Inside Man

mv5bnmrlntvkzdctmjllys00mtniltg4mzgtywi5mjfiowuyzjk0xkeyxkfqcgdeqxvyndk3nzu2mtq40._v1_sy1000_cr006661000_al_Film de casse américain (2006) de Spike Lee, avec Denzel Washington, Clive Owen, Jodie Foster, Christopher Plummer, Willem Dafoe et Chiwetel Ejiofor – 2h09

A New York, une bande de braqueurs menée par Dalton Russell, persuadé de la perfection de son plan, prend d’assaut l’une des plus grosses banques de la ville. L’inspecteur Keith Frazier est en charge de la négociation, mais s’interroge bientôt sur les réelles intentions du braqueur…

Attention, cette bafouille peut contenir des spoilers. Merci de votre compréhension.

Au départ d’Inside Man, il y a le premier scénario d’un ancien avocat d’affaires, Russell Gewirtz (qui écrira deux ans plus tard La Loi et l’Ordre qui avait dérangé inutilement Pacino et De Niro), acheté par Imagine Entertainment, société de production de Brian Grazer et Ron Howard. Ce dernier se laissant convaincre de tourner De l’ombre à la lumière par Russell Crowe (l’acteur devrait vraiment avoir de très bons arguments), Spike Lee se propose de prendre le poste de réalisateur vacant, amenant avec lui sa star Denzel Washington avec lequel il collabore pour la quatrième fois. Tourné en 39 jours à New York, entre des studios de Brooklyn et une banque désaffectée de Wall Street, pour un budget de 45 millions de dollars (il en remportera le double rien qu’aux States), Universal se dit qu’ils ont fait une bonne affaire. A sa sortie, la critique accueille poliment Inside Man comme un « simple film de commande » de Spike Lee qui, pour la première fois de sa carrière, n’a pas écrit lui-même le scénario.

En même temps, difficile de voir Inside Man autrement que comme un film de commande. Mise en scène élégante, scénario malin, casting prestigieux venu pour s’amuser plus que pour gagner un Oscar : le film de Spike Lee est surtout désireux de faire le job, comme l’indique le slogan sur la camionnette avec laquelle arrivent les braqueurs : « We don’t leave until the job is done ! » (ce qui est aussi un indice sur leur plan). Même sur le terrain du film de casse, Inside Man n’a pas l’intention de réinventer la roue : les quelques originalités du récit (les interrogatoires montrés en flash forward, l’idée des braqueurs de se mêler à leurs otages) se partagent avec les hommages à d’autres films du genre, comme les citations – volontaires – à Un après-midi de chien (dont Lee a réemployé une otage et un livreur de pizza) ou les similitudes – involontaires – avec Une journée en enfer (notamment dans la mise en scène d’une New York en crise). Et le job, Inside Man le fait très bien : le film est très divertissant, et on prend plaisir à se faire flouer par le charismatique Clive Owen qui, finalement, nous avait expliqué son plan parfait dès le départ.

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L’inspecteur Frazier (Denzel Washington) face à Dalton Russell (Clive Owen) : « Tu vas pas me la faire à moi, j’en ai vu plein des films de braquage ! »

Cependant, Spike Lee et nous avons vu trop de films de casse pour ignorer que le genre se joue surtout dans les détails, et c’est avec autant de plaisir qu’on s’amuse à dénicher dans la mécanique bien huilée d’Inside Man le jeu amené par son auteur et son époque. Spike Lee ne peut se contenter de faire un film se passant à New York, il doit faire un film absolument new-yorkais et doit rendre hommage à la ville et à ses habitants, que ce soit par des allusions aux Knicks (le détective Frazier partage son nom avec le plus célèbre basketteur du club) ou par l’incarnation de la diversité de la population dans tant de petits rôles criants de vérité (le flic italo-américain un brin raciste, l’ex-femme albanaise trouvée dans la rue pour reconnaître une langue d’Europe de l’Est, le gosse du Bronx sous influence gangsta rap, le juif expert en diamants). Parmi ces petits rôles, il y a l’employé pakistanais (joué par Waris Ahluwalia, vu chez Wes Anderson) aussitôt accusé de terrorisme, sans cesse contrôlé « au hasard » par les autorités (et ce n’est pas la seule victime du délit de faciès ou de taille de bonnet !) mais qui ne doit avoir aucun mal à trouver un taxi (très bonne vanne de Denzel improvisée sur le tournage !). Al-Qaida fait évidemment partie des théories des enquêteurs et otages puisque Inside Man a été tourné au lendemain du 11 septembre et de la signature du Patriot Act, période de confusion, d’inquiétude et de crainte d’un ennemi de l’intérieur (« inside man » donc) dont le film ne peut pas s’empêcher non plus d’être un témoignage plus ou moins conscient. Par rapport au Patriot Act, il est intéressant de voir, à une ère de surveillance généralisée, le rôle que joue le background des personnages, qu’il soit absent (les intentions inexpliquées de Clive Owen, le mystérieux pouvoir de Jodie Foster) ou suspect (Denzel Washington suspecté de corruption, Christopher Plummer suspecté d’arrangements avec les nazis, ressemblance fortuite avec le grand-père de George W. Bush !), dans un film de casse dont l’objectif n’est plus le pognon mais le talon d’Achille d’un homme puissant. Avec un tel contexte, discret mais bien présent, avec une signature si évidente de son auteur (nul ne peut ignorer que Ron Howard en aurait fait un film complètement différent), Inside Man prouve bien qu’un film ne peut pas être que de « simple commande », qu’il est toujours le fruit de son époque et de son ou ses auteur(s) et que, de fait, il offre toujours plus à voir que ce qu’il veut bien nous montrer…

BASTIEN MARIE

Autre film de Spike Lee sur le Super Marie Blog : BlacKkKlansman (2018) ; Da 5 Bloods (2020)


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