The King of Staten Island

mv5bmzcwnjcyogutogu3ny00odu2lwe4nmitmje0zgrizdaynjc5xkeyxkfqcgdeqxvymta4nje0njey._v1_sy1000_sx750_al_Comédie américaine (2020) de Judd Apatow, avec Pete Davidson, Marisa Tomei, Bill Burr, Bel Powley, Maude Apatow et Steve Buscemi – 2h16

Scott Carlin, aspirant tatoueur et fumeur de joints invétéré, vit encore chez sa mère à Staten Island. Entre le départ de sa sœur à l’université, sa copine qui le plaque et le nouveau petit copain de sa mère, pompier comme feu son père, tout semble pousser Scott vers la porte…

Après avoir fait le tour de ses comédies à tendance autobiographique avec 40 ans, mode d’emploi, Judd Apatow s’ouvre désormais aux propositions des autres. Après le scénario d’Amy Schumer pour Crazy Amy il y a cinq ans déjà, Apatow s’intéresse cette fois à la vie de son acteur Pete Davidson, naturellement découvert au Saturday Night Live, et coécrit avec lui et Dave Sirus le scénario de son sixième long-métrage The King of Staten Island (dont on sait gré à Universal de conserver le titre original plutôt que de lui apposer un « mode d’emploi » ou « bienvenue à »). Comme le protagoniste du film, Davidson a perdu son père pompier le 11 septembre 2001, il avait sept ans, et Apatow lui propose de raconter l’histoire de ce stoner de 24 ans figé par le deuil. Pour l’autre petite histoire, Steve Buscemi, qui joue ici le chef des pompiers, a lui-même été pompier au début des années 80 et avait filé un coup de main à son ancienne caserne de Little Italy le jour des attentats. Des petites histoires qui plombent un peu l’ambiance mais, vous l’aurez compris, The King of Staten Island est une comédie douce-amère.

Si Crazy Amy avait quelque peu revitalisé le cinéma de Judd Apatow, The King of Staten Island lui emboîte le pas et le réalisateur, en racontant les histoires des autres, retrouve une aisance qui devrait suffire à le maintenir comme le king de la comédie US contemporaine. La formule du film est très classique : comment un jeune stoner immature et égoïste va finir par s’ouvrir au monde et avancer en prenant conscience que la perte du père a été plus importante qu’il ne l’aurait cru. Comme de coutume chez Apatow, le métrage dépasse les deux heures, durée inhabituellement longue pour une comédie qui lui permet de fouiller amplement les personnages (tous les seconds rôles sont ici remarquables) et de s’engager patiemment dans son cheminement sans non plus faire ressentir la longueur. Et cette fois, le cheminement est aussi drôle qu’émouvant, tout à fait capable de faire verser une larme entre deux éclats de rire, grâce à l’écriture experte d’Apatow dissimulant une douleur bien réelle, douleur aussi traînée par son acteur Pete Davidson, parfait clown triste ou loser magnifique avec sa silhouette dégingandée blindée de tatouages (dont un martien de Mars Attacks !, référence toujours bonne à prendre).

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Scott (Pete Davidson) et sa mère Margie (Marisa Tomei) se font une soirée téloche. Et oui, le trône du roi de Staten Island est encore chez môman…

Même si on regrette que Staten Island ne soit pas plus amplement filmé, le lieu a tout de même son importance : si proche et si loin de New York, il symbolise bien la stagnation de Scott, s’enlisant à côté d’un entourage qui va de l’avant, s’abritant sur les plages désertes ou les lieux désaffectés en marge de la banlieue proprette. Comme toujours, Apatow va ramener ce personnage vers les rails du conformisme, ce qui ne manquera pas encore une fois de le faire passer pour un réal réac (mais faut-il systématiquement appliquer une lecture morale aux films ?). Pour ce faire, le réalisateur se méfie des passages attendus ou obligés : par exemple, Scott ne retire rien de la soirée à la fac de sa sœur où il socialise étonnamment bien, ou encore le moment où il est fatalement tenté par la criminalité est presque un non-événement. Non, Apatow, fidèle à sa patience habituelle, préfère amorcer le changement à des moments a priori plus anodins que sa caméra recueille avec tendresse, comme lorsque Scott accompagne les enfants de son beau-père à l’école ou squatte la caserne des pompiers. Autant de moments où Scott se révèle soudainement et se rouvre à ce qui l’entoure par sursauts successifs. Ce qui me fait penser que The King of Staten Island ne raconte finalement rien d’autre que l’histoire d’un gars retrouvant le rythme de sa vie, et le rythme étant primordial en comédie, nulle surprise qu’Apatow ait excellé à l’exercice.

BASTIEN MARIE


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