Vincent, François, Paul et les autres

mv5bnzfjzmmwzwmtztawos00zjaylwi3mjqtytkxzdezmzy0mzjmxkeyxkfqcgdeqxvymjqzmzqzody40._v1_Drame français, italien (1974) de Claude Sautet, avec Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, Marie Dubois et Umberto Orsini – 1h58

Vincent, chef d’entreprise, François, médecin, et Paul, écrivain, sont trois amis ayant chacun leurs soucis : l’entreprise de menuiserie de Vincent s’endette, la femme de François a une liaison, Paul n’arrive pas à terminer son nouveau roman…

Avec Vincent, François, Paul et les autres, son septième long-métrage, Claude Sautet signe un film de potes avec sa propre bande de copains : les scénaristes Jean-Loup Dabadie et Claude Néron, les acteurs Yves Montand et Michel Piccoli. Ce dernier déclara d’ailleurs que Sautet, d’habitude colérique, était particulièrement détendu sur ce tournage car il savait ce qu’il voulait faire et comment l’obtenir de ses fidèles collaborateurs. Ambiance détendue donc durant la production de ce film sur l’amitié pourtant amer. Mais un film qui aura une influence durable sur le cinéma français. Avec le diptyque d’Yves Robert Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au paradis, également écrit par Dabadie et sorti juste après, Vincent, François, Paul et les autres est une sorte de parfait prototype du film de potes à la française, revenant immanquablement sur le tapis dès qu’un réalisateur s’essaye au genre depuis, comme un Guillaume Canet par exemple quand il fait Les Petits Mouchoirs (bien moins inspiré, cela va sans dire).

ditcvqjxuaur3km
Claude Sautet, Michel Piccoli et Serge Reggiani, tranquilles, sur le tournage d’une promenade dominicale…

Si Vincent, François, Paul et les autres est autant resté dans les bons souvenirs du cinéphile français, c’est surtout parce que sa contemporanéité d’antan si bien saisie par Claude Sautet est évidemment devenue une nostalgie d’aujourd’hui, nostalgie par ailleurs inscrite dans le film même, qui s’ouvre sur le flash-back muet et bleuté d’un bonheur sans tâche qu’on va essayer de retrouver dans le reste du métrage. Nostalgie d’une France des Trente Glorieuses, finissantes comme on le sent dans le parcours de Vincent (Yves Montand), dans un film réussissant particulièrement à saisir une époque sans s’éloigner de ses personnages. Ce qui tient à mon sens à un équilibre encore intact. Équilibre entre acteur et personnage, l’un s’adaptant à l’autre, comme cette scène très touchante où Vincent rend nuitamment visite à son ex-femme sans oser lui demander une aide financière : Montand tente de donner le change en faisant son numéro d’acteur charmant, usé par la détresse du personnage. Équilibre aussi entre écriture et mise en scène, cette dernière prenant souvent le relais de ce que Dabadie ne peut ou ne veut pas mettre en dialogues : par exemple, dans le train vers la fin du film, la caméra est saisie par les tremblements du wagon comme pour exprimer le trouble que François (Piccoli) traverse sans parvenir à en parler à Vincent.

La problématique de Vincent, François, Paul et les autres pourrait être la suivante : quand les amours se barrent, quand les emmerdes se pointent, qu’en est-il des amis ? La réponse de Sautet est assez amère, voire cruelle : plus encore que les soucis des différents personnages, qui occupent une bonne partie du métrage (sinon où serait le drame ?), c’est l’incapacité d’en parler entre eux qui marque le plus. Il y a déjà ces plans discrètement déchirants où les personnages s’isolent pour apprendre une mauvaise nouvelle. Au début du film, Vincent apprend au téléphone que sa femme veut divorcer et on voit le personnage seul à travers une vitre dans le reflet de laquelle on voit le reste de la bande continuer à s’amuser dehors ; plan qui trouve un écho à la fin, après le match de boxe, où c’est là François qui se confronte à la rupture amoureuse dans une cabine téléphonique devant laquelle passe le reste de la bande, euphorique. Ensuite, ils peinent à en parler entre eux, comme dans cette scène assez drôle où Vincent demande à ses copains d’écrire des lettres qui lui seraient favorables lors de son divorce, sauf que personne ne sait vraiment ce qu’il faut y écrire. Les problèmes de chacun sont tus ou ignorés par les autres, et ça commence à sentir la déprime.

mv5bmtuymjq3nze5n15bml5banbnxkftztgwmdmxmzc3nte40._v1_sy1000_cr0016451000_al_
Vincent (Yves Montand), François (Michel Piccoli), Paul (Serge Reggiani) et les autres (Gérard Depardieu) dans un plan qui, tout naturellement avec une telle brochette d’acteurs, devint très célèbre…

Heureusement, Sautet nous cueille soudain avec des moments d’insouciance collective qui, bien que brefs, remettent du baume au cœur. Ainsi la séquence d’ouverture où, après un match de foot, les copains éteignent un petit incendie, bien décidés à ne pas le laisser gâcher le week-end entre potes. Ou plus tard quand la gueulante de François (et Piccoli sait les faire, les gueulantes !) pendant le gigot du dimanche est aussitôt oubliée après une promenade comique où une partie de la bande finit à la flotte. Finalement, il est plutôt doux-amer ce Vincent, François, Paul et les autres, à la fois sec et chaleureux, faisant se succéder les crises et la camaraderie dans une structure cyclique allant bien avec la réplique de Montand souriant : « On ne sait pas avec la vie, hein ? » Si l’amitié semble ne pas toujours savoir résoudre les problèmes, elle a au moins le don de les atténuer en leur opposant une légèreté curative. C’est cet équilibre fragile entre insouciance et gravité, entre douceur et douleur, que Sautet a su saisir avec une justesse souvent imitée jamais égalée.

BASTIEN MARIE

Autres films de Claude Sautet sur le Super Marie Blog : Les Choses de la vie (1970) ; Max et les ferrailleurs (1971) ; Un mauvais fils (1980)


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s