Light of My Life

Post-apo américain (2019) de Casey Affleck, avec Anna Pniowsky, Casey Affleck, Tom Bower et Elisabeth Moss – 1h59

Dans un monde où les femmes ont toutes succombé à une pandémie, un homme protège coûte que coûte sa fille Rag, immunisée contre le virus…

Il est quand même gonflé, ce Casey Affleck ! Au lendemain de son Oscar pour Manchester by the Sea, alors que deux accusations de harcèlements sexuels sur le tournage de son premier film I’m Still Here (2010) ont ressurgi, il part au Canada tourner ce Light of My Life, un post-apo dans un monde d’où les femmes ont disparu. Depuis, il a fait toutes ses excuses, a reconnu son comportement inapproprié et espère que l’industrie cinématographique devienne plus paritaire, devenant le premier « survivant » du #metoo à pouvoir continuer de travailler et, en dernier recours, il a la caution Elisabeth Moss, apparaissant dans son film. Inévitablement, cette polémique se retrouve dans ce second effort et, bien que j’ai lu des critiques évoquant brièvement le sujet avec de grosses pincettes, je pense que c’est, de toute évidence et sans mal à cela, bien au contraire, un film expiatoire pour son auteur.

En cela, Light of My Life n’est pas tant un film féministe qu’un film poussant les hommes à repenser leurs rapports aux femmes, et c’est logiquement que la meilleure scène du film devient celle où Casey Affleck doit expliquer les menstruations et la sexualité à sa fille. Le monologue, que l’acteur bafouille en fuyant du regard, est à la fois drôle (c’est un peu l’épreuve suprême pour le père d’une fille) et grave (nous rappelant que Rag ne pourra pas cacher sa féminité éternellement), et saisit par une caméra fixe braquée sur l’acteur, se substituant au regard de sa fille. Un choix de mise en scène peut-être imposé par les circonstances (il y a peut-être une règle du syndicat des acteurs interdisant ce genre de propos face à une jeune actrice, d’où son absence dans le plan), mais qui a le mérite de retourner la rigueur du père contre lui-même, de révéler sa fragilité qu’il essaie de cacher aussi bien que le sexe de sa fille, et de le forcer à considérer un point de vue féminin.

Rag (Anna Pniowsky) et son père (Casey Affleck) aux aguets dans un monde où tout homme peut être un potentiel Weinstein…

Au-delà d’une réponse modeste aux revendications féministes qui bouleversent actuellement Hollywood et du chemin de croix rédempteur de son acteur-réalisateur, Light of My Life reste un bon petit post-apo qu’on a rapproché de La Route (2009) de John Hillcoat (en particulier pour la belle photographie d’Adam Akapaw) ou de Leave No Trace (2018) de Debra Granik. Mais pour rester dans l’entourage de Casey Affleck, on pense surtout à David Lowery (A Ghost Story) pour lequel il a tourné trois fois. Ce mentor se retrouve dans la posture arty et indé, très « Sundance approved », de Light of My Life qui, en l’occurence, ne semble pas tout à fait gratuite. Car Affleck tire de son économie de moyen une réelle efficacité, à en juger par la menace suggestive mais bien réelle qui pèse sur ses personnages, par la gestion des décors permettant par exemple de faire d’une vieille maison un foyer qu’on peut quitter à la seconde, ou par quelques affrontements anti-spectaculaires mais bien éprouvants. La longueur des plans pose aussi un rythme très intéressant, rendant le film à la fois languissant et alerte, prenant son temps tout en restant aux aguets. Affleck ne laisse donc pas son sujet déborder sur son assurance derrière la caméra, attentive aussi à saisir l’interprétation d’Anna Pniowsky, qu’on ne manquera pas de désigner comme une révélation et qui est effectivement la lumière de Light of My Life.

BASTIEN MARIE


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