Max et les ferrailleurs

mv5bmji2njm2ndewnf5bml5banbnxkftztcwotyymzgxoa4040._v1_sy1000_cr007981000_al_Polar français, italien (1971) de Claude Sautet, avec Michel Piccoli, Romy Schneider, Bernard Fresson, François Périer, Georges Wilson, Boby Lapointe, Michel Creton et Philippe Léotard – 1h52

Policier frustré, obsédé par le flagrant délit, Max veut forcer une bande de ferrailleurs à commettre un braquage de banque en manipulant Lily, une prostituée qui traîne avec eux…

Après le succès des Choses de la vie, Claude Sautet retrouve le goût de la mise en scène et enchaîne les longs-métrage en agrandissant sa famille. Ainsi, outre Jean-Loup Dabadie, Claude Néron, auteur du roman d’origine de Max et les ferrailleurs, devient un autre coscénariste attitré de Sautet. Les acteurs sont tout aussi fidèles au metteur en scène : rempilent du film précédent Boby Lapointe, Romy Schneider qui remplace Marlène Jobert au pied levé, et Michel Piccoli qui, se voyant si bien dans le rôle de Max, se fait faire lui-même son costume d’inspecteur chez un tailleur spécialisé en amont du tournage. Sautet renoue avec le polar de ses débuts pour la dernière fois de sa carrière, avant de se consacrer aux drames et chroniques sociaux, et, de l’aveu de sa monteuse Jacqueline Thiédot, Max et les ferrailleurs est le film préféré de son auteur qui, à la fin de sa vie, avait remonté la plupart de ses films sans toucher à une image de celui-ci.

Michel Piccoli a dû être séduit par le machiavélisme du personnage de Max. Manipulateur impitoyable, au visage blafard encadré dans son costume noir d’inspecteur plein de morgue, Max est le grand ordonnateur du polar qui va se jouer, qu’il a créé de toute pièce. Ses frustrations d’ancien procureur qui arrivait à la fin des affaires sans avoir suffisamment de preuves pour faire condamner, puis de flic qui arrive trop tard sur les scènes de crimes déjà commis, l’ont mené à une obsession sécuritaire qui lui fait se dire que la meilleure façon d’arrêter un crime est de le créer et ainsi provoquer un flagrant délit indéniable. C’est avec cette logique immorale qu’il jette son dévolu sur sa bande de ferrailleurs dont il y a fort à parier que, sans l’intervention de l’inspecteur, elle ne se serait jamais lancée dans le braquage de banque. C’est même une certitude dans la séquence qui nous décrit les ferrailleurs, avec une forte contradiction entre le son et l’image : alors que la voix off de l’inspecteur de Nanterre nous dresse la liste des antécédents des membres de la bande, les images sont presque insouciantes, montrant une bande de potes blaguant et crapahutant dans une vieille casse (dont un Boby Lapointe remarquablement ambigu, entre la brutalité de l’ex-taulard et l’innocence de l’illettré feuilletant une BD). Des petits magouilleurs que Max va initier au grand banditisme, comme si le flic était en fait le vrai chef du gang : il est alors bon de noter que le film s’appelle non pas « Max contre les ferrailleurs » mais bien Max et les ferrailleurs, liant le flic à la bande (et ça pourrait faire un super nom pour un groupe de rock !). Sauf que le plan de Max aura un couac : les beaux yeux de Romy Schneider…

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Max (Michel Piccoli) caché derrière Lily (Romy Schneider) : qui va succomber à l’autre ?

Face à Max, froid, calculateur et pâlot, il y a donc Lily, chaleureuse, émotive et très maquillée. La prostituée naïve semble être la victime idéale (Romy nous émeut d’ailleurs par sa stupeur désarmante quand elle découvre trop tard les machinations de son client) et c’est pourtant le flic manipulateur qui succombera. Car Max et les ferrailleurs se joue secrètement dans les entrevues entre les deux personnages, simples étapes du plan dans lesquels Max s’investit plus qu’il ne le pense. Une très belle scène montre le flic prendre des photos de Lily dans son bain, brève aparté romantique plus importante qu’elle n’en a l’air puisque les clichés tapisseront ensuite le studio anonyme que Max occupe. Plus tard, lors de leur dernier rendez-vous, le flic, se montrant insensible aux charmes de la femme, est en train de réparer méticuleusement une montre, comme s’il se forçait à revenir aux mécanismes de son plan. Celui-ci fonctionne et pourtant, Max ne peut se résoudre à laisser tomber Lily et finit par franchir définitivement la frontière du crime. Max est en fait comme un metteur en scène qui rencontre son personnage, Lily, pensant pouvoir la soumettre à sa vision avant d’être débordé par elle. Sautet serait-il en train d’annoncer qu’il se laissera dès lors guider par ses personnages plutôt que par les codes d’un genre, les agencements d’un récit ? En tous cas, Max et les ferrailleurs est un superbe adieu au polar de la part de Sautet qui s’y livre un peu plus que d’habitude…

BASTIEN MARIE

Autres films de Claude Sautet sur le Super Marie Blog : Les Choses de la vie (1970) ; Vincent, François, Paul et les autres (1974) ; Un mauvais fils (1980)


Une réflexion sur “Max et les ferrailleurs

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