Une intime conviction

Une intime conviction affiche

Film de procès français (2018) d’Antoine Raimbault, avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Philippe Uchan, Armande Boulanger, Steve Tientcheu et Jean Benguigui – 1h50

Accusé d’avoir tué son épouse, Jacques Viguier est acquitté lors d’un premier procès mais la cour fait appel et un second procès doit alors s’ouvrir. Nora, serveuse et mère célibataire, lointaine connaissance de Viguier, est persuadée de son innocence. Elle réussit à convaincre le célèbre avocat Eric Dupond-Moretti de prendre la défense de l’accusé mais celui-ci la charge d’un lourd travail d’assistante pour le procès. L’investissement de Nora vire à l’obsession et l’affaire Viguier prend vite toute la place dans sa vie.

Si Une intime conviction est le premier long métrage d’Antoine Raimbault, le jeune réalisateur s’était déjà fait remarqué en 2014 avec le court métrage Nos violence où il dirigeait le véritable Eric Dupond-Moretti dans son propre rôle (du moins celui d’un avocat). Pour ce premier film, il reste dans le domaine judiciaire en s’attaquant à l’affaire Suzanne Viguier et plus particulièrement au second procès lors duquel l’accusé fût défendu par le ténor du barreau. Si Dupond-Moretti abandonne son propre rôle à Olivier Gourmet, un choix prestigieux qui n’a pas dû lui déplaire, le personnage, au même titre que les différents protagonistes de l’affaire, garde son vrai nom. Là où le projet devient couillu, c’est qu’Antoine Raimbault, pourtant lancé dans une reconstitution réaliste des événements, n’hésite pas à inclure au cœur de son récit Nora, un passionnant personnage fictif aux multiples fonctions.

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Nora (Marina Foïs) en train de rallier le célèbre acquitator (Olivier Gourmet) à son intime conviction…

D’abord moteur de l’intrigue, puisque c’est elle qui va convaincre l’avocat d’assurer la défense de Viguier, elle est aussi, sous ses allures de madame tout le monde, vecteur d’identification pour le spectateur. Nora est ainsi incarnée par une impressionnante Marina Foïs, qui prouve s’il en était encore besoin qu’elle est bien l’une des meilleures actrices de sa génération, dont l’investissement dans le rôle renvoie à celui de son personnage, dévoué corps et âme à lutter contre une injustice qui ne fait pour elle aucun doute. Cette inébranlable conviction et sa persévérance la conduisent également vers des considérations plus abstraites, cette figure fictive symbolisant, au sein de ce film « tiré d’une histoire vraie », la voix intérieure qui hante Dupond-Moretti. Entre échanges de regards plus ou moins complices et affrontements musclés, Nora s’impose comme une sorte de muse pour l’avocat autant qu’elle symbolise le combat qu’il vient à mener contre lui-même, luttant pour ne pas se retrouver aveuglé par ses convictions et s’efforçant de rejeter ce qui n’est pas judiciaire.

Nora, c’est aussi Antoine Rimbault, lui qui n’a à priori aucun lien direct avec une affaire qui va pourtant le fasciner au point de se lancer dans la réalisation de ce film, l’implication du personnage renvoyant à celle du cinéaste. Ainsi, les écoutes compulsives des enregistrements du dossier renvoient au travail de recherches qu’on devine énorme alors que les post-it qui s’accumulent sur les murs de Nora rappellent le mode opératoire du scénariste. Si le choix de l’excellent Laurent Lucas pour jouer Jacques Viguier (ce qu’on pourrait qualifier d’emploi vu l’ambiguïté de ses rôles chez Fabrice DuWelz, Contre enquête ou plus récemment le Bureau des Légendes et Grave) fait pointer un léger soupçon, il ne fait nul doute que l’intime conviction du titre est aussi celle d’Antoine Rimbault. Son implacable film de procès, aussi rigoureux que tendu, assume pleinement son parti pris et Nora, en plus de clamer l’innocence de Viguier, accuse directement l’amant de sa femme, Olivier Durandet. Interprété par Philippe Uchan (qui, au passage, serait également parfait pour jouer Jean Castex !) et donc cité sous son nom, le vrai Durandet ira d’ailleurs jusqu’à demander l’arrêt de l’exploitation d’Une intime conviction, sans succès. Il faut bien avouer qu’il y a comme un paradoxe à voir ainsi la plaidoirie de Dupond-Moretti, défendue avec puissance par un Olivier Gourmet aussi charismatique que son médiatique modèle, invoquer la rumeur publique s’étant abattue sur l’accusé Viguier au sein d’un film qui sème lourdement le doute sur la culpabilité de l’amant trouble. On laissera le spectateur juger, mais nul doute qu’il trouvera le dossier passionnant.

 

CLÉMENT MARIE


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