Une si jolie petite plage

mv5bzjayogrjntmtzji1mc00ogiwlwi2ntetmjdmodkzm2yxnjq5xkeyxkfqcgdeqxvyodi1otk4mtq40._v1_sy1000_cr007521000_al_Drame français, hollandais (1949) d’Yves Allégret, avec Gérard Philipe, Madeleine Robinson, Jean Servais, André Valmy, Jane Marken et Christian Ferry – 1h31

Dans le Nord de la France pendant la morte saison, Pierre, pupille de l’Assistance Publique, prend une chambre dans un petit hôtel près d’une si jolie petite plage. Alors que le meurtre d’une chanteuse populaire défraie la chronique, l’attitude mystérieuse de Pierre éveille la curiosité des autres pensionnaires et employés de l’hôtel…

Tentant de faire perdurer le réalisme poétique dans le cinéma français d’après-guerre, Yves Allégret figura en bonne place dans la liste des cinéastes de la « qualité française » décriée par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma désireux de renouveler la cinématographie nationale. Après Dédée d’Anvers (1948), Allégret renoue avec son scénariste attitré Jacques Sigurd et donne au jeune premier Gérard Philipe un imper pour errer dans un petit village du Nord sous la pluie : vous voyez déjà la joie de vivre suintante d’Une si jolie petite plage ! À sa sortie, bien qu’il ne soit absolument pas violent, le film était interdit aux moins de 16 ans et chaque séance devait obligatoirement, au début et à la fin du métrage, projeter un carton déroulant expliquant que les pupilles de l’Assistance Publique n’étaient pas forcément des criminels mais des artistes, des avocats ou des médecins appartenant à « l’élite de la nation » et que « la criminalité peut venir de n’importe quel milieu ».

Une précision sociologique pouvant paraître aujourd’hui cocasse qui tue le maigre suspens d’Une si jolie petite plage. Aussi allons-nous spoiler dès maintenant : oui, Pierre est l’assassin de la chanteuse populaire et revient en fait là où il l’avait rencontrée, dans ce petit hôtel où il travaillait jeune homme, soumis à la méchanceté de ses employeurs. Le meurtrier ne revient donc pas sur les lieux du crime mais sur ceux qui en sont à l’origine, jolie idée encore que psychologiquement rudimentaire, distillée dans un scénario dont la nature cyclique (Pierre rencontre en plus un jeune homme qui est exactement comme lui quelques années auparavant) est aujourd’hui devenu assez prévisible. Ajoutez à cela une pluie ininterrompue, la modestie du petit hôtel avec une marche cassée et une pompe à eau grinçante, et la mine constamment déconfite de Gérard Philipe, partagé entre accès de colère et crises de larmes un peu puérils, et vous obtiendrez ce qu’on désignerait aujourd’hui sans hésiter comme du misérabilisme.

Une si jolie petite plage
Pierre (Gérard Philipe) à la fenêtre de l’hôtel d’un petit village pluvieux du Nord : dans ces conditions, pas difficile de jouer la déprime…

Derrière son titre bizarrement ironique, Une si jolie petite plage est sombre, trop sombre, d’un fatalisme si prégnant que c’est peut-être pour ça que le film est si prévisible : tout y est écrit d’avance ! Le niveau d’appréciation du film dépendra donc du niveau de désuétude qu’y verra le spectateur, même s’il faut lui reconnaître sa belle photographie signée Henri Alekan (La Belle et la Bête), restaurée par Pathé. Nuançant la grisaille du Nord, c’est ce beau noir et blanc qui nous happe dans les premières minutes du film, quand son mystère est encore intact. Et puis il y a les acteurs : Jean Servais, futur héros du Rififi chez les hommes de Jules Dassin, campe un maître chanteur fielleux, et Gérard Philipe peut encore fasciner, même si ses quelques monologues rappellent immanquablement Francis Huster qui l’a impunément singé ! Il y a donc de quoi égayer un peu ce film à sens unique, cette plage sur laquelle il se conclue par un long et étonnant travelling arrière, comme si on voulait enfin montrer le recul qui fait cruellement défaut à Une si jolie petite plage.

BASTIEN MARIE


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