Les Nouveaux Mutants

The New Mutants Film de super-héros américain (2020) de Josh Boone, avec Maisie Williams, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Blu Hunt, Henry Zaga, Alice Braga et Adam Beach – 1h34

Unique rescapée d’un blizzard, Danielle Moonstar se réveille dans l’hôpital du docteur Reyes accueillant de jeunes mutants n’ayant pas encore maîtrisé leurs pouvoirs…

En film maudit, Les Nouveaux Mutants se pose là. Tout juste sorti de Nos étoiles contraires, Josh Boone propose à la Fox en 2015 un spin-off horrifique à la franchise X-Men et se lance dans une phase d’écriture déjà compliquée, entre les incertitudes du studio sur l’aspect horrifique du projet et de profonds désaccords avec Simon Kimberg, scénariste de la franchise officielle. Le tournage se déroule pendant l’été 2017 pour une sortie d’abord fixée au 13 avril 2018. Elle est repoussée une première fois, officiellement pour ne pas faire de concurrence à un autre film maison, Deadpool 2, officieusement pour effectuer des reshoots visant à réinjecter de l’épouvante, le studio étant réconforté par le succès d’autres films d’horreur. Sauf que quand vous avez au casting une actrice de Game of Thrones, un acteur de Stranger Things et une Anya Taylor-Joy en pleine ascension enchaînant les tournages, pas facile de réunir tout le monde sur un plateau de retournage… Mais il faut bien s’arracher les cheveux pour dresser un planning puisque Les Nouveaux Mutants sortira le 19 février 2019. Sauf évidemment si la Fox se trouvait être rachetée par un autre studio, disons Disney, mais ça semble improbable.

Et c’est pourtant bien ce qui s’est passé, la firme de Mickey repoussant encore le film, ce qui permet au passage de laisser toute la place à X-Men Dark Phoenix de Simon Kimberg qui s’est méchamment planté (comme ça, pas de jaloux !). Entre-temps, Disney, pas aussi à l’aise avec un éventuel classement R, revient au premier montage du film pour rester dans le cadre d’un PG-13, faisant ainsi fi de tous les reshoots effectués dans la douleur et faisant disparaître du générique Jon Hamm qui était venu jouer un certain Mister Sinister. Les Nouveaux Mutants sortira donc bien le 3 avril 2020, promis juré… sauf évidemment si le monde est frappé par un virus que nous appellerions Covid. La poisse jusqu’au bout ! Et Disney ne peut pas se rabattre sur la VOD ce coup-ci, le contrat de Josh Boone stipulant que son film doit obligatoirement sortir au cinéma. Mais comment faire, après un marathon de trois ans, pour esquiver une shitstorm qui pend au nez d’un film mutilé, incessamment remanié, que le fandom n’épargnera pas (remember Les 4 Fantastiques) ? Y a qu’à le sortir le 26 août face à Tenet : le film de Christopher Nolan devrait monopoliser toute l’attention du public et faire diversion sur le poisson noyé de Josh Boone. Et c’est ainsi que Disney a livré Les Nouveaux Mutants aux spectateurs comme on balance une carcasse à une bande de charognards, et comme j’ai une petite faim…

Sam (C. Heaton), Illyana (A. Taylor-Joy), Dani (B. Hunt), Roberto (H. Zaga) et Rahne (M. Williams) ne sont pas trop contents : « Vous nous aviez promis un film d’horreur à la John Hughes ! »

Je ne vous cache pas que parler de la genèse contrariée des Nouveaux Mutants, tout à fait symptomatique d’un système hollywoodien harnaché au contrôle de franchises stériles (et Disney n’a de toute évidence pas grand chose à foutre du film de Josh Boone puisqu’ils ont sans doute déjà prévu un reboot plus lucratif des X-Men), est plus amusant que de parler du film lui-même. Car ce spin-off est bien la catastrophe annoncée, même si on se surprend à y trouver les bases d’un traitement qui aurait pu se révéler intéressant. L’image de carcasse décrit (trop) bien Les Nouveaux Mutants car tout – la durée d’1h30, le petit nombre de personnages, la direction artistique peu inspirée, les effets spéciaux rudimentaires – semble indiquer que le film de Josh Boone a été réduit à sa plus simple expression, enfermé dans une cellule capitonnée, que le montage a taillé dans le gras pour s’en tenir au matériau brut propice à un développement qui n’existera que dans l’imagination du spectateur. Le pouvoir de l’héroïne Dani Moonstar – matérialiser les peurs profondes de son entourage – avait de quoi offrir de belles saillies horrifiques, ici résumées à des scénettes vaguement creepy. Malgré les jeunes acteurs volontaires, les personnages sont introduits et développés de manière expéditive, et le film ne fera rien du traumatisme d’Illyana, de la culpabilité de Sam ou de l’angoisse sexuelle de Roberto. Comme leurs personnages enfermés dans un asile qui a des portes qui grincent (booouuu…), les acteurs sont enfermés dans ce tout petit film creux et étriqué aux enjeux terriblement prévisibles.

Les plus indulgents verront peut-être dans les vestiges des Nouveaux Mutants une honnête série B, le comble pour un film qui n’en a absolument pas le budget. Mais l’intention initiale de Josh Boone de vouloir inviter Freddy Krueger dans un monde adolescent à la John Hughes s’est clairement évaporée du produit final… Malgré sa forme ramassée (à la petite cuillère), le film montre de sacrées cicatrices, comme ces images fugitives, dans un flash télépathique de l’héroïne, repiquées à Logan : le temps d’emmagasiner tous ces blockbusters fadasses, le très bon film de James Mangold apparaîtra toujours plus comme un pur miracle (si ce n’est déjà le cas) et en voir des stock shots s’inviter dans un accident industriel tel que ces Nouveaux Mutants trahit un fantasme de liberté créative toujours plus étouffée par Marvel. Notons enfin une étrange coïncidence : Les Nouveaux Mutants s’ouvre sur des répliques en off de Blu Hunt nous racontant qu’il y a deux ours, l’un représentant le bien, l’autre le mal, et qu’il faut choisir de nourrir le bon. Cette allégorie est la même (à l’exception que c’étaient des loups) que celle qui sous-tend Tomorrowland de Brad Bird, autre film sacrifié par Disney. Bon, le film de Josh Boone est évidemment bien loin de l’éclat de ce mentor fortuit, mais y a de quoi nourrir les théories de complot à l’encontre du studio voulant éradiquer tous projets originaux et annihiler toute aspiration artistique au profit de blockbusters homogènes. A mon avis, peu importe le loup que vous nourrissez, ce sera de toute façon Mickey qui va empocher le pognon…

BASTIEN MARIE


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