J’irai mourir dans les Carpates

Comédie française (2020) d’Antoine de Maximy, avec Alice Pol, Antoine de Maximy, Max Boublil, Stéphan Wojtowicz et Léon Plazol – 1h36

Antoine de Maximy disparaît dans les Carpates après un accident de voiture pendant le tournage d’un épisode de « J’irai dormir chez vous ». Ses images sont ramenées à sa société de production où sa monteuse Agnès, ne pouvant croire à un simple accident, va chercher des indices et éléments étranges dans les rushes…

Après de nombreux épisodes de J’irai dormir chez vous et un premier long-métrage, J’irai dormir à Hollywood (2008), nommé au César du meilleur documentaire, le réalisateur-globe-trotteur Antoine de Maximy a voulu inviter son concept dans la fiction, imaginant ce qui se passerait si l’un de ses voyages tournait vraiment au vinaigre. Ça donne J’irai mourir dans les Carpates, film produit par Bonne Pioche, fidèle compagnon de route du réalisateur, et Rouge International, la boîte de Julie Gayet, complété par une campagne de crowdfunding permettant d’atteindre un budget total d’un million et demi d’euros. Antoine de Maximy a pris des stages de direction d’acteurs (dont on peut éventuellement douter de l’utilité quand on engage Alice Pol dans le rôle principal…) avant de partir en Roumanie tourner en immersion avec des acteurs locaux, puis retour à Paris pour la partie thriller dans laquelle la monteuse cherche des indices sur la disparition – a priori fictive puisqu’il a eu le temps de finir le film – d’Antoine…

Malgré toute la sympathie que j’ai pour Antoine de Maximy, je dois avouer que son premier film de fiction ne convainc qu’à moitié. C’est ma faute, je m’étais déjà imaginé un « Antoine de Maximy contre Dracula » qui n’arrivera jamais, J’irai mourir dans les Carpates étant un film beaucoup plus terre-à-terre. Il est tout de même amusant et plein de surprises, surtout dans sa partie « documentaire » dans laquelle Antoine, toujours harnaché à son fameux matériel de caméras embarquées, met en scène son épisode catastrophe. Mise en scène qui ne gâche pas un certain suspens : même si on sait que c’est écrit, on se surprend à embarquer facilement dans ce voyage comme si c’était un vrai, avec ses moments cocasses ou inquiétants, et puis Antoine de Maximy est si sympathique (et bon acteur du coup) qu’on aimerait pas qu’il lui arrive des crasses, même fictives. C’est plutôt la partie parisienne qui déçoit : elle est filmée platement (et le fait qu’elle se passe quasi-intégralement dans une salle de montage n’aide pas) et est animée par des personnages peu intéressants (comme le stagiaire dont Maximy ne tire malheureusement rien d’autre qu’un vague contrepoint comique). Sans les images d’Antoine, cette partie au bercail ne parvient pas à exister par elle-même, laissant Alice Pol et Max Boublil se débrouiller comme ils peuvent dans des séquences plutôt inutiles (comme celle, par exemple, du flirt sur une aire d’autoroute). Cette partie aurait dû davantage souligner le thriller, accentuer la fiction plutôt que de s’en tenir à une sorte de neutralité, histoire de conforter le spectateur dans sa connivence avec le réalisateur plutôt que de l’ennuyer poliment avec de fréquentes baisses d’intérêt.

Antoine de Maximy nous fait un dernier coucou des Carpates avant de disparaître…

C’est d’autant plus dommage que le dialogue qui s’installe entre les deux parties et entre Antoine et sa monteuse est passionnant, Antoine de Maximy dévoilant paradoxalement par la fiction la fabrication de ses documentaires. J’irai mourir dans les Carpates en devient un film judicieusement didactique sur l’art du montage. Et c’est très touchant de voir la monteuse devenir la confidente d’Antoine, témoin privilégiée des images du voyageur solitaire, tout en restant sa collaboratrice, fabriquant le film avec lui bien qu’ils soient séparés dans le temps et l’espace. Avant de se transformer en enquêtrice, tentant de dénicher des indices dans les moindres recoins de l’image, incitant ses interlocuteurs (et le spectateur tant qu’à faire) à être plus attentifs aux images qui leur sont données de voir. En cela, Antoine de Maximy cite – très modestement, rassurez-vous – Blow Up et cette idée que la vérité se cache là, quelque part dans l’image, n’attendant qu’un explorateur du regard pour la débusquer. Un propos toujours très intéressant qui, même s’il est abîmé par une fiction parfois maladroite, nous fait dire que J’irai mourir dans les Carpates vaut tout de même le coup d’œil.

BASTIEN MARIE


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