Poissonsexe

Film de science-fiction romantique (2020) d’Olivier Babinet, avec Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen, Okinawa Valérie Guerard, Alexis Manenti et Sofian Khammes – 1h28

Dans un futur proche où aucun poisson n’a approché les côtes françaises depuis deux ans, le biologiste Daniel Luxet cherche à faire se reproduire des poissons autant qu’à trouver la future mère de ses enfants…

J’ai découvert Olivier Babinet avec son formidable documentaire Swagger (2016) et c’est sur son seul nom (plus que celui de Gustave Kervern, vous vous rendez compte !) que j’ai voulu voir Poissonsexe. Sur son troisième long-métrage revenant à la fiction, le réalisateur a voulu fusionner sa SF loufoque et bricolée, aperçue dans son précédent film et dans la série Le Bidule qu’il avait signée pour Canal +, à la comédie romantique qu’il apprécie comme spectateur sans l’avoir encore approchée dans sa filmographie. Il a écrit le scénario avec l’aide d’un ami physicien qui lui a quand même dit que l’hypothèse de poissons ne se reproduisant plus lui paraissait improbable, mais il fallait bien une petite entorse à la science pour la mêler au romantisme. Il a ensuite tourné le film entre les Landes et le Cotentin pour fabriquer sa ville fictive de Bellerose, avant d’enrober son métrage de la douce musique de Jean-Benoît Dunckel, un musicien que ça fait toujours du bien de l’entendre.

Comme son mot valise qui lui sert de titre, concentrant les deux obsessions de son protagoniste, Poissonsexe est un film étonnant, parlant d’un spleen de fin du monde avec un ton tendre, presque réconfortant ! Dans le climat médiatique actuel, y a bien qu’au cinéma qu’on peut éprouver ces sentiments contradictoires et sourire un peu sous le masque devenu obligatoire… Comme souvent chez Olivier Babinet, la science-fiction s’invite humblement et facilement dans un cadre familier : après Swagger dans lequel de jeunes banlieusards égayaient leur quotidien en y apposant un imaginaire cinématographique, c’est cette fois une petite ville de bord de mer assez typique qui sert de cadre à une douce ambiance apocalyptique (à moins que ce ne soit que l’arrière-saison) où s’invitent des robots et surtout un petit poisson tout mignon et phallique, parlant à David pour exprimer un désir commun de se trouver une femelle (et se camouflant quand arrive Eeva, une patronne un peu trop… castratrice ?). On est bien en peine d’avouer toutefois qu’on devine le budget riquiqui de Poissonsexe, que certains spectateurs ne manqueront pas de trouver cheap, alors que ça fait aussi son charme : c’est assez touchant de voir Babinet bricoler sa SF dans son coin comme un geek marginal des 50’s alors que le genre est depuis devenu complètement mainstream.

Nietzsche, le poisson trop mignon adopté par Daniel, et si vous voyez autre chose qu’un poisson, c’est que vous avez les idées mal placées…

Et puis ces petits moyens n’entame pas l’humeur lunaire et mélancolique du film très assurée et bien incarnée par ses deux acteurs principaux. India Hair est touchante quand elle lie sa solitude, durant ses insomnies, avec celle de la dernière baleine vivante sur Terre dont elle suit les errances sur internet. Et Gustave Kervern est aussi formidable dans sa fantaisie introvertie, un peu geek marginal lui aussi (pendant la séance, je lui ai d’ailleurs trouvé une ressemblance avec Peter Jackson, avant de découvrir plus tard qu’elle était consciente de la part de Babinet !), exprimant timidement, maladroitement ses désirs de paternité. A mesure que les recherches avancent, ces deux personnages se trouvent, parlant entre autres choses du langage des piranhas (qui ont donc apparemment un gros appétit aussi sexuel), et Babinet répond pour eux à la question qui leur est posée : pourquoi vouloir se reproduire et imposer à des enfants ce sombre futur qui se profile ? La réponse est tout simplement de se trouver un foyer, une compagnie qui rendra cette fin annoncée plus confortable. Voilà le remède proposé par Poissonsexe, un peu de chaleur pour avoir moins froid dans le dos, laissant chacun doser son optimisme et pessimisme.

BASTIEN MARIE


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