The Vigil

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S’étant détourné de sa foi juive depuis un événement traumatisant, Yakov accepte à contre-cœur de faire le « shomer », homme veillant sur l’âme d’un défunt la nuit précédant les funérailles. Sauf qu’une autre présence semble occuper la demeure du mort…

The Vigil est un premier long-métrage mais son réalisateur Keith David a la quarantaine. Désirant depuis toujours faire des films mais sans savoir comment approcher une industrie où il n’a aucun contact, il était médecin puis, à défaut de filmer des images, écrivait des romans. L’un d’eux est passé entre les mains de Guillermo Del Toro et Thomas vit cela comme le top départ. Il s’est donc fait la main sur un court-métrage autoproduit, Arkane, puis a écrit The Vigil dans l’optique de le tourner également en amateur, avec une bande de copains. Sauf que le script a trouvé preneur chez Boulderlight Pictures, une boîte tapissée d’affiches de films de Lucio Fulci dirigée par des juifs orthodoxes selon Thomas, permettant au réalisateur de tourner son premier film pro qui a ensuite fait le tour des festivals fantastiques d’usage : le Midnight Madness de Toronto, Sitges et Gérardmer. The Vigil fut repéré par Jason Blum qui a non seulement acquis les droits de distribution du film mais a aussi engagé son réalisateur pour la nouvelle adaptation de Charlie de Stephen King. On est content pour lui de voir sa carrière lancée, il ne reste plus qu’à voir si son premier effort est prometteur.

Depuis L’Exorciste, la religion catholique est devenue grossiste en films d’horreur, à base de crucifix retournés ou non, de possessions spectaculaires ou non, d’antéchrists divers et variés et de nonnes vindicatives. Pourquoi le judaïsme n’aurait-il pas aussi droit à sa part de cauchemars ? C’est toute l’idée de The Vigil qui trouve dans la tradition du shomer – homme qui veille les morts, ici contre rémunération, donc à ne pas confondre avec le chômeur athée – un concept intéressant de film d’horreur, où il faudrait non seulement lire des psaumes mais aussi survivre à la nuit (notons au passage la judicieuse tagline de la belle affiche concoctée par le distributeur français Wild Bunch : « Veiller l’âme d’un mort sans perdre la sienne »). Keith Thomas ne tergiverse pas longtemps avec cette idée, nous enferme immédiatement dans son huis clos et déroule son programme horrifico-hassidique qu’il sait peu original mais assez singulier sous le spectre de la « judé-horreur » (sic). Dès lors, on remarquera les clichés du genre (la clé du mystère se trouve dans la cave), le recours aux décriés jump scares, et une photographie plutôt moche, heureusement rehaussée par un travail sonore beaucoup plus assuré et des effets spéciaux physiques. Mais en creux de sa nuit d’horreur, Thomas glisse assez de substance pour distinguer The Vigil du tout-venant horrifique.

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Le problème pour un shomer comme Yakov (Dave Davis), c’est que les morts qu’il veille n’ont pas beaucoup de conversation…

Difficile de parler de cette substance sans spoiler un peu le film, donc disons qu’à partir de ce point, il faut avoir vu The Vigil. Le démon qui tourmente le défunt et son shomer est donc le Mazik, une créature à la tête retournée à 180° (dans L’Exorciste, on poussait à 360, mais c’est un début) symbolisant sa tendance à forcer ses victimes à s’emprisonner dans leurs traumatismes passés pour en tirer une souffrance éternelle, la Shoah pour le défunt et la mort du petit frère pour le shomer. Une idée qui suffit à faire du judaïsme un peu plus qu’un folklore suscitant l’épouvante et à le traiter réellement comme une religion à jamais marquée par la haine qu’elle a subit et par l’isolement de ses croyants victimes d’antisémitisme. Un propos qui se mêle étonnamment très bien aux exigences du genre, qui rend The Vigil encore plus éprouvant et son dénouement franchement convaincant, du moment où Yakov, pour affronter le démon, devient un super-juif quand il revêt les accessoires traditionnels sur un morceau électro exaltant, jusqu’à sa victoire finale où il revient apaiser le défunt dans ses ultimes convulsions démoniaques en même temps que lui-même. L’interprétation des deux bons acteurs principaux y est aussi pour quelque chose : Dave Davis est shooté à la culpabilité, au doute et à la douleur, tandis que Lynn Cohen cultive l’ambiguïté d’une veuve dont on ne sait pas toujours si elle est une émissaire du mal ou son antidote. Peu étonnant que Jason Blum se soit intéressé à Keith Thomas : The Vigil est effectivement prometteur par son entrée à la fois modeste et assuré dans le genre, augurant peut-être de belles nuits à la « judé-horreur ».

BASTIEN MARIE


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