The Driver

driver_1Driver Polar motorisé américain (1978) de Walter Hill, avec Ryan O’Neal, Bruce Dern et Isabelle Adjani –

Au terme d’un braquage, des malfaiteurs parviennent à échapper à la police grâce à l’habilité de leur chauffeur. Une jeune femme a bien vu l’homme au volant mais refuse de témoigner contre lui lors de la reconnaissance du suspect. Qu’importe, le détective en charge de l’affaire est déterminé à coincer ce pilote par tous les moyens, même les plus borderlines…

Lorsqu’Edgar Wright sort son réjouissant Baby Driver, une grande partie du public et de la critique ne manque pas de le rapprocher de Drive. Pourtant, loin de vouloir simplement capitaliser sur le succès du spleen motorisé de Nicolas Winding Refn, le réalisateur de la trilogie Cornetto, qui portait son projet de chauffeur mélomane depuis de nombreuses années, partage avant tout une inspiration commune : The Driver. L’anglais Wright et le danois Refn se réfèrent tous deux aussi fortement au polar de l’américain Walter Hill pour leurs films qu’il serait par ailleurs dommage de vouloir à tout prix opposer tant ils s’inspirent différemment de l’oeuvre originelle.

En 1978, Walter Hill n’est pas encore le réalisateur de The Warriors ou 48 heures, ni même le co-auteur et producteur d’Alien. Néanmoins, il est déjà un scénariste remarqué et le joli succès de son premier film, Le Bagarreur, avec Charles Bronson et James Coburn, pousse son producteur Lawrence Gordon à remettre le couvert. Logiquement, le réalisateur Walter Hill se charge du scénario, couchant avec précision les séquences de poursuites sur le papier dès le départ. Aussi, il lui faut une star pour porter son film et, si Steve McQueen et Sylvester Stallone sont envisagés, son choix se porte finalement sur un acteur moins viril : Ryan O’Neal, amoureux tragique de Love Story et inoubliable Barry Lyndon de Kubrick. Ce choix ne manque pas de conduire le film vers quelque chose de moins rugueux et de plus mystérieux que ce à quoi on pouvait s’attendre, d’autant que le reste du casting a également de quoi surprendre. Ainsi, si le fiévreux détective est interprété par le toujours excellent Bruce Dern, c’est Isabelle Adjani qui incarne l’énigmatique joueuse pour son premier rôle dans un film américain. Malgré son postulat classique, The Driver est pourtant un film assez osé, ce qui ne fut pas du goût de la critique qui ne se priva pas d’égratigner le film à sa sortie, au grand dam de Walter Hill dont le travail finira heureusement par être reconnu.

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Le chauffeur (Ryan O’Neal) et la joueuse (Isabelle Adjani). Couple improbable qui aura bien du mal à tenir la route très longtemps…

Ce qui fait que le film est si particulier, c’est que, si on peut penser à Bullitt (sur lequel Hill était réalisateur seconde équipe) ou au cinéma de Peckinpah (pour qui Hill a écrit Guet-Apens), notamment pour ses magnifiques scènes de poursuites, The Driver convoque une référence autrement plus inattendue : Le Samouraï de Jean-Pierre Melville. En effet, si notre chauffeur partage avec Jef Costello le même mutisme et un grand professionnalisme, sa relation avec la joueuse renvoie directement à la rencontre entre le personnage incarné par Alain Delon et un charmant témoin gênant qui scellera son destin. On note également que, si Melville décrit son tueur à gage tel un « samouraï », dans The Driver, le détective surnomme le chauffeur « cow-boy », deux images pour une même mythologie du héros solitaire. Aussi, en privant notamment ses personnages de noms, les réduisant à leurs rôles,  Walter Hill aborde le genre avec un certain sens du symbolisme et une sorte de distance froide, sans pour autant que le film soit désincarné et tombe dans l’abstraction, qui rappellent le cinéma de Melville.

Dix ans avant John Woo et son renversant The Killer, Walter Hill paye donc avec The Driver son tribut au Samouraï et n’oublie pas de mettre le pied au plancher lors de rares mais imparables scènes motorisées, nous rappelant au passage que les morceaux de bravoures chez Melville sont aussi des moments d’anthologie. Finalement, il apparaît logique que des réalisateurs européens tels que l’arrogant et maniériste Refn ou le créatif et survolté Wright lui rendent aujourd’hui la pareille.

CLÉMENT MARIE


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