Face à l’enfer

Hellbound Film fantastique américain (1994) d’Aaron Norris, avec Chuck Norris, Calvin Levels, Christopher Neame, Sheree J. Wilson, David Robb, Cherie Franklin, Jack Adalist et Erez Atar – 1h35

Deux flics de Chicago assistent impuissants au meurtre sauvage d’un rabbin. Pour tirer l’affaire au clair, ils n’ont d’autres choix que de se rendre en Israël où ils découvrent que leur suspect est un démon tentant de reconstituer son arme sacrificielle autrefois brisée en neuf morceaux et qui lui permettra d’ouvrir les portes de l’enfer…

Un jour, un ami, ancien gérant de vidéoclub (mais si, vous savez, cet endroit où on pouvait louer des vidéos, un peu comme Netflix mais avec plus de choix), a voulu m’offrir un carton plein de DVD. Imaginant l’étendue de son stock, je rêvais déjà des pépites qu’il pourrait me sortir… avant de découvrir qu’il avait surtout l’intention de racler ses fonds de tiroir ! Impossible de vous dévoiler l’intégralité de ses offrandes (il y a peut-être même une loi qui me l’interdit), mais les titres les plus « sérieux » du lot comptaient Piège à grande vitesse (qui n’est certes pas le pire film de Steven Seagal), Class of 99 (suite cybernétique de Class of 84, toujours mis en scène par ce bon vieux Mark L. Lester, avec tout de même Stacy Keach et Pam Grier), et donc ce Face à l’enfer, un Chuck Norris période Cannon présenté dans sa somptueuse édition Intégral Vidéo, c’est-à-dire VF uniquement et image recadrée. On n’a qu’à dire que cette bafouille fera office de chaleureux remerciement à ce bon copain…

La vision de Face à l’enfer nous étreint d’une certaine mélancolie : le film est le dernier produit par la Cannon juste avant la banqueroute, avec sa star Chuck Norris qui lui sera resté fidèle jusqu’au bout (même si la présence de Sheree J. Wilson au casting montre qu’il avait déjà la tête à Walker Texas Ranger débuté un an plus tôt). Ce Chuck apocalyptique, dans lequel l’acteur est « confronté à son pire cauchemard » nous dit avec une lettre en trop la jaquette d’Intégral Vidéo, est réalisé par son frère cadet Aaron Norris, apôtre dévoué de la gloire de son frangin de Braddock : Portés disparus 3 (1989) à l’inénarrable L’Esprit de la forêt (1996), qui est un peu le Danse avec les loups du septuple champion du monde de karaté. Ici, Chuck affronte un démon campé par Christopher Neame, acteur qui a commencé sur un Dracula avec Christopher Lee et n’a apparemment rien retiré de l’observation d’un tel mentor, et pour se préparer aux imminents cataclysmes, il doit se rendre en Israël, terre sainte ayant vu naître les deux mythiques patrons de la Cannon. Quelle bonne idée de conclure l’aventure du studio en retournant à la maison, surtout si ça permet d’économiser sur le budget…

Shatter (Chuck Norris) et Jackson (Calvin Levels) essaient de refourguer leur camelote satanique…

Hellbound dans son titre original commence par poser péniblement les prémisses médiévaux de son argument fantastique qui se mariera très mal au film d’action qui suit. Un long prologue où on se dit que Chuck Norris aurait pu lui-même jouer le roi Richard Cœur-de-lion histoire de lui trouver une descendance royale, sauf que sa majesté se débarrasse trop approximativement du démon pour que l’action star daigne lui prêter sa barbe. Tant pis, on retrouvera Chuck à Chicago avec son sidekick noir de circonstance (dommage que Clarence Gilyard Jr ait eu piscine entre deux saisons de Walker Texas Ranger) où il rencontre Prosatanos, le démon dont les yeux feraient trembler n’importe quel ophtalmologiste. S’ensuit une enquête simplette sur laquelle on plaque une dynamique de buddy movie sans trop y croire : le pauvre Calvin Levels doit se charger de toutes les « vannes » puisque l’ami Chuck a choisi de ne pas jouer, traversant Hellbound avec une circonspection qu’il veut bien à la rigueur atténuer quand il s’agit de faire l’américain paternaliste avec le jeune pickpocket israélien qu’il prend sous son aile. Les quelques scènes de baston sont systématiquement plongées dans le noir, permettant à Chuck de lever la jambe sans se forcer, le score de George S. Clinton (j’insiste bien sur le S pour que vous n’alliez pas penser que c’est une légende de la funk à la baguette) sonne plus Benny Hill que hard-boiled, et le climax, aussi paresseux que le reste, conclue ce nanar sans fulgurance. C’était déjà triste de se dire que Hellbound était le dernier film de la Cannon, mais le voir dénué de coups d’éclat légendaires du studio est carrément déprimant…

BASTIEN MARIE


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