Monuments Men

mv5bmjbimjaxyjitzgjlzc00n2nmlthknjktzwm1yjlmmthhy2mxxkeyxkfqcgdeqxvymzq0ntgwmtq40._v1_sy1000_cr007851000_al_The Monuments Men Film de guerre américain, allemand (2014) de George Clooney, avec George Clooney, Matt Damon, Cate Blanchett, Bill Murray, John Goodman, Jean Dujardin, Bob Balaban, Dimitri Leonidas et Hugh Bonneville – 1h58

Durant la Seconde Guerre mondiale, Frank Stokes fonde les Monuments Men, une escouade d’experts de l’art chargée de récupérer, aux quatre coins de l’Europe, les œuvres d’art volées par les nazis…

Pour son cinquième long-métrage, George Clooney raconte l’histoire, romancée, du Monuments, Fine Arts and Archives program créé par Roosevelt. Les membres de ce programme, surnommés « Monuments Men », se comptèrent au nombre de 345 hommes et femmes venus de treize nations différentes (la dernière Monument Woman, la nippo-américaine Motoko Fujishiro Huthwaite, s’est éteinte le 4 mai dernier). Dans le film, ils ne sont que huit hommes (plus une femme si on compte le personnage, civil, de Cate Blanchett) dont certains sont directement inspirés des personnes réelles dont on a changé les noms. Tourné aux studios Babelsberg en Allemagne, retardé dans sa post-production qui l’empêcha de concourir aux Oscars, Monuments Men fit sa première au festival de Berlin, reçut des critiques très mitigées et un accueil public guère mieux : après un bon démarrage au box office, le meilleur de la carrière de Clooney réalisateur, la fréquentation chuta de plus de 50% en deuxième semaine ! Monuments Men fut donc un échec, comme Clooney le reconnaît lui-même en s’excusant auprès de ses producteurs puis en en faisant une blague régulière de cérémonies et talk-shows…

Pourtant, Monuments Men était pavé de bonnes intentions et d’une problématique toujours pas évidente aujourd’hui : à l’heure où la culture ne représente clairement pas une priorité pour les gouvernements, George Clooney se demande si une œuvre d’art vaut la vie d’un homme. On reconnaît bien là l’engagement politique de la star qui offre une réflexion très intéressante, notamment dans cette très belle scène où Matt Damon récupère un portrait anonyme et le ramène à l’appartement d’où il vient, dans une pièce vidée de ses occupants juifs déportés : le geste bouleverse autant par sa nécessité que par son dénuement, le soldat ramenant le tableau à des personnes qui ne sont plus là pour le regarder. De la même manière, Clooney met très joliment en scène les pièces que ses hommes retrouvent comme autant de trésors. Outre l’obsession de la quête de l’Autel de Gand ou de la Madonne de Michel-Ange, valant bien celle d’un Indiana Jones, il y a la pureté des « Bourgeois de Calais » de Rodin retrouvé, minéral, dans la cour d’un château autrichien déserté, ou d’un autoportrait de Rembrandt que peut enfin contempler le soldat juif qui n’en avait pas le droit, que Clooney filme en contrechamp dans un éclairage imitant celui du peintre. Monuments Men compte donc nombre de ces séquences soucieuses de transmettre au spectateur l’aura des œuvres que la troupe retrouve, mais elles se fondent dans un ensemble très boiteux.

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Les Monuments Men au travail en train de se débarrasser d’un cadavre récupérer une statue.

Comme s’il ne voulait pas submerger le public sous l’importance de la mission de ses hommes, Clooney amène une désinvolture mal assurée, héritée d’Ocean’s Eleven, tentant de mêler film de guerre et film de casse à la De l’or pour les braves. Sauf que le film de Brian G. Hutton pouvait se permettre un cynisme qui ne sied guère à la mission des Monuments Men. La plupart des blagues ne fonctionne pas tellement (le français déplorable de Matt Damon est rigolo quand c’est Alexandre Desplat qui le lui fait remarquer, moins quand c’est Cate Blanchett maîtrisant guère mieux la langue de De Gaulle !) et émousse plus qu’autre chose le propos d’un film qui n’arrive pas à trouver le ton juste et en oublierait presque de filmer la guerre (les mordus d’escarmouches et de stratégie militaire devront donc passer leur chemin). Monuments Men souffre aussi de son récit épisodique, éparpillant ses hommes aux quatre coins de l’Europe, ne laissant pas vraiment le temps aux acteurs de s’installer dans leurs personnages, ce qui est d’autant plus problématique avec un tel all-star-cast ! C’est à se demander si la post-production ne s’est pas surtout éternisée à cause du montage, tentant désespérément de lier entre elles des scènes si hétérogènes et disparates. Dommage : comme le confirme une séquence finale aux accords spielbergiens, la belle histoire de Monuments Men méritait d’être mieux racontée…

BASTIEN MARIE


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