The Hunt

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Une douzaine d’inconnus se réveillent dans une clairière sans savoir comment ils y sont arrivés. Juste après avoir trouvé une caisse d’armes qu’on leur a laissé, ils découvrent qu’ils sont pris en chasse. Ne reste plus qu’à savoir par qui et pourquoi…

Attention, cette bafouille contient des spoilers ! Merci de votre compréhension.

The Hunt est né sur le plateau de The Leftovers où se sont rencontrés le réalisateur Craig Zobel (Compliance) et les scénaristes Nick Cuse et Damon Lindelof. Il leur parle de son idée de faire un film de chasse à l’homme et les deux scénaristes lui livrent un script chargé de leur colère d’une Amérique trumpiste divisée comme jamais. Face à ce contenu fortement politique, Lindelof s’adresse à Jason Blum qui, quoiqu’on en pense, a toujours eu le bon sens de savoir que l’horreur est très souvent politique. Les deux hommes produisent donc ensemble The Hunt qu’Universal doit sortir en septembre 2019. Sauf que quelques semaines avant cette sortie éclatent trois fusillades successives à Gilroy, Californie, El Paso, Texas et Dayton, Ohio. Dès lors, plusieurs chaînes de télévision refusent de diffuser le trailer, la tweetosphère s’acharne sur le film, entre fake news et accusations d’incitation à la violence (alors qu’il n’est pas encore sorti !), dont un inévitable tweet du président des Etats-Unis que nous aurons le bon goût de ne pas citer ici. Universal suspend donc la sortie de The Hunt jusqu’au 13 mars dernier où, Covid-19 oblige, il se retrouve rapatrié sur les sites de VOD. Chez nous, le film est sorti le 22 juin pour la réouverture des salles avec une affiche capitalisant sur son buzz : toute une tripotée de critiques est citée en soulignant les mots « violence », « inapproprié » ou « polémique » tandis qu’en lettres rouges, la tagline clame : « Le film dont on a le plus entendu parler sans l’avoir encore vu… pour l’instant » Résultat, un accueil critique très divisé – pouvait-il en être autrement ? – et peu d’entrées, certes à cause d’une exploitation cinématographique au ralenti, mais aussi peut-être parce que les spectateurs français ne sont pas tout à fait au fait de la réputation sulfureuse du film…

Au final, ce fût beaucoup de bruit pour pas grand chose. Ce que Fox News a désigné comme « le vrai visage de Hollywood, fou et malsain » (très beau compliment) n’est en fait qu’une satire d’une société américaine particulièrement tiraillée qui manque de recul. Il y a fort à parier que pour le spectateur du futur voyant The Hunt avec une vague connaissance du contexte de sa sortie, il lui paraîtra anecdotique. Il s’amusera peut-être pendant les vingt premières minutes durant lesquelles Craig Zobel fait une entrée fracassante, aussi violente que réjouissante, dans le film de chasse à l’homme, mais d’une manière qui montre aussi bien les limites de son projet : on assiste au réveil des proies, parmi lesquelles une Emma Roberts assez célèbre et mignonne pour être une final girl toute désignée, mais à plusieurs reprises on élimine sauvagement tout personnage qui pourrait être un potentiel protagoniste, reproduisant l’astuce de Psychose à la chaîne. Certes, c’est rigolo, mais ça montre aussi comment Zobel et ses scénaristes prennent leurs personnages de haut (au générique, ils seront d’ailleurs crédités sous des sobriquets tels que « Yoga Pants », « Staten Island » ou « Shut the fuck up Larry ») et n’essaient pas vraiment d’impliquer le spectateur dans leur jeu de massacre bien trop sardonique. La preuve : passée cette ouverture, le reste de The Hunt se suit avec un ennui poli.

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Crystal (Betty Gilpin), la proie taillée pour être prédatrice…

Après l’élimination des trois quarts du gibier alors qu’il reste une bonne heure de film, c’est donc Betty Gilpin (Glow) qui devient l’héroïne et, si l’actrice a tout à fait les épaules pour ce rôle principal, elle incarne un personnage si narquois et désabusé que le spectateur reste encore une fois sur le seuil. La fin l’amène à affronter, dans un mano a mano lui aussi agaçant à force de gags de désamorçage, une Hilary Swank fort convaincante en psychopathe libérale, et qui représente à elle seule l’échec du « woke » hollywoodien  (on l’honore de deux Oscars mais on est incapable de lui donner des rôles dignes d’intérêt). Vous l’aurez compris, The Hunt souffre d’une posture de petit malin et d’une facture de thriller ordinaire. C’est dommage car son contenu politique était bien réel et très concret (par exemple, les proies sont appelées des « déplorables », mot par lequel Hilary Clinton désignait les électeurs de Trump), fustigeant les fake news et le complotisme (la chasse part d’un canular qui, pris pour vrai, le devient), le politiquement correct envahissant et l’adversité haineuse entre démocrates et républicains à peine exagérée. Sauf que The Hunt noie le cachalot sous une ironie finalement très prudente et se contente de reproduire les archétypes bien connus entre républicains conformés à leur image de gros beaufs violents et démocrates au progressisme de façade, cédant à leurs pulsions avec une hypocrisie guère remise en question. Le brûlot est donc bien tiédasse et le jeu de massacre, que Zobel observe derrière la lunette d’un fusil à trop longue portée, sert surtout à sagement remettre la balle au centre.

BASTIEN MARIE


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