Un mauvais fils

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De retour des Etats-Unis où il a été incarcéré pour trafic de drogue, Bruno retourne vivre chez son père veuf et trouve un travail dans une librairie, où il tombe amoureux de sa collègue Catherine, elle aussi ancienne toxicomane…

Après ses fastes 70’s, Claude Sautet change tout en 1980 pour Un mauvais fils : il change de scénariste avec Daniel Biasini (qui est alors le mari de Romy Schneider, donc on reste quand même dans la famille), il change le milieu social de sa chronique en s’intéressant cette fois au prolétariat, et il change de génération d’acteur et engage, à défaut de Depardieu qu’il avait dirigé dans Vincent, François, Paul et les autres, son pote Patrick Dewaere, au côté de Brigitte Fossey qui refuse d’autres tournages pour se consacrer entièrement à ses recherches auprès de toxicomanes et d’addictologues. La collaboration Sautet/Dewaere se passe à merveille : quand le réalisateur voudrait raser l’éternelle moustache de l’acteur, il découvre que celui-ci l’a devancé et s’est déjà rasé ! Sur le tournage, Dewaere est admiratif de Sautet, le définissant comme un « filmeur entre les lignes », et l’ami Bertrand Blier dira qu’Un mauvais fils est le rôle le plus proche de la personnalité de l’acteur, preuve d’un choix de casting idéal. Malheureusement, l’idylle s’arrêtera net à la sortie du film : durant la promo, Dewaere défraie la chronique en agressant un journaliste qui avait révélé des informations personnelles glanées « off record », déclenchant un boycott de l’acteur par l’ensemble de la presse.

Une sombre histoire pour un film qui ne l’est pas moins. Pour raconter l’histoire d’un fils plus toxicomane que prodigue, Claude Sautet accouche d’un film noir, brut, assez implacable, faisant se succéder à chaque possible espoir une séquence plombante replongeant les personnages au plus profond. Le père de Bruno, joué par un émouvant Yves Robert, accueille son fils sans ambiguïté avant de lui balancer, sans plus d’avertissement, la faute de la disparition de sa mère. Après une escapade à la mer, moment enfin ouvert et lumineux dans un film qui préfère les lieux clos et enténébrés, Bruno et Catherine se font un shoot d’héroïne dans le plan suivant ! Une structure de lentes ascensions suivies de brutales rechutes qui incarne cette lutte acharnée pour vaincre l’addiction et retisser les liens qu’elle rompt. Dans ces véritables montagnes russes émotionnelles, Sautet délaisse les dialogues de Dabadie pour parfaire un silence et des non-dits qui n’en disent finalement pas moins. Avares en mots (hormis le puissant monologue de Jacques Dufilho qui lui vaudra un César du meilleur second rôle), les personnages n’en sont pas moins riches en émotions brutes, comme cette soudaine et puissante étreinte entre Bruno et son père sur le seuil de l’appartement.

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Bruno (Patrick Dewaere) de retour chez son père (Yves Robert) avec visiblement pas grand chose à se raconter…

Si le silence symbolise une incommunicabilité entre une jeunesse introvertie et des aînés accrochés à des valeurs désuètes, il peut aussi être très positif comme lorsque, par exemple, Bruno reste muet à l’écoute d’un extrait d’opéra qui le subjugue visiblement, dans une séquence assez magique. Profitons-en pour évoquer Patrick Dewaere qui est tout de même de tous les plans dans un rôle moins verbeux qu’à son habitude. Libéré de la diatribe, l’acteur y est aussi magistral qu’à l’accoutumée, et Sautet semble ne jamais se lasser de filmer son visage qui pourrait raconter seul toute l’histoire d’Un mauvais fils. Incrédule quand il répond aux situations par son fameux sourire en coin, ou hyper-sensible à travers son regard profond d’homme blessé ou révolté, Dewaere fascine tout du long devant la caméra de son réalisateur qui sait le scruter, le « filmer entre les lignes ». On laissera à chacun décider si Un mauvais fils est le meilleur rôle de Dewaere ou non (personnellement, je reste sur Série noire dans lequel la performance de l’acteur est tout aussi décisive et passionnément recueillie par le réalisateur), mais force est de reconnaître que sa rencontre unique avec Sautet est capitale, explorant une autre facette singulière et douloureuse de l’acteur décidément incontournable.

BASTIEN MARIE

Autres films de Claude Sautet sur le Super Marie Blog : Les Choses de la vie (1970) ; Max et les ferrailleurs (1971) ; Vincent, François, Paul et les autres (1974)


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