En avant

mv5bzguwyzg4owetnzvlzi00zja0lthhn2itzdnjogu4otrhnjjixkeyxkfqcgdeqxvyodiyoteymzy40._v1_sy1000_cr006751000_al_Onward Film d’animation américain (2020) de Dan Scanlon – 1h42

Dans un monde fantastique ayant perdu sa magie, Ian Lightfoot, adolescent timide, et son frère aîné Barley, fan de jeux de rôles et d’heroic fantasy, se lancent dans une quête pour réaliser un sort qui leur permettrait de ressusciter leur père pendant une journée…

Comme beaucoup, on est entré dans la salle d’En avant un peu blasé par ce qui avait tout l’air d’être un petit Pixar. Après ses deux suites magistrales Les Indestructibles 2 et Toy Story 4, le studio revient avec un film original « Stranger Thingsé » sous forte influence du jeu de rôles – Donjons & Dragons a d’ailleurs autorisé l’utilisation de quelques-uns de ses monstres – confié à Dan Scanlon, réalisateur de Monstres Academy (une suite pas magistrale, juste sympatoche), et qui semble surtout faire patienter pour la sortie de Soul, projet un peu plus attendu par sa ressemblance avec Vice Versa. Après vingt-cinq ans d’exercice dans le long-métrage d’animation, malgré une suprématie indiscutée dans l’industrie, Pixar semble avoir son âge d’or dans le rétro pour sortir un film original qui nous excite a priori si peu, et le titre En avant pourrait en fait trahir une certaine stagnation. Et c’est là qu’on se doit de vous rassurer : on est ressorti de la salle conquis par un film qui, même s’il n’est évidemment pas le meilleur de Pixar, reste d’une maturité propre au studio à la lampe et d’une étonnante lucidité sur ce qui se passe dans ses coulisses.

En avant raconte l’histoire d’une quête paternelle si classique qu’on ne prendra pas la peine de la développer ici. Une quête du père qui est autobiographique pour Dan Scanlon, également co-auteur du scénario, le réalisateur ayant lui-même perdu son père très jeune. Mais comme chez Pixar une vision personnelle et singulière devient aussitôt l’effort de toute une équipe aussi impliquée que l’auteur d’origine, impossible de ne pas y voir aussi le studio faire le point sur sa propre existence. Juste après un Toy Story 4 qui réagissait immédiatement aux accusations de harcèlement sexuel qui pesaient sur John Lasseter en mettant en avant un personnage féminin jusque là négligé sans la réduire à un simple coup de com’ (je vous renvoie pour cela à l’excellent article qu’en avait tiré le frangin), En avant est le premier film du studio sur lequel le (père) fondateur Lasseter n’a eu aucune implication et le fait qu’elle raconte l’histoire de deux orphelins reprenant l’aventure là où leur père l’avait laissée ne peut pas être dû au simple hasard. Le deuil du père (personnage formidable car à moitié invisible et pourtant toujours présent) et l’héritage culturel semblent être des thématiques très concrètes pour les équipes d’En avant, dont l’injonction du titre devient soudain aussi plus forte, et la remise en question s’accompagne d’un autre élément superbement posé dans l’intro du métrage : en quelques minutes, Scanlon expose comment, dans sa société imaginaire, la magie a disparu sous l’asservissement technologique. Ou comment se demander si, derrière les prouesses techniques auxquelles Pixar nous a toujours habitués, la magie fonctionne encore.

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Barley, un peu trop dans le trip médiéval, pose avec son fidèle destrier Guinevere.

Tous ces questionnements mis en abyme montrent bien qu’on aurait tort de prendre En avant trop à la légère. Après, si vous y emmenez vos enfants, on se doute bien qu’ils ne seront pas forcément sensibles à ces raisonnements et, on vous rassure, le film devrait quand même fonctionner du feu de dieu sur eux. Le film a quelques défauts. Le design des personnages, en particulier les deux elfes principaux, laisse à désirer. La quête très classique prend un peu trop le pas sur l’univers du film, mêlant banlieues ricaines et heroic fantasy, dans lequel on aurait aimé se balader un peu plus et le voir nourrir plus de gags (comparé aux premiers films du studio comme 1001 Pattes ou Monstres & Cie, celui-ci est clairement moins inventif). Cela dit, En avant reste très bien écrit : d’après ce que je me souviens du manuel d’écriture de Pixar, Dan Scanlon semble avoir coché toutes les cases, notamment quand il lie étroitement les sortilèges utilisés par les personnages avec leurs tourments profonds. Pourvu d’une très belle photographie, le film a aussi quelques sacrés coups d’éclat qui me permet par exemple de dire que mon personnage préféré du film, c’est le van ! Et même si le cheminement d’En avant contient peu de surprises, il laisse tout de même place à un dénouement d’une maturité encore une fois remarquable et tout à fait à même de faire verser une petite larme. Que Scanlon et ses compagnons se rassurent : oui, la magie de Pixar fonctionne encore, comme si le studio ne pouvait tout simplement pas s’empêcher de mettre son âme dans chacun de ses films, même plus « petits », comme le prouvera sans doute à son tour l’imminent Soul

BASTIEN MARIE


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