousin Adrien, qui lui par contre l’adore, afin de prolonger la protection de leurs actions dans la société. L’affaire ne sera évidemment pas si aisée et l’encombrant cousin refuse de signer l’acte, préférant s’investir davantage dans l’entreprise, mettant alors en péril les ambitieux plans de Pierre.

Depuis dix ans, Jan Kounen s’était montré plus que discret sur grand écran, se consacrant davantage au documentaire (Vape Wave), à la fiction télévisée (Le Vol des cigognes) ou aux expériences VR, d’autant que son court-métrage pour Les Infidèles s’était vu coupé au montage. C’est donc une joie de retrouver le réalisateur culte de Vibroboy et Doberman même si la nature du projet, une pure comédie française avec un casting bankable, a de quoi surprendre (voir inquiéter…) mais bon, n’est-ce pas déjà le cas de son dernier film, Coco Chanel et Igor Stravinsky ?

On vous le dit d’emblée, Kounen ne nous a pas déçu et, si le film n’est pas aussi dingo que 99 francs et rebutera certainement ceux qui se plaisent à ranger toutes les comédies françaises dans le même panier, il porte indéniablement sa patte, dès ses premières images montrant Vincent Lindon en pleine noyade étoilée. Mon Cousin a les pieds chez Veber et la tête chez Malick. On pense évidemment au Dîner de cons dans la première partie puis à La Chèvre ou à L’Emmerdeur quand l’affaire tourne au road movie catastrophe (malgré sa passion pour l’ayahuasca, il nous a heureusement épargné Le Jaguar). Si Kounen n’a pas forcément la rigueur et le sens du rythme comique de Veber, il se rattrape largement par une mise en scène libre, créative et réjouissante. Les visions qui émaillent ainsi le film lui permettent de ne pas s’en tenir au registre comique pour embrasser une multitude d’autres émotions qui font de Mon cousin un film aussi touchant que sincère, épousant parfaitement la folie de son personnage. Il faut bien dire que le lien entre ce cousin lunaire et vapoteur, incarné par l’attachant François Damiens, et le réalisateur chaman ne fait aucun doute. Aussi, on ne s’étonnera pas de voir Jan Kounen faire un caméo dans un rôle de fou auprès des deux autres tarés du cinéma français : Gaspar Noé et Albert Dupontel. Si le trio avait déjà été réuni pour une autre apparition bien psycho dans Neuf mois ferme, on se réjouit de voir ainsi leurs films débarquer de concert, Lux Aeterna étant toujours en salle tandis qu’Adieu les cons sortira à la fin du mois.

Bon, là c’est pas encore ça… mais Pierre (Vincent Lindon) et Adrien (François Damiens) finiront bien cousins comme cochons !

Alors qu’on l’avait laissé sur sa retentissante tribune sur Médiapart, Mon cousin permet à Vincent Lindon de troquer le costard de vigile de supermarché contre celui d’un riche PDG, rappelant les origines sociales de l’acteur, issue d’une famille de patrons, pour ce qu’on pourrait qualifier de contre-emploi, à défaut donc d’être un rôle de composition… Si, le personnage de Pierre Pasquié nous semble pourtant bien vite tout aussi stressé et rageux que son chômeur ou son syndicaliste chez Brizé, son combat apparaîtra de plus en plus vain alors que son cousin Adrien s’affirme, non pas comme le déclencheur du burn out, mais bien comme le révélateur de vraies valeurs.

Alors oui, dit comme ça, Mon cousin pourrait paraître franchement niais et les gauchiasses (telles que moi…) auraient certainement apprécié plus de mordant mais on apprécie malgré tout la bienveillance d’un film qui se refuse à juger ses personnages. En ces temps de tensions sociales extrêmes, on se dit même que, par cette bienveillance, cette candeur, le cool Jan Kounen, en quête perpétuelle d’équilibre, est bel et bien toujours aussi punk. Et puis, c’est pas chez Dany Boon qu’on croisera une aussi folle séquence d’incidents aériens, un clin d’œil à Délivrance dans une scène so grolandaise ou encore Vincent Lindon faire du longboard dans un décor à la 2001, l’odyssée de l’espace !

CLÉMENT MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s